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Entrevue avec le Président d'Una Voce Italia Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
19-08-2009

turrini1.gifUna Voce Italia est une association qui a les mêmes buts qu'Una Voce France comme le confirme son sous-titre aisément compréhensible en français :

Associazione per la salvaguardia della liturgia

Haut-fonctionnaire romain, Ricardo Turrini Vita est de longue date l'un des piliers d'Una Voce Italie. Il en est le président. Il a donné à Paix Liturgique son point de vue sur  les paroisses personnelles - comme c'est à Rome le cas de la Très Sainte Trinité des Pèlerins - face aux blocages rencontrés pour l'application du Motu proprio Summorum Pontificum dans le cadre diocésain.

Nous vous livrons cette intéressante entrevue.

Rappelons que début juillet, le site italien www.maranatha.it a publié une poignante lettre ouverte de ses deux animateurs, les frères Gandolfo Lambruschini, au Saint-Père. Vous pourrez en lire la traduction à la suite de cette entrevue...



PL - Président Turrini Vita, que pensez-vous de la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site maranatha.it ? (Cf ci-dessous) Dans quelle mesure la situation dépeinte dans cette lettre est-elle représentative de la situation italienne ?

RTV - Plus qu'une lettre, ce texte est un appel dont il serait nécessaire de distinguer le contenu, la forme, le style et le support.

Sur le fond, les signataires illustrent bien que l'objectif du Souverain Pontife est de rendre le culte traditionnel vivant, au même titre que le culte nouveau, dans le contexte pastoral ordinaire. Mais en même temps, ils soulignent que la réalité est diverse, je dirais même contraire.

Pour juger de cette réalité, il faut d’abord considérer que coexistent deux droits : celui du catholique à l’usage du rite ancien (la forme extraordinaire) et celui du prêtre à ne pas le célébrer. Dans le cas dont nous parle la lettre - et comme le prévoit le MP Summorum Pontificum -, l’évêque a de toute façon permis une autre célébration, dont l’étendue n’est pas indiquée. Le cas est moins malheureux qu’ailleurs.

Si ma sensibilité personnelle et mon éducation font que je ne ressens pas particulièrement la nécessité de lier le culte traditionnel aux paroisses diocésaines, je reconnais néanmoins volontiers que les raisons affectives exposées dans la lettre sont justes et nobles et que les curés de paroisse devraient en tenir compte.

Les attitudes rencontrées par les auteurs sont, quant à elles, bien connues - et depuis des décennies - de tous ceux qui combattent pour la messe traditionnelle, et notamment au sein d'Una Voce Italie : le refus, la moquerie, la grossièreté. Après les très clairs éclaircissements canoniques fournis par le Saint Père actuel, les comportements rapportés par les deux signataires sont de plus devenus des enfreintes à la loi.
J'ai souvent fait observer que le sens de la légalité au sein du clergé se perdait, et pas seulement dans le domaine liturgique. De nombreux clercs ne se sentent pas tenus d'obéir à la loi ce qui, je le dis en passant, discrédite de fait la "pastorale de la légalité" dont on entend souvent parler. Les causes d'un tel comportement, outre la propension commune au péché, sont profondes et ne se limitent pas aux seuls bouleversements des années 70.

Il convient également de dire que de nombreux prêtres n'ont pas reçu de formation au culte traditionnel et que peu d'attention en général, même dans le nouveau rite, a été donnée à leur formation, comment dire, mistagogique.

Enfin, le Pape est le chef visible de l'Église mais n'en est pas le corps tout entier et ne peut suppléer à lui seul à ses défauts.

En Italie, si mépris et refus sont en général la règle, le nombre de lieux où le curé (ou l'ordinaire) n'est pas hostile à la forme extraordinaire grandit régulièrement. Les conditions d'application les meilleures dans le cadre canonique et dans la fidélité à l’esprit du Pontife s'observent à Rome, à Gênes et à Florence.

Quant à la forme de ce texte, au-delà du langage non protocolaire qui est utilisé, je ne crois pas en ce qui me concerne à l'utilité de tels appels : en 45 ans d'existence, Una Voce en a lancé de très nombreux sans grand résultat. Cependant, je tiens à féliciter les signataires pour l'affection filiale qu'ils nourrissent envers le Saint Père.


