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Lettre de Paix liturgique N° 209
« Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible: c'est
la priorité suprême et fondamentale de l'Église et du successeur de Pierre
aujourd'hui. D'où découle, comme conséquence logique, que nous devons avoir à
cœur l'unité des croyants. En effet, leur discorde, leur opposition interne, met
en doute la crédibilité de ce qu'ils disent de Dieu. C'est pourquoi l'effort en
vue du témoignage commun de foi des chrétiens - Par l'œcuménisme - est inclus
dans la priorité suprême…( ) Si donc l'engagement ardu pour la foi, pour
l'Espérance, et pour l'amour dans le monde constitue en ce moment (et, dans les
formes diverses, toujours) la vrai priorité pour l'Église, alors les
réconciliations petites et grandes en font aussi partie »
Benoît
XVI
Benoît XVI a souhaité faire de l’unité dans l'Église
catholique une priorité de son Pontificat.
En France, si l’opposition
épiscopale à cette dynamique d’unité est bien réelle, il n’en demeure pas moins
que la situation évolue et qu’il devient chaque jour un plus clair que l'Église
de France, s'adaptant avec intelligence à la réalité du monde, va devoir faire
sienne les intuitions de Benoît XVI et bâtir l’unité dans la
pluralité.
Nous avons demandé à Christian Marquant, coordinateur du
Mouvement pour la Paix Liturgique de nous faire part de ses
réflexions.
Comment percevez-vous la situation actuelle
?
La situation est inespérée : pour la première fois depuis les
bouleversements imposés brutalement au nom de « l’esprit du concile », il semble
possible de se réconcilier au-delà des préférences liturgiques des uns et des
autres.
Le Pape a levé les derniers obstacles - réels ou supposés - à la
construction de l’unité entre les catholiques fidèles au Saint Père.
L’unité est donc de la responsabilité personnelle de chaque baptisé.
Les
évêques et les prêtres portent chacun cette responsabilité en tant que
Pasteurs.
Les fidèles – dont le Concile Vatican II rappelle leurs
responsabilités dans l’Eglise – sont également concernés au premier chef par
cette édification de l’unité.
Pour chaque d’entre nous, il s’agit finalement
de se demander si nous voulons vraiment être fidèles aux engagement de notre foi
en Jésus-Christ.
Concrètement qu'attendez-vous de nos Pasteurs
?
Honnêteté et réalisme !
L’idéologie est encore bien vivante dans
une bonne partie de l’épiscopat français.
On continue globalement à y
aborder la question de l’unité et celle de l’attachement des fidèles à la forme
extraordinaire du rite romain avec aveuglement et langue de bois.
Il est plus
que temps que nos évêques prennent conscience que de très nombreux fidèles
souhaitent vivre leur foi catholique au rythme de la forme extraordinaire du
rite romain.
Aussi difficile et crucifiante puisse être cette prise de
conscience pour certains d’entre eux, ce préalable est indispensable.
Pour
grand nombre d’évêques, « il n'y a pas de problème liturgique en France
», « il n’y a pas de demande d’application du Motu Proprio », « la
liturgie traditionnelle n’intéresse qu'un tout petit nombre de fidèles » ou
bien encore « le Motu Proprio sert seulement à régler le problème avec les
lefebvristes »…
Cette vision des choses est au mieux inexacte.
Les
observations honnêtes de la réalité, le dialogue sur le terrain, les sondages
d’opinion le démontrent depuis 40 ans : si un tout petit nombre de fidèles a
fait entendre sa voix au cours des années de plomb contre les abus et les
pseudo-interdictions de la messe traditionnelle, l'immense majorité de ceux qui
pensaient comme eux, ont agit en Silencieux de l'Eglise et se sont tu. Ils ont
continué à fréquenter leurs paroisses territoriales malgré leurs préférences
fondamentales en matière catéchétique et liturgique. Cela, nous l’avons vérifié
à chaque opération de sensibilisation dans les paroisses en parlant directement
avec les fidèles et non avec ceux qui parlent en leur nom…
Avec la
publication du Catéchisme de l'Eglise Catholique, la question du catéchisme a
été presque totalement réglée, la question liturgique aurait du l'être avec la
publication le 7 juillet 2007 du Motu Proprio Summorum Pontificum.
Malheureusement, tel n’est pas encore le cas. Certes, tous les évêques ne
s’opposent pas au Motu Proprio, loin de là, mais les plus favorables ont
tendance à renforcer l’application du Motu Proprio de 1988 (concession de
quelques lieux où est célébrée la messe traditionnelle) plutôt que d’appliquer
purement et simplement le Motu Proprio de 2007 (célébration de l’une et l’autre
forme du rite dans les paroisses, spécialement dans les grandes paroisses de
ville).
