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La Fédération internationale Una Voce (FIUV)
est une institution de laïcs qu’il n’est plus besoin de présenter après
quarante ans d’existence militante, au sein ou à la tête de laquelle
ont brillé des noms aussi justement illustres que Cristina Campo ou
Eric de Saventhem, qui appartiennent désormais à l’histoire de l’Eglise
post-conciliaire, malgré l’attitude, systématiquement méprisante ou
agressive à son égard, de la plupart des conférences épiscopales.
La FIUV
vient d’adresser au Saint-Père et de rendre public un rapport détaillé
sur la première année, à travers le monde, de l’application qui est
faite, bien faite, mal faite, ou pas du tout, du Motu proprio
(07.07.07) concernant la messe catholique traditionnelle selon le
missel romain de saint Pie V dans sa plus récente édition (par Jean XXIII en 1962).
Ce rapport rassemble de telles constatations et contient de telles révélations que la FIUV prévoit d’y insister : « Un rapport semblable sera établi à la fin de la deuxième et de la troisième année. »
Les deux premières parties de ce premier rapport viennent d‘être publiées par la revue française Una Voce (40 rue de la Procession, 75015 Paris) : elles occupent les pages 5 à 10 dans son numéro de novembre-décembre.
Le
fait massif, écrasant, moralement malsain, est que parmi les grandes
conférences épiscopales on n’en trouve aucune qui se soit
officiellement engagée dans une mise en œuvre enthousiaste, ni même
triste et constipée, de ce qui était demandé par le Pape : faire savoir
que la messe traditionnelle n’a jamais été (valablement) interdite,
faire connaître son existence au clergé et aux fidèles qui en ignorent
tout, prendre des mesures pour que les catholiques qui souhaitent en
faire leur pratique régulière n’en soient pas privés, rappeler que tout
prêtre, à tout instant et partout, a le droit de la célébrer sans
autorisation préalable.
Les conférences épiscopales ont fait tout le contraire.
Elles sont restées silencieuses.
Elles n’ont pris aucune mesure pratique d’organisation.
Elles
ont favorisé un redoublement des interdits et persécutions qui n’aurait
pas été possible à ce point sans leur incitation ou au moins leur
complaisance active ou tacite.
Le rapport observe comment « lesdits traditionalistes » sont « chassés de leurs paroisses et diocèses comme des parias ». Dans les pays où l’on a connu quelque amélioration, cela « est
dû pour une large part à l‘énergie des laïcs et au courage de prêtres
et d‘évêques plutôt qu’au soutien des conférences épiscopales ». Mais comment s’en étonner quand on mesure l’exact niveau de cette « nouvelle
vague de théologiens et de catéchistes qui semblent jouir de la totale
protection et de l’encouragement des évêques… » Là, c’est toute la question de l’actuel sectarisme moderniste qui pointe le nez.
Suivant l’exemple de Rémi Fontaine, qui ajoute au livre noir des évêques de France le livre blanc souhaité par le cardinal Barbarin, le rapport de la FIUV
recense les évêques qui ont le courage de passer outre aux interdits de
leur conférence épiscopale et d’appliquer le Motu proprio avec justice
et charité. Le rapport en cite huit pour la France. Ce ne sont pas les
plus connus. On ne les voit pas à la télévision, on n’entend point
parler d’eux dans les gros médias. Huit évêques, sur plus d’une
centaine, le compte est bon, rien n’est tout à fait perdu.
Bienvenu
rapport de la FIUV ! Il montre quelle peut être, non pas seulement dans
la société civile mais aussi dans l’Eglise militante, l’action
autonome, intelligente et organisée de laïcs militants.
Dans
l’Eglise, il leur appartient non pas de prendre les décisions et de
résoudre les problèmes, mais de poser les questions. Notamment celles
qui sont injustement négligées ou artificiellement écartées. En
l’occurrence, avec ce rapport, voici donc irrévocablement mises en
cause, pour ne pas dire mises en examen, nos fameuses conférences
épiscopales, avec leur mécanisme sociologique et leur noyau dirigeant.
Elles ne sont pas d’institution divine. Dans leur fonctionnement
actuel, digne des subversives « sociétés de pensée » analysées par
Augustin Cochin, elles constituent une nuisance majeure. Il ne nous
appartient pas de choisir entre leur réforme et leur suppression. Mais
la question, maintenant, est bigrement posée.
JEAN MADIRAN
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