PL - En France, selon le sondage CSA pour Paix Liturgique de septembre 2008, 34% des catholiques se disent prêts à participer régulièrement à la Messe selon la forme extraordinaire si elle était célébrée dans leurs paroisses. Quelle serait, selon vous, la proportion de fidèles italiens disposés à faire de même ?

RTV - Je crois qu'elle serait inférieure : en fait, il manque en Italie une tradition de formation liturgique comme celle qui fut offerte par un géant comme Dom Guéranger. Toutefois, si l'on considère que le nombre des pratiquants en Italie est bien supérieur à celui de la France, il se pourrait, tous comptes faits, que celui des fidèles attachés au culte ancien ne soit pas inférieur au vôtre. À condition que celui-ci soit offert librement et avec régularité.


PL - Face aux résistances du clergé à l'ouverture des paroisses diocésaines à la forme extraordinaire de la messe, une issue pourrait se trouver dans le développement de paroisses personnelles, comme cela a été fait à Rome au printemps 2008. À la lumière de l'expérience romaine, que pensez-vous de cette solution ?

RTV - L'expérience romaine est satisfaisante parce que la paroisse s'est affirmée et intégrée à la pastorale générale. Surtout, celle-ci permet non seulement de bénéficier des sacrements et du culte mais offre aussi une formation spirituelle et des exercices de piété. Selon moi, la paroisse personnelle serait le meilleur moyen de pourvoir aux besoins de la portion du peuple de Dieu attachée au rite ancien ; à condition, bien entendu, qu'il existe un clergé disposé à s'y dévouer avec un esprit conforme à celui que la tradition exige.



Les réflexions de Paix Liturgique

1/ Monsieur Ricardo Turrini Vita connaît parfaitement la question liturgique en Italie. Son ancrage de terrain, ses nombreuses relations (laïques et ecclésiastiques), ses fonctions au sein d’Una Voce font de lui l’un des meilleurs spécialistes de la situation italienne. Le parcours de Monsieur Ricardo Turrini Vita est bien différent de celui des frères Lambruschini (voir notre lettre n°190 sur la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site maranatha.it), pourtant, leur attachement réciproque à la forme extraordinaire du rite romain et leur souhait de le promouvoir leur a donné de nombreux points communs : moqueries, insultes, calomnies, campagne de dénigrement.

« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » dit l’adage. Cette pratique déloyale et scandaleuse pour des femmes et des hommes qui se revendiquent d’Eglise n’est hélas pas nouvelle : Ainsi, une distribution de tracts en faveur de la messe traditionnelle sur des pare-brise de voiture devient une « perturbation des ordinations sacerdotales » qui se déroulent dans l’église voisine, la récitation d’un chapelet dans la rue devient « une tentative de perturbation de la messe télévisée », une lettre respectueuse de demande d’application du Motu Proprio signée par plusieurs familles devient une « pétition inadmissible, une pression qui n’a pas sa place dans l'Église »… On ne compte plus non plus les attaques personnelles, les dossiers soi-disant « très graves » sur ce que l’on appelle les « traditionalistes » et dont on attend toujours la publication dix ans après… On ne compte pas non plus les amalgames politiques, les raccourcis indignes…

Non cela n’est pas nouveau mais qu’il nous soit permis de toujours nous en indigner et de ne pas nous habituer à cette culture du mépris.


2/ A la lueur de l'expérience romaine qu'il connaît bien puisqu'il est lui même paroissien de la Très Sainte Trinité des Pèlerins (http://roma.fssp.it/), Monsieur Ricardo Turrini Vita semble plaider pour le développement de paroisses personnelles dédiées à la forme extraordinaire du rite romain. Cette formule n’est pas sans avantage à commencer par la concorde… Toutefois, force est de constater que la plupart des arguments en sa faveur sont le plus souvent des arguments de type négatif en ce que la paroisse personnelle est conçue d’abord comme le moyen de cesser de supporter les moqueries, insultes, calomnies, campagne de dénigrement et autres obstructions telles que précédemment décrites.

Si l’érection de paroisses personnelles ne va clairement pas contre le Motu Proprio puisque le texte papal prévoit cette possibilité explicitement (article 10), il nous semble que le Saint Père fait de la paroisse territoriale le cadre naturel et premier d’application du Motu Proprio.

En effet et comme le rappelait très récemment le Cardinal Cañizares, Préfet de la Congrégation du Culte Divin, « la volonté du Pape n'a pas été uniquement de satisfaire les fidèles de Mgr Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux justes désirs des fidèles qui se sentent liés, pour des motifs divers, à l'héritage liturgique représenté par le rite romain, mais bel et bien d'offrir à tous les fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes qui les ignoraient encore ».

