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Pour l'unité dans la charité Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Revue de Presse - L'Homme Nouveau
04-02-2009

Denis Sureau, dans L'Homme nouveau du 4 février 2009

Pour l'unité des chrétiens, il faut des "gestes courageux de réconciliation", a déclaré Benoît XVI en clôturant la Semaine pour l'unité des chrétiens. La levée des excommunications des quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre en 1988 est certainement un "geste courageux de réconciliation" inspiré par une volonté résolue de rendre visible l'unité de l'Eglise dans le monde. Le choix de la date de publication de cet acte, signé au milieu de ladite Semaine, n'est évidemment pas fortuit.

Nous avons un Pape qui ne craint pas l'opprobre lorsque la charité et la vérité sont en jeu. Cette décision historique ne pouvait pas, dans la situation présente de l'Eglise et du monde, plaire à tous. Ne nous abusons pas: même sans les propos sur les camps de concentration prononcés par Mgr Williamson trois mois plus tôt et exploités ad nauseam par la presse à scandale, l'acte du Saint-Père aurait fait l'objet de violentes réactions de rejet. Et comme assourdis par le vacarme tonitruant des médias, où l 'on entend même des voix de chrétiens se mêler au hurlement des loups, même des fidèles de base peinent parfois à comprendre la signification de l'acte du pape..

De quoi s'agit-il ? D'un acte de charité, pour reprendre les propres termes du décret signé le 21 janvier : "Cet acte exprime le désir de consolider les relations réciproques de confiance, d'intensifier et de rendre stables les rapports de la Fraternité Saint-Pie X avec le Siège Apostolique. Ce don de paix, au terme des célébrations de Noël, veut être aussi un signe pour promouvoir l'unité dans la charité de l'Eglise universelle et, par là, enlever le scandale de la division".

Sur la reconnaissance de Vatican II, prenons garde de ne pas radicaliser les positions. Au demeurant l'acceptation de Vatican II n'était pas une condition nécessaire à la levée d'excommunication. Dans sa lettre du 15 décembre déjà évoquée, Mgr Fellay écrivait: "nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu'à Vatican II au sujet duquel nous émettons des réserves". Des réserves, non un rejet global. Mgr Lefebvre, qui avait signé tous les textes du dernier concile, expliquait qu'il fallait l'interpréter à la lumière de la Tradition. Jean-Paul II usait des mêmes termes. Benoît XVI, dans son langage de théologien, parle d'une « herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité ».N'avait-il pas émis très tôt des « réserves » - pour reprendre l'expression de Mgr Fellay - vis-à-vis de certains textes conciliaires: par exemple en affirmant que le concept de « monde » proposé dans Gaudium et spes est resté "à un stade pré-théologique" par son imprécision même, que ce document présentait "maintes insuffisances" et respirait "un optimisme étonnant" ?

Vatican II n'est pas le Coran, la parole incréée. Ce n'est pas un bloc de marbre. Certains de ses textes ont vieilli, d'autres ont fait l'objet de précisions ultérieures par le magistère (cf. Dominus Jesus, par exemple), d'autres encore restent à découvrir et à méditer, d'autres enfin sont en attente d'éclaircissements décisifs (liberté religieuse, oecuménisme, dialogue interreligieux...). Tous sont soumis aux normes de l'interprétation théologique qui exigent un discernement fin, distinguant les différents niveaux d'autorité des enseignements avec des modes d'assentiment correspondants.

Rome exprime à diverses reprises l'intention de "parvenir rapidement à une pleine et satisfaisante solution du problème" par des entretiens sur "les questions encore ouvertes". Il y a donc des questions encore ouvertes! Les évêques français n'ont manifestement saisi ce point lorsqu'ils écrivent sèchement qu'"en aucun cas, le Concile Vatican II ne sera négociable" (déclaration du Conseil permanent, 28 janvier). Ces dernières années, la pratique romaine vis-à-vis des prêtres traditionalistes demandant leur réintégration n'est point si intransigeante: par exemple il ne fut demandé aux fondateurs de l'Institut du Bon Pasteur, issus de la Fraternité Saint-Pie X, que d'avoir "une attitude positive et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique"  sur les points de Vatican ou les réformes posant problème.

Il reste que la situation de la Fraternité Saint-Pie X demeure provisoire, comme en état d'apesanteur canonique. Ses 215 séminaristes sont formés au sein d'une institution canoniquement dissoute en 1970 : le "séminaire sauvage d'Ecône", qui a fait depuis des petits. Ses 491 prêtres, toujours suspens a divinis, n'ont pas le droit de dispenser les sacrements aux fidèles qui fréquentent leurs chapelles et prieurés présents sur les cinq continents. La validité des mariages et confessions demeure dans un flou canonique ouvrant la voie à des pratiques pastorales les plus contradictoires (y compris à l'intérieur du seul diocèse de Paris, où chaque curé a sa ligne de conduite personnelle vis-à-vis des fidèles venant de Saint-Nicolas-du-Chardonnet). Ses évêques n'ont pas de diocèse même in partibus. Si le retour à l'unité ne se concrétise pas prochainement sous la forme d'une régularisation canonique, continueront-ils à confirmer ou à ordonner des prêtres?

Voici, très brièvement exposées, les données du problème. Il faut les connaître pour répondre à tous ceux qui s'agitent, pétitionnent ou injurient Benoît XVI. Comment des catholiques adorant un Dieu de miséricorde et de pardon pourraient-ils rejeter l'acte de charité qu'est la levée des excommunications? Comment des chrétiens prônant une théologie de la communion oseraient-ils faire la fine bouche vis-à-vis d'une réconciliation avec d'autres disciples du Christ, imitant le fils aîné de la parabole du Fils prodigue?

Faisons confiance au Saint-Père, éteignons nos postes de télévision et suivons ce conseil du cardinal Ricard : "n'oublions pas que le chemin le plus sûr pour marcher vers l'unité de tous les disciples du Christ reste la prière".

 
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