Benoît XVI, le bénédictin
Entretien avec dom Pietro Vittorelli, abbé de Montecassino
Le Pape au coeur de l'Europe chrétienne
(Extrait de l'Osservatore Romano, 24 mai)
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L'attente,
l'espoir, la joie pour l'arrivée de Benoît XVI, en visite à l'abbaye et
au diocèse de Montecassino, demain dimanche 24 mai, trouvent un écho
dans cette interviewe de l'abbé Pietro Vittorelli
Q: Benoît XVI
se rend à Montecassino, porteur de ses liens forts avec saint Benoît.
Comment jusqu'à présent ces liens ont-ils émergé dans son service
pétrinien ?
R: Benoît XVI a plusieurs fois souligné, dès le début
de son pontificat un enracinement dans la spiritualité bénédictine, en
la reproposant dans ses discours et dans ses catéchèses, et qui trouve
une admirable synthèse dans le nihil amori Christi praeponere
(ne rien mettre avant l'amour du Christ), que Saint Benoît insèra dans
le quatrième chapitre de la Règle " Sur les moyens des bonnes oeuvres"
(4.21) et que le Saint Père a plusieurs fois cité, presque comme un leitmotiv de sa narration théologique.
Lorsque
le soir du 19 avril 2005, depuis la Loggia des bénédictions, le
cardinal Jorge Arturo Medina Estévez annonça au monde que le cardinal
Ratzinger avait été élu Pape et qu'il avait choisi de s'appeler Benoît,
outre la joie irrésistible de tout le monde monastique qui, à
Montecassino se confondait avec le son des cloches et l'embouteillage
des lignes téléphoniques et de la poste électronique, il n'a pas
échappé à quelques moines la référence immédiate à la Règle dans les
premiers mots que prononça le Pape " un humble ouvrier dans la vigne du Seigneur". Bien que la référence évangélique fût claire, l'allusion à l'humilité chère à Benoît et l' expression du Prologue à sa Règle Et quaerens Dominus, in moltitudine populi cui haec clamat, operarium suum ne pouvaient échapper.
Dans
son infatigable service pétrinien, Benoît XVI n'a jamais manqué de
faire référence à l'importance des racines chrétiennes de l' Europe et
au service rendu à l'Église par les moines et le monachisme de Saint
Benoît. Le Pape n'a pourtant pas un regard " archéologique" vers le
monachisme bénédictin mais il en cueille toute la vitalité et les
perspectives futures.
Recevant en audience le Congrès mondial des
abbés, le 20 septembre 2008, " Pour construire une Europe nouvelle, il
faut commencer par les nouvelles générations" , affirma le Pape, avant
d'élargir son regard à l'entière famille humaine et de souligner que "
dans de nombreuses parties du monde, spécialement en Asie et en
Afrique, il y a un grand besoin d'espaces vitaux de rencontre avec le
Seigneur, où à travers la prière et la contemplation, on retrouve la
sérénité et la paix avec soi-même et avec les autres".
Mais le
texte qui à mon avis restera le " manifeste bénédictin" du pontificat
de Papa Ratzinger est le magnifique discours prononcé au Collège des
Bernardins, lors de la rencontre avec le monde de la culture. Il
commençait ainsi : " Je voudrais vous parler ce soir des origines de la
théologie occidentale et des racines de la culture européenne" et avec
la maestria théologique qui est sa marque et avec un coeur de moine il
a tissé le plus beau des chants sur le quaerere Deum.
Q:
L'appel à Saint Benoît ramène aussi à la réflexion sur l'Europe.
Pensez-vous que la visite de Benoît XVI ait un sens pour le continent
tout entier, à la recherche de ses racines chrétiennes ?
R: La
visite d'un Pape du nom de Benoît dans le berceau du monachisme
occidental, dans le lieu où les yeux de Saint Benoît se sont reflétés,
dont est parti l'impulsion de la nouvelle évangélisation pour le
continent européen, ne pourra pas ne pas avoir un écho dans l'Europe
contemporaine. Le Pape réaffirmera l'importance pour l'homme
contemporain de se réapproprier une quotidienneté, une normalité qui
dans la vie bénédictine de l' "ora et labora et lege" peut continuer à
construire l'homme. "Dans vos monastères, vous êtes les premiers à
avoir renouvelé et approfondi quotidiennement la rencontre avec la
personne du Christ, que vous avez toujours avec vous comme hôte, ami et
semblable. C'est pourquoi vos couvents sont des lieux où hommes et
femmes, encore à notre époque, accourent pour chercher Dieu et
apprendre à reconnaître les signes de la présence du Christ, de sa
charité, de sa miséricorde": c'est ce qu'il nous a dit lors de la
dernière audience concédée aux abbés bénédictins réunis en congrès
mondial.
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