Pensez-vous que la responsabilité de nos évêques soit
engagée ?
La responsabilité de la plupart de nos évêques et d'une
grande partie de leur clergé dans le drame que nous vivons est totale.
Dans
une société hiérarchique comme est l’Eglise, les torts ne sont pas partageables
de manière strictement identique.
Les détenteurs de l'autorité –
c'est-à-dire ceux qui pourraient prendre des mesures concrètes pour arrêter
l’apartheid liturgique et bâtir l’unité - doivent assumer la responsabilité de
leurs prérogatives.
L'histoire qui les jugera sera probablement très sévère
pour ces pasteurs. Le jour de leur mise en cause, il sera particulièrement
difficile de leur trouver des circonstances atténuantes et de justifier leur
manque d’amour, leur terrifiante lâcheté et plus encore, leurs compromissions et
leur duplicité.
Il est probable qu’un jour leurs successeurs prononcent un
discours de repentance un peu comme celui-ci… « devant l'ampleur du drame et
le caractère inouï de l’apartheid liturgique qui fut le modèle pastoral de nos
prédécesseurs, trop de pasteurs de l'Église ont, par leur silence, par leurs
paroles et par leurs actes, offensé l'Église elle-même et sa mission.
Aujourd'hui, nous confessons que ce comportement fut une faute. Nous confessons
cette faute. Nous implorons le pardon de Dieu et lui demandons d'entendre cette
parole de repentance ».
Quelles seraient les mesures à
prendre pour instaurer une vraie paix ?
C’est très simple, il suffit
de se mettre à l’école des Papes, de Jean Paul II qui nous montrait la voie hier
et de Benoît XVI qui reprend courageusement aujourd’hui le flambeau. Il faut
arrêter de vouloir avoir raison « contre le Pape » [Paul VI…].
Comme il faut
bien commencer, un premier pas pourrait être de respecter les fidèles qui
jusqu'à aujourd'hui sont méprisés, exclus, honnis et marqués du sceau de
l'infamie car ils restent attachés à la Foi et à la pratique traditionnelles.
Tant que ces fidèles seront pour les évêques, des « fidèles différents », des «
chrétiens de seconde catégorie » ou tout simplement « un problème »,
l’édification de l’unité sera une fumeuse déclaration d’intention pleine
d’hypocrisie.
Une mesure très simple et immédiatement envisageable serait de
faire en sorte que les célébrations de la forme extraordinaire du rite romain
déjà instaurées, deviennent respectueuses de la demande réelle des fidèles.
Qu’est-ce à dire ? Il s’agirait tout simplement que ces célébrations aient lieu
tous les dimanches et fêtes et non de manière irrégulière et à des horaires
familiaux.
Ensuite, il faudrait que nos pasteurs - évêques et curés -
répondent au moins loyalement aux demandes qui leur sont adressées, sans
démoraliser les demandeurs ou tout faire pour ne pas accéder à leur demandes…
Enfin, il faudrait que nos curés anticipent les demandes « implicites »
qu'ils savent exister dans leurs paroisses même si ces demandes de célébrations
extraordinaires ne se sont pas formalisées publiquement.
Qu'appelez-vous « demandes implicites » ?
C’est la
demande qui bien que non matérialisée par une lettre ou issue d’un groupe non
structuré n’en est pas moins réelle.
La demande implicite est celle que nous
entendons à chaque fois que nous allons dans les paroisses et discutons avec les
fidèles.
Paix liturgique a fait réaliser depuis 2002, quatre sondages
scientifiques réalisés par des instituts reconnus, professionnels et
indépendants (2001 SOFRES, 2006 CSA, 2008 CSA, 2009 Versailles) qui fournissent
à tous les hommes de bonne volonté, et même aux journalistes que cela
intéresserait, des informations concordantes lourdes de conséquences : Au moins
un quart des catholiques français préféreraient vivre leur foi au rythme de la
forme liturgique que l'on appelle aujourd'hui « forme extraordinaire » et une
moyenne de 66 % sont tout à fait d'accord pour que leur paroisse propose un
bi-formalisme liturgique aux fidèles. 34 % des catholiques pratiquants – un
tiers – assisteraient volontiers à la messe sous la forme extraordinaire si elle
était célébrée dans leurs paroisses.
Ne chipotons pas sur les chiffres qui
d'ailleurs n'ont jamais été contestés. Peut-être ici ou là, les fidèles sont-ils
encore plus nombreux ou bien ne représentent que 20 % de l'ensemble au lieu de
34 % (sondage national CSA ou sondage dans le diocèse de Versailles)... mais
convenons que dans tous les cas de figure, contrairement aux affirmations
assénées par les ennemis de la paix, les fidèles qui désirent que soit célébrée
la messe traditionnelle dans leurs propres paroisses sont très
nombreux.