Dans cette optique, il nous semble donc que la paroisse territoriale de Monsieur et Madame Toutlemonde doit être le cadre normal, ordinaire et habituel de la célébration de l’une et l’autre des deux formes du rite romain.
C’est à ce prix que le trésor liturgique de la forme extraordinaire ne sera plus le fait de quelques réserves d’indiens mais pourra bel et bien être rendu à toute l'Église universelle.
 
 

Lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site maranatha.it

 
1) Qui sont les frères Lambruschini ?

Membres actifs du tiers-ordre franciscain, les jumeaux Paolo et Giovanni Gandolfo Lambruschini ont choisi durant les années 90 de se consacrer entièrement à la santé de leurs parents, gravement malades. Retenus de ce fait à domicile, ils ont pourtant trouvé un moyen de poursuivre leur élan missionnaire par le biais d'internet. Fin 1999, ils créent le site maranatha.it « pour mettre à la disposition du plus grand nombre la liturgie de l'Église ». Le succès de leur site auprès du clergé italien les conduit à développer des outils spécifiques pour télécharger facilement les textes liturgiques. Aujourd'hui, ils enregistrent 2 000 à 3 000 téléchargements par mois pour une moyenne de 10 000 visiteurs mensuels.

"Site le plus cliqué au Vatican" selon ses auteurs, maranatha.it est paradoxalement aujourd'hui dans le collimateur de nombreuses hiérarchies diocésaines italiennes. Le crime de ses rédacteurs ? Avoir publié dès la sortie du motu proprio Summorum Pontificum des ressources liées à la liturgie traditionnelle, à commencer par le missel de Jean XXIII. Depuis lors, les frères Gandolfo Lambruschini ont dû faire face à des pressions de toute sorte, plus ou moins aimables mais aussi claires les unes que les autres : pas de publicité pour le rite ancien...

Au lieu de plier, les jumeaux Gandolfo Lambruschini ont persisté, fidèles à "la réforme de la réforme" promue par le Saint Père, jusqu'à se faire les porteurs d'une demande de messe dans leur paroisse, à Sestri Levante, sur la côte ligure. Et c'est précisément le sort réservé à cette demande depuis deux ans par leur curé et leur évêque qui les a poussé à s'adresser aujourd'hui au Souverain Pontife.

Dès 2007, leur curé leur oppose un refus catégorique. Se retournant alors vers leur évêque diocésain, auprès duquel ils font valoir le texte papal, ils obtiennent de lui un premier accord : une messe un samedi sur deux. La première messe, qui rassemble une soixantaine de fidèles, est un succès. Mais très vite les incidents se multiplient : changement de lieu de culte, changement d'horaire, retard du prêtre... Les deux frères retournent voir l'évêque et demandent, pour eux et pour les fidèles de la petite communauté, une messe hebdomadaire. Après avoir expliqué qu'il n'avait pas de prêtre à disposition, l'évêque finit par accéder à leur requête. Ainsi, depuis le début 2009, un prêtre vient chaque samedi de Chiavari (le siège épiscopal) célébrer la forme extraordinaire du rite romain. Une quarantaine de personnes en moyenne participe à cette messe, en dépit de son horaire malcommode : 16h30 !

Certains pourraient se contenter de cette situation en demi-teinte mais pas les Gandolfo Lambruschini. Ce qu'ils demandent, c'est la pleine et généreuse application du motu proprio : la messe dominicale et la possibilité réelle de célébrer les sacrements selon la forme traditionnelle. Et de préférence au cœur de leur paroisse plutôt que dans une église périphérique. Constatant, à la lecture des témoignages qui leur parviennent par le biais de maranatha.it, que leur situation est celle de l'immense majorité des demandeurs italiens, ils ont décidé d'utiliser leur visibilité médiatique pour adresser au Pape ce qui ressemble fort à un cri de détresse.
 


2) De larges extraits de la lettre ouverte des rédacteurs de maranatha.it à Sa Sainteté Benoît XVI



Très Saint Père,

Humblement, nous vous écrivons pour porter à votre connaissance ce qu'il y a au plus profond de notre cœur.

