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JEAN MADIRAN Article extrait du n° 6682 de Présent du vendredi 26 septembre 2008
On n’a guère remarqué, semble-t-il, que Benoît XVI a dit aux évêques français : « Le peuple chrétien doit vous considérer avec affection et respect. » C’est bien normal, pensera-t-on. Oui mais… ce n’est pas au peuple chrétien que Benoît XVI l’a dit. C’est aux évêques. Cela dépend d’eux.
Benoît XVI
le leur a glissé avec beaucoup de discrétion, mais aussi de netteté,
entre une citation de saint Paul et une autre de saint Ignace
d’Antioche, celle-ci affirmant que « tous ceux qui sont à Dieu et à
Jésus-Christ, ceux-là sont avec l‘évêque », mais cela aussi adressé aux
évêques, parce que cela relève d’abord de leur mission, « surnaturelle
surtout », de créer les conditions nécessaires pour que le peuple chrétien puisse les considérer avec respect et affection.
Il y a donc des conditions nécessaires
qui ne dépendent pas de nous, elles dépendent des évêques eux-mêmes.
Naturellement, ils voudraient être aimés. Ne disons pas qu’ils ne font
rien pour cela. On en voit plus d’un au contraire faire de grands
efforts pour apparaître comme un chic type sympa, plein de simplicité
et d’agrément dans la conversation, toujours prêt à l‘écoute, à
l’accompagnement, au dialogue, vachement ouvert à la modernité et au
progrès, toutes qualités individuelles supposées ou réelles, mais en
tout cas complètement à côté de la plaque.
Pour
ne pas remonter plus haut, ils ont fait l‘éloge du « grand mouvement »
de Mai 68, dont l’idéologie et les acteurs sont encore très largement
dominants dans la classe dirigeante (politique, audiovisuelle et
religieuse) ; ils ont adhéré à ce « grand mouvement », ce fut, faut-il
donc le rappeler, leur fameuse déclaration collective du 20 juin 1968,
ils ont accueilli alors l’appel « à bâtir une société nouvelle »,
« d’autant plus, disaient-ils, que le Concile en avait pressenti
l’exigence ». Ils ne savaient pas, ou peut-être ils ne savaient que
trop bien, que ce grand mouvement était celui des « trois M » : Marx,
Mao et Marcuse. Et depuis Mai 68, les organismes collectifs de
l‘épiscopat ont sans cesse tenu à manifester plus ou moins ouvertement
leur partialité temporelle toujours pour le même modernisme. Y compris
pour la dialectique marxiste de la suicidaire « lutte contre toute
espèce de discrimination ». Telle est la sorte de « conditions
nécessaires » qu’ils ont créée dans le catholicisme français. Avec une
stricte relégation sociologique, toujours en vigueur, infligée à ceux
qui ne suivaient pas.
Si
relégués que nous soyons, eh bien, à chaque messe partout, aux prières
du canon, nous prions pour l‘évêque du lieu, et tels sont en tout cas
le respect et l’affection que nous ne refusons jamais à sa fonction
surnaturelle, même s’il nous rejette : affection, respect, vénération
pour la succession apostolique sans laquelle les sacrements ne seraient
plus valides et l’Eglise n’existerait plus. Cette vénération et cet
amour vont à l‘être historique de l’Eglise, à sa continuité
surnaturelle, à sa tradition, – à travers les péripéties, incertitudes
et variations humaines : aucune d’entre elles, sans doute, n’est plus
significative que celle que nous vivons en ces jours concernant le
saint sacrifice de la messe.
En
effet : non seulement nos évêques ont prétendu nous interdire la messe
traditionnelle, non seulement leur missel du dimanche a osé enseigner
pendant des années qu‘à la messe il y a seulement mémoire de l’unique
sacrifice déjà accompli, mais encore ils n’ont pas clarifié la
situation. La plupart d’entre eux semblent en être plus ou moins restés
à la doctrine de l’article 7 première version et paraissent répugner à
enseigner explicitement que chaque messe est le renouvellement non
sanglant du sacrifice de la croix. Ils n’ont pas rectifié non plus
leurs traductions contestées du Credo, du Pater et de leur Bible
Bayard. Et ils s’arrangent pour pratiquement mutiler la liberté
retrouvée de célébrer la messe traditionnelle sans aucune autorisation
préalable. Alors, sans rien retirer à notre vénération pour la
succession apostolique, et en écartant tout ce qui dans leurs
individualités nous ferait hurler de rire ou d’indignation, la sorte
d’affection que nous ne pouvons refuser à leurs personnes est une
profonde et cordiale compassion.
JEAN MADIRAN
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