Donc les demandes formalisées ne donnent pas un état
exact du souhait des fidèles ?
Effectivement, les demandes exprimées
formellement ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
Les sondages
successifs indiquent clairement que dans tous les diocèses, dans toutes les
paroisses, que des demandes formelles soient exprimées ou non, de nombreux
fidèles silencieux, parfois muets, souvent menacés, quelquefois même atteints du
syndrome de Stockholm, désirent vivre leur foi catholique au rythme de la forme
extraordinaire du rite romain. Il me semble qu’au vu de ces chiffres, corroborés
par les proportions entre séminaristes pour la forme ordinaire et séminaristes
pour la forme extraordinaire, tout évêque conscient de ses devoirs de pasteur
devrait, de lui-même, instaurer, pour donner l’exemple, une messe dominicale de
forme extraordinaire dans sa cathédrale : un tiers de ses diocésains le désirent
!
La demande de célébration de la messe dans la forme
extraordinaire dans les paroisses ne va-t-elle pas contre le développement et
l’utilité même des Communautés « Ecclesia Dei » ?
Pas du tout.
Il
faut être réaliste et conscient qu'il faudra beaucoup de temps pour parvenir à
la réconciliation dans toutes les paroisses. Il existe par exemple encore en
2009 13 départements français où la forme extraordinaire du rite romain n'est
pas célébrée et 16 départements où la forme extraordinaire du rite romain n'est
pas célébrée chaque dimanche.
Par ailleurs l’effondrement du nombre de
prêtres diocésains en fonction - même si une part importante de ceux-ci
célébrera probablement demain la forme extraordinaire - fera que de plus en plus
d'évêques n’auront d’autre choix que de s'adresser à des communautés « Ecclesia
Dei » pour assurer dans leurs diocèses, ou sein des paroisses, des missions
qu'ils n'ont plus les moyens humains d'assumer (présences sacerdotales, écoles,
aumôneries scoutes….), cela se fait déjà heureusement dans plusieurs diocèses
français.
Enfin il faut prendre en compte les charismes particuliers et
la spiritualité propre de ces communautés « Ecclesia Dei ».
Ces communautés
gardent un rôle de première importance dans la construction de l’unité. Elles
ont un rôle de référence. Les communautés « Ecclesia Dei » nous tirent vers le
haut et jouent un rôle d’aiguillon dans la mise en œuvre du Motu Proprio
Summorum Pontificum en assurant par exemple l’intégralité des offices - même
lourds ou compliqués comme ceux des grandes fêtes ou de la semaine sainte – en
assurant la formation des séminaristes ou la formation continue du clergé à qui
elle apprend à célébrer la forme extraordinaire, en formant des laïcs «
spécialisés » (chorale, service de l'autel…).
Finalement, les communautés «
Ecclesia Dei » ne font pas autre chose que de jouer à leur place et avec leur
charisme propre, le rôle que d'autres ont depuis des siècles dans d'autres
domaines ou avec d'autres charismes joué dans l'Église : les Bénédictins pour la
contemplation, les dominicains pour la prédication ou l’étude, les franciscains
pour l'action missionnaire ou tant d'autres spécialisés dans l'éducation ou les
œuvres de retraites…
Donc les Communautés « Ecclesia Dei » ont un
avenir ?
La paroisse est la structure traditionnelle de l'Église.
L’avenir de la célébration de la forme extraordinaire du rite romain est
nécessairement paroissial. C’est le meilleur moyen d’ailleurs pour que ce trésor
liturgique ne soit pas celui d’une minorité parquée dans des réserves indiennes
mais soit redonné à toute l'Église universelle. C’est également le sens du Motu
Proprio me semble-t-il.
Pour autant, ce sens de l’histoire ne va pas contre
le développement des Communautés « Ecclesia Dei ».
La structure paroissiale
n’a jamais empêché le développement des multiples maisons et congrégations
religieuses qui avec leurs spécificités propres ont toujours concouru à la
mission de l'Église. L’unité n’est pas l’uniformité.
Au cours des prochaines
décennies, tout l'enjeu va être de refermer les plaies et d'apprendre à
travailler ensemble dans le cadre de l'institution ecclésiale et hiérarchique de
l'Église locale.
Que dans cette perspective chacun ait ses préférences est
parfaitement légitime.
Tout cela doit se faire avec réalisme et charité, dans
la confiance retrouvée et la vraie paix. Voilà ce à quoi nous aspirons. Voilà ce
que nous supplions nos évêques de faire.
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