Mais avant tout, nous devons vous remercier pour les enseignements que vous dispensez dans les Audiences, les Homélies, les Lettres et les Encycliques qui accompagnent, depuis des années, notre développement spirituel. En ces temps de grande "crise", cela a été pour nous, et nous croyons pour toute l'Église, un grand bienfait.

Votre enseignement représente une véritable libération de l'horreur spirituelle des temps modernes, un refuge sûr et une réparation garantie pour l'âme après avoir été endoctrinés de faux savoirs et d'interprétations personnelles élevées au rang de dogmes. Grâce à vous, un malaise spirituel qui couvait dans l'Église depuis des années et que nous avons ressenti avec grande douleur est en passe d'être résorbé. Un malaise dû à une confusion entre le vrai et le faux, le juste et l'erreur, toujours plus difficiles à distinguer et toujours moins nettement perçus, y compris des pasteurs eux-mêmes.

Malheureusement, nous désirons vous communiquer ce qui nous tient vraiment à cœur, ce que nous avons vécu depuis le 7 juillet 2007 dans le simple cadre d'une très ordinaire vie de paroisse.

En particulier, nous désirons porter à votre connaissance ce qui est notre vie, et la vie de tant d'autres, au lendemain du Motu Proprio Summorum Pontificum. Grâce à celui-ci et à la sensibilité liturgique de Votre Sainteté - chère au cœur de qui, comme nous, ne voit pas de "mal" dans l'expression liturgique de la foi qui a nourri spirituellement tant de Saints au fil des siècles de vie de l'Église -, nous avons obtenu, non sans sacrifices, souffrances et humiliations de la part de notre Évêque, la célébration de la Sainte Messe de toujours dans un Oratoire extérieur à notre paroisse.

La joie de redécouvrir la Sainte Messe, aimée de nos parents et que nous pensions éliminée pour toujours, l'a emporté sur la profonde déception de constater que cette sacrosainte liturgie n'a pas trouvé sa place à l'intérieur de notre très chère communauté paroissiale.

Dans l'article 5.1 du Motu Proprio, vous avez fait un grand cadeau à toute l'Église, en réaffirmant l'importance et le rôle central de la paroisse, de la communauté paroissiale unie par, et autour de, la Liturgie, juste clarification attendue depuis des années. Vous avez dit avec clarté que la tradition liturgique des 20 siècles passés n'avait pas été "excommuniée" mais avait toujours été valide, licite, légitime et sanctifiante. Le Motu Proprio Summorum Pontificum a vraiment constitué un grand acte de justice.

L'extraordinaire importance de ce document, croyons-nous, réside dans le fait que la Messe de toujours a enfin fait son retour dans la vie paroissiale de tous les jours et n'est plus reléguée dans les seules "mains" de quelques fidèles et associations auxquels va néanmoins notre approbation pour avoir su conserver ce trésor.

La tradition véritable ne réside pas seulement dans des mots et des gestes codifiés dans les temps anciens et transmis au fil des siècles par l'Église. La tradition est aussi ce qui nous lie, par le sang comme par le sol. Les racines qui plongent dans notre communauté, par lesquelles se révèle véritablement le sens mystique de la tradition qui n'est ni une ni loi ni un rite, mais une communauté d'esprits, unis et vivants, que pas même la mort n'a le pouvoir de séparer. Dans la paroisse, nos ancêtres, nos parents et nos descendants sont unis à nous spirituellement, comme un seul peuple vivant rassemblé face au Sacrifice du Christ.

Quelle tristesse de constater le dilemme qui nous est imposé : choisir de maintenir notre enracinement en humiliant notre sensibilité liturgique ou bien nourrir cette sensibilité en nous coupant de notre lien paroissial, nous obligeant à devenir des fugitifs, des exilés, relégués dans des chapelles, sans curé, sans cure attentive de nos âmes. Souvent ces chapelles sont des "centres de messe" qui regroupent des personnes venant de différents endroits, tous coupés de leur paroisse respective parce qu'ils n'ont pas d'autre solution pour se sanctifier, ne pouvant puiser à la source de tradition dans leur paroisse, là où celle-ci devrait naturellement se manifester.

Cette exclusion de la vie communautaire et paroissiale n'est rien d'autre qu'une ghettoïsation et la vraie cause d'une division que nous n'avons pas voulue mais que nous subissons !

