
Inscrivez-vous à notre lettre. Nous vous écrirons.
| Un témoignage de la Grande Guerre |
|
|
|
| 10-11-2008 | |
L'un des anciens numéros d'Una Voce, novembre/décembre 1968 (n°23) a publié, en page 17, un émouvant témoignage de l'effroyable boucherie que fut cette guerre de 1914-1918. C'était à l'occasion du 50e anniversaire de l'Armistice. Le bulletin paroissial d'une petite paroisse de France, la Meilleraye-de-Bretagne, près de Châteaubriant en Loire-Atlantique, avait reproduit l'extrait que vous aller découvrir de Retours en chrétienté du P. Doncoeur (Grasset). Ces chants liturgiques exprimés en un moment si dramatique ne peuvent qu'aller droit au cœur de tout amateur de chant grégorien et de liturgie latine. Ce que vous êtes sans doute, cher internaute, vous qui êtes sur le site officiel d'Una Voce. Et si vous êtes là par hasard, ou par erreur, accordez-vous ces deux minutes de lecture, vous ne regretterez pas ! P.B. « Dans les plus affreux combats que j'ai connus le 28 septembre 1915, à la ferme de Navarrin, trois jours d'assaut ayant couché, au feu des mitrailleuses, écrasés par l'artillerie et pleins de cadavre. Mon ordonnance me suivait...un silence total ... Des corps inertes où je butte. Au loin, une fusée plane...Soudain, de l'obscurité monte, de je ne sais quelle direction, une sorte de chant très doux, léger, à peine murmuré, mais dont je ne perçois pas le sens. Des éclatements, puis de nouveau un silence ; et maintenant, je perçois une mélodie liturgique : Agnus Dei, qui tollis peccata mundi...Cela venait de terre, tout près de nous. Nous nous agenouillâmes. Planant à peine sur les herbes labourées par les obus, je reconnus : et in terra pax...Une voix très douce murmurait le Gloria de la messe. Suivant comme à la piste la mélodie, nous glissant sur les genoux parmi les trous d'obus, les arbustes hachés et les corps inertes, nous vîmes enfin à la lueur lointaine de fusée, un jeune soldat étendu sur le dos, dormant : c'était de ses lèvres que montait le chant. Le Sanctus avait suivi le Credo. J'étais très ému. Je regardais sous le casque cette figure très jeune, pâle, détendue, les yeux clos. Un petit paysan comtois, bien sûr, qui dans cet enfer de Navarrin, rêvait de son village. Je soupçonnais du délire. Je tentais de le réveiller. Il ne répondit pas. Le Pater sortait de ses lèvres. Je le tirai doucement. Il ne répondit pas. Nulle trace de sang, nulle déchirure. Nous le prîmes alors doucement, mon ordonnance et moi, et le retournâmes sur lui-même. Il s'abandonne comme un enfant qui dort, laisse tomber la tête vers le sol ; alors, à l'arrière du casque, je vis un trou noir : une balle dans la tête, ce petit agonisait en murmurant sa grand-messe d'enfant de chœur ». |
| < Précédent | Suivant > |
|---|