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Lettre de Paix liturgique N°183
Une providentielle année sacerdotale : en France, la
crise n'a jamais été aussi grave
Le jour du Sacré-Cœur s’est ouvert une Année sacerdotale proclamée par le
Saint-Père, à l’occasion du 150e anniversaire de la mort du Curé d’Ars pour qui
le « sacerdoce c’est l’amour du Cœur de Jésus ».
Dans un contexte
désastreux de sécularisation qui, notamment en notre pays, met en péril la
visibilité de l’Église et par voie de conséquence la continuité de sa mission,
le Pape voudrait tourner les yeux de tous les chrétiens vers la personne du
prêtre, en premier lieu pour une meilleure compréhension de sa mystérieuse
vocation, liée à celle du Souverain Prêtre. C’est un appel lancé à la
miséricorde de Dieu pour son Église et à la générosité de ses enfants. Tous
doivent vouloir un renouveau du sacerdoce catholique. Et d’abord les prêtres
eux-mêmes, et les premiers d’entre eux, les évêques.
Un contexte
d’effondrement du sacerdoce en France
Car il faut considérer très
objectivement, dans notre pays, une situation toujours plus angoissante, d’une
telle gravité qu’elle met en péril une part de l’existence des structures
ecclésiastiques, concrètement de l’existence d’un certain nombre de diocèses.
Après les années noires qui ont suivi le Concile (on était passé de 825
ordinations diocésaines en France en 1956, à 99 en 1977), est intervenue la
stabilisation des années Jean-Paul II : les ordinations annuelles de prêtres
diocésains se sont maintenues au niveau d’une grosse centaine (128 ordinations
en 1996; 142 en 2000; 105 en 2003).
Mais à partir de 2004, la courbe a
recommencé à s’affaisser (90 ordinations diocésaines pour la France) :
-
98 en 2005 ;
- 94 en 2006 ;
- 101 en 2007 ;
- 98 en 2008.
Or, il
ne reste plus que 15.000 prêtres environ, dont la moyenne d’âge tourne autour de
75 ans dans bien des diocèses, le déficit global entre ordinations et décès (ou
départs) étant chaque année d’environ 800 prêtres.
Qu’en est-il
de la fécondité de la forme extraordinaire ?
Pour l’année 2009,
selon les chiffres actuellement connus, il y aura 90 ordinations sacerdotales
dans les diocèses de France (dont 20 à Toulon). Dans ce chiffre sont comprises
les ordinations des prêtres de la Communauté de l’Emmanuel. Il faudrait
cependant en retrancher la dizaine de prêtres ordonnés pour des diocèses
étrangers, d’Asie et d’Amérique du Sud, par exemple. Mais inversement, il
faudrait rajouter les prêtres qui, bien qu’issus d’instituts religieux, seront
de facto employés comme prêtres diocésains (5 ordinations pour la Communauté
Saint-Martin ; quelques uns des 13 prêtres ordonnés pour la Communauté de
Saint-Jean), soit au total une dizaine de prêtres de ce type envoyés dans les
diocèses. On peut donc retenir ce chiffre de 90 ordinations
« diocésaines ».
Mais qu’en est-il des ordinations de prêtres pour la
forme extraordinaire du rite romain assimilables à des prêtres séculiers ? Elles
se sont maintenues d’année en année autour de 10 prêtres français. Mais elles
ont tendance à croître : en 2009, 15 prêtres français seront ordonnés pour la
forme extraordinaire du rite romain (1 de l’ICRSP ; 4 de la FSSP ; 6 de la
FSSPX ; 2 de l’IBP ; 2 dans le diocèse de Toulon) – étant exclues de ce chiffre
les ordinations des communautés proprement religieuses (bénédictins de diverses
obédiences, capucins, Institut St-Vincent-Ferrier, dominicains). Autrement dit,
les ordinations pour la forme extraordinaire représentent cette année plus de
14% des ordinations de prêtres séculiers en France (avec pratiquement 20% des
séminaristes).
Bien entendu, il faut surtout considérer le chiffre
global, très angoissant : 105 nouveaux prêtres seulement seront donnés à
l’Église de France cette année. Mais on doit se réjouir – modestement – de la
croissance des prêtres pour la « forme extraordinaire » qui semble devoir se
poursuivre. Cette croissance, comme celle des ordinations dans la Communauté
Saint-Martin, et comme la stabilité de celles de la Communauté Saint-Jean,
devrait entrer dans la réflexion et inspirer la politique pastorale de tous les
évêques de France. C’est d’ailleurs le cas pour quelques uns.
Le
diocèse de Paris rattrapé par la crise
Cette réflexion et cette
politique pastorale seront-elles mises en œuvre à Paris ?
La capitale, sous
l’épiscopat du cardinal Lustiger, était restée un diocèse protégé, avec des
vocations relativement nombreuses et un âge moyen des prêtres nettement plus bas
que dans les autres diocèses de France. Mais la crise, depuis une décennie,
rattrape cruellement Paris. En dehors de leurs inquiétudes financières et de la
recherche d’économies à réaliser, les services diocésains s’alarment de plus en
plus à propos de la baisse des vocations : il n’y a plus à ce jour que 52
séminaristes pour le diocèse de Paris, dont 6 membres de la Communauté de
l'Emmanuel – étant précisé que la première année, dite de propédeutique, à la
Maison Saint Augustin, n’est pas incluse. (Quant au séminaire régional
d’Issy-les-Moulineaux, il est plus touché encore et ne compte plus que 44
séminaristes).
