
Inscrivez-vous à notre lettre. Nous vous écrirons.
| Jeunes et activistes, les demandeurs de la messe en latin posent "question" à l'Eglise |
|
|
|
| Revue de Presse - Le Monde | |
| 06-07-2008 | |
|
Ils sont jeunes, organisés, plutôt revendicatifs. Leur combat n'a qu'un but : obtenir la messe en latin. Un an après la publication du décret papal qui, le 7 juillet 2007, a libéralisé la messe selon le rite ancien - un office en latin ponctué de silences et de génuflexions, célébré dos tourné à l'assemblée -, les catholiques attachés à la "tradition" ne se satisfont pas de la quarantaine de nouvelles messes mises en place dans les paroisses au niveau national.
Si l'on en croit les évêques, l'offre de messes est désormais "suffisante"
pour cette communauté de fidèles dont le nombre s'élève selon les sources de 30
000 à 45 000 personnes en France. "Nous n'assistons pas à une
multiplication des demandes et on les honore autant qu'il est possible",
assure Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, président de la commission pour la
liturgie à la Conférence des évêques de France. Quelque 170 célébrations selon
la "forme extraordinaire" sont proposées chaque semaine à
travers la France, dont la majeure partie en région parisienne.
Mais les groupes de demandeurs font preuve d'un activisme qui agace une
hiérarchie catholique diversement réceptive au motu proprio de Benoît XVI. Les
"tradis" multiplient les pétitions et les mises en réseaux, des "pressions
insupportables qui exagèrent les effectifs réels", déplore Mgr Le
Gall. Des messes "privées" (non annoncées officiellement), avec ou
sans fidèles, se tiennent, parfois sans l'accord du curé de la paroisse.
"DÉCOMPLEXÉS"
Mgr Le Gall reconnaît toutefois que "la jeunesse de ce public pose
question" à l'Eglise. Les jeunes fidèles se défendent de toute nostalgie
de l'Eglise avant le concile de Vatican II, dont l'un des effets fut l'abandon
de la messe selon le rite ancien. "Les jeunes prêtres comme les jeunes
fidèles sont décomplexés par rapport à Vatican II", explique Louis de
Lestang, 32 ans, à la tête d'un collectif de jeunes demandeurs des Yvelines. "On
est surtout de la génération Jean Paul II, attachés à Rome et à la
tradition", insiste ce père de cinq enfants. Dans son diocèse, des
jeunes prêtres se forment comme ils peuvent pour apprendre à célébrer selon le
rite ancien.
En réaction, pour "ramener des fidèles" aux messes
ordinaires, "il faut réintroduire davantage de silence, de hiératisme,
d'intériorité, de beauté dans les vêtements liturgiques", souligne Mgr
Le Gall. Au séminaire, une formation pour apprendre à célébrer la messe en
latin pourrait être introduite, indique l'évêque.
Le texte papal, censé contribuer à la réconciliation entre catholiques - y
compris les schismatiques liés au courant de Mgr Lefebvre -, n'a pas atteint
son but. "Certains évêques nous accusent de vouloir diviser la
communauté de fidèles. Et, en même temps, ils nous disent : "Restez dans
votre ghetto"", regrette Louis de Lestang.
Si l'on en croit les estimations données par Nicolas Senèze dans La Crise
intégriste (ouvrage paru en mars chez Bayard, 193 pages, 15 euros),
l'Eglise de France n'en a pourtant pas fini avec les "tradis" : si
seuls 1,5 % des prêtres en activité sont assimilés à la mouvance
traditionaliste, en revanche 17 % des séminaristes seraient proches de cette tendance.
Stéphanie Le Bars Article paru dans l'édition du 06.07.08. |
|
| < Précédent | Suivant > |
|---|