C'est comme si la tradition était une maladie infectieuse à mettre en quarantaine pour éviter la contagion des catholiques encore indemnes. Et pourtant, comme nous aimerions participer à la Sainte Messe de toujours, célébrée par notre curé, dans notre paroisse, de la même façon dont nous participons à la Sainte Messe dans sa sacrosainte forme ordinaire ! Mais celle-ci est reléguée au loin, comme si elle n'était qu'un sous-produit de la liturgie catholique, de dignité inférieure, ne méritant d'être suivie que de catholiques de dignité inférieure !

Et que dire des problèmes que nous avons dû affronter du jour où nous avons mis en ligne, à disposition des prêtres du monde entier, le Missel Romain du Bienheureux Pape Jean XXIII avec toutes les explications et commentaires spirituels sur les différents gestes de la Sainte Messe. Que ce soit dans notre communauté paroissiale ou dans notre Diocèse, nous avons rencontré de nombreuses difficultés et enduré de nombreuses souffrances.

(…)

Le résultat est qu'à l'instant présent, grâce à ces persécutions subtiles et incessantes, nous nous sentons, bien malgré nous, éloignés de l'Église. Nous avons la douloureuse impression que notre Mère l'Église nous a chassés, tourné le dos, humiliés. Le manque que nous en ressentons est terrible !

En d'autres termes, nous souffrons de constater que de nombreux prêtres et évêques interprètent la Foi Catholique et la Divine Liturgie qui est l'expression finale de cette foi, non pas en "continuité" - comme vous l'avez expliqué plus d'une fois en vous référant à la tradition bimillénaire de l'Église - mais en "rupture" ouverte et incurable, allant jusqu'à faire de cette rupture un étendard à montrer avec arrogance au monde. Il est terrible d'éprouver concrètement chaque jour que dans l'Église elle-même il est impossible d'adhérer librement à tout le Magistère, sans recevoir en contrepartie moqueries et grimaces ! C'est tout simplement absurde. Nous sommes simplement Catholiques, enfants de l'Église catholique, Apostolique et Romaine, obéissants au Vicaire du Christ et à ses lois, fidèles à son enseignement et désireux de participer au Sacrifice même du Christ, qui se réalise aussi bien sous la forme ordinaire et moderne que sous celle, extraordinaire et plus antique, de l'unique Messe catholique.

(…)

Des témoignages constants que notre site enregistre depuis des mois, nous pouvons affirmer que notre expérience n'est pas un cas isolé.

Nous avons choisi de rendre publique cette lettre pleine de tristesse que nous vous adressons humblement, pour y associer spirituellement les invocations et les souffrances de nombreux autres catholiques qui se trouvent dans des situations identiques à la nôtre, subissant les mêmes vexations et humiliations.

Nous désirons que vous connaissiez la réalité. De la même façon, nous voulons que les fidèles qui ne connaissent pas la tradition liturgique de l'Église puissent prendre conscience du problème de coexistence pacifique qui se pose, en l'état actuel des choses, à l'intérieur du monde catholique et dont les amoureux de la tradition ne sont en aucun cas les responsables. Nous vous prions de grand cœur, Très Saint Père, de prendre les mesures opportunes que vous seul êtes à même de mettre en œuvre, afin que le Motu Proprio Summorum Pontificum vienne à être appliqué dans chaque paroisse.

Aidez-nous, Votre Sainteté, et permettez-nous de pouvoir goûter à ces fruits sanctifiants dans notre communauté paroissiale, naturellement et simplement, sans discriminations inutiles. Faites que les fidèles puissent réellement choisir, sans encourir la moindre répercussion, humiliation ou autre pénible fardeau.

Nous sommes convaincus qu'à cette requête s'unissent tant de frères qui, en Italie et dans le monde, éprouvent la même affliction, mais qui n'ont pas toujours le moyen de faire entendre leur malaise. Nous vous l'adressons au nom de l'histoire, au nom des générations futures et au nom de la véritable unité de l'Église.

Saint Père, nous vous supplions, ne nous laissez pas seuls ! Nous prions l'Esprit Saint, par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, de garder Votre Sainteté en bonne santé et de vous donner la force et le courage de guider toujours efficacement l'Église, nous aidant à obtenir la célébration de la liturgie traditionnelle dans nos paroisses.

En la fête du Très Précieux Sang de Notre Seigneur, le 1er juillet 2009, avec l'expression de notre estime et de notre respect,

Vos très dévoués serviteurs dans le Christ,

Paolo et Giovanni Gandolfo Lambruschini
 
Traduction de Paix Liturgique  
 
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