De sorte qu’il y aura, pour le diocèse de Paris :
10
ordinations en 2009 (dont 2 pour la Communauté de l’Emmanuel) ;
7
ordinations en 2010 ;
4 ordinations en 2011.
Inévitablement, le nombre
des prêtres affectés à chaque paroisse devra être progressivement réduit. Et il
sera nécessaire de faire plus encore appel à l’aide au moins ponctuelle de
prêtres étrangers, comme les prêtres étudiants dans les facultés ecclésiastiques
parisiennes venus d’autres continents.
Pourquoi ne pas utiliser
les services des prêtres ordonnés pour la forme extraordinaire
?
Mais alors, pourquoi ne pas utiliser – à Paris et dans les
diocèses – les services des prêtres ordonnés pour la forme extraordinaire, dont
la demande toujours plus forte ne pourra pas toujours être entravée au point où
elle l’est actuellement ? Ces prêtres pourraient d’abord être tout simplement
utilisés pour répondre (partiellement) aux nombreuses demandes de célébrations
dans cette forme dans les paroisses. Et du coup, ils allègeraient la charge des
autres prêtres. En outre, pourquoi ne pas aussi leur confier des ministères,
sinon paroissiaux, du moins « transversaux » (aumôneries d’hôpitaux,
d’établissements scolaires, de maisons de retraites, de communautés religieuses,
etc.) ?
Ces questions se posent avec une force toute particulière à
Paris, car la concentration du clergé « extraordinaire » y est exceptionnelle.
Actuellement, résidant intra muros où dans des maisons de la toute proche
banlieue mais exerçant un ministère (non officiel) à Paris, ils ne sont pas
moins d’une trentaine de prêtres (de l’IBP, de la FSSPX, de la FSSP et, auxquels
s’ajoutent ceux que l’on pourrait qualifier comme à la Chambre des députés de
« divers droite »). C’est un fait peu connu, mais étonnant : la présence de
prêtres de communautés traditionalistes à Paris est bien plus massive que dans
tous les diocèses de France. Or ce diocèse préfère, pour l’instant, se passer
totalement de leurs services.
Qui plus est, il faut savoir qu’outre ces
30 prêtres traditionnels, une bonne dizaine de prêtres exerçant des fonctions
officielles dans le diocèse ont reçu tout ou partie de leur formation dans des
séminaires traditionnels (ils sont très rarement utilisées pour remplir les
demandes de célébrations selon la « forme extraordinaire »). Paris, le plus
traditionaliste des diocèses de France…
Pour une réflexion à frais
nouveaux : la « petite phrase » de Mgr Aumonier, le 20 juin, à Saint-Germain du
Chesnay
L'Église n’est pas une société purement humaine, et
encore moins une entreprise. Mais, comme toute société humaine qui se trouverait
dans une situation analogue, elle devrait normalement voir ses responsables
s’interroger sur les méprises éventuellement commises en matière d’image
sacerdotale, les rectifications à accomplir, les réformes à mettre en œuvre,
spirituelles, morales, théologiques, disciplinaires, liturgiques.
En
faisant cette remarque, nous ne prétendons pas, que le modèle de formation
sacerdotale « extraordinaire » – dont il est certes patent qu’il « marche
mieux » – soit parfait, bien loin de là. Mais cependant sa réussite, relative
mais incontestable, est à l’évidence porteuse d’un certain nombre de leçons. Le
bons sens inviterait au moins à lui laisser un certain espace dans la pastorale
et dans les séminaires, comme cela commence d’ailleurs à se faire en certains
diocèses.
Ne doit-on pas comprendre ainsi le « ballon d’essai » lancé à
deux reprises par l’évêque de Versailles, lors des confirmations à Saint-Germain
du Chesnay samedi 20 juin, et à la Cathédrale de Versailles dimanche 21 juin,
appelant dans son homélie très remarquée les vocations pour la forme ordinaire
comme pour la forme extraordinaire à se manifester auprès de lui ? Un espace
officiel laissé aux vocations pour la forme extraordinaire – au sein même des
séminaires diocésains ? – créerait à coup sûr un appel d’air général pour des
vocations de prêtres séculiers. Ce qui aiderait, en outre, le clergé de forme
ordinaire à se rapprocher de ses confrères de forme extraordinaire des divers
instituts traditionnels, et qui aiderait inversement le clergé de forme
extraordinaire à s’adapter à une pastorale plus large que celle à laquelle il
est réduit.
Cela ne résoudrait assurément pas tout, ni tout d’un coup.
Mais n’est-il pas évident que tout le monde aurait à gagner à un dégel des
relations entre les diverses composantes de l’Église de France qui veulent
qu’elle survive au milieu d’une sécularisation écrasante ? Il est vrai qu’il
faudrait pour cela faire tomber bien des méfiances réciproques. Il faudrait tout
d’abord se parler. Et peut-être auparavant … apprendre à s’aimer.
Ce pourrait
être un des fruits de cette année sacerdotale. |
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