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Nous vous écrirons...
| Un beau témoignage sur Denise Lebon |
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| 21-02-2010 | |
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Nous le publierons dans notre prochaine revue n° 271 de mars/avril. P.B.
Souvenirs sur Mlle Denise LEBON Le Bon Dieu a donc rappelé à Lui au petit matin du 18 janvier dernier Mademoiselle Lebon qui, des années durant, a fait chanter ensemble moines et laïcs. Sa vie a été consacrée entièrement à la cause du chant sacré, convaincue qu'elle était des paroles de saint Pie X sur le chant grégorien et la prière du peuple chrétien sur la beauté. Ce n'était pas là pour elle paroles en l'air ou exagération rhétorique, elle les a prises au sérieux toute sa vie durant, comme bien d'autres qui formaient à l'époque une pléiade de compétences musicales autour du grand Solesmes de l'entre deux guerres et de l'immédiat après-guerre. Certes, comme en toutes choses humaines, épreuves et souffrances de divers ordres ne manquèrent pas alors, mais la ferveur liturgique permettait à tous de les dépasser en entrant dans « l'esprit de la liturgie ». C'est ce beau zèle qu'a voulu élargir le Concile, et on sait hélas combien son intention a été largement pervertie par des contresens qui ont introduit au contraire un mauvais zèle étouffant ce bon zèle. C'est ici une allusion à la distinction de saint Benoît au terme de sa Règle (c. 72). Je souhaite dans ces colonnes de la revue Una Voce tirer de cette vie quelques souvenirs mettant en valeur ce zèle et le refaire vivre devant les lecteurs, et pourquoi pas, dans leur propre vie : mais à dire vrai, ce zèle ne cesse pas et dans son éternité, la jonction est faite entre la louange divine parfaite et ses remarques sur les épisèmes, l'arrivée sur les longues et tanti quanti. Oui, tout cela a pris son poids d'éternité en rejoignant la délicatesse de la louange des anges qui s'accroît régulièrement de celle des élus, la sienne désormais.
Denise
Lebon. accompagnée de Suzanne Bellin quelques mois à peine avant la disparition
de celle-ci, se présentèrent pour la première fois à Fontgombault à l'automne
de 1974. Pour la Schola Saint Grégoire dont elles avaient la responsabilité,
c'était vraiment le creux de la vague : moral au plus bas et trésorerie
aux abois depuis que les élèves avaient disparu comme une volée de moineaux au
lendemain du Concile. Dom Jean Roy, le Père Abbé, comprit d'emblée l'importance
de leur démarche et accepta le principe d'une session pour quelques uns de ses
moines. Au lendemain de l'Épiphanie suivante, début janvier 1975, nous partîmes donc à cinq moines en direction du Mans. Certes, la pédagogie Ward me mit en joie, heureux que j'étais de redevenir un peu novice pour l'honneur du chant, heureux d'apprendre les intervalles et de ressentir la pulsation due aux levé-posé. Mais cet effort technique nécessaire fut stimulé par tout ce que j'avais à admirer au 26 rue Paul-Ligneul, la maison Bellin, à savoir un état d'esprit qui s'élargissait à toute la vie. « La Méthode », c'était tout sauf un système idéologique. Elle avait vocation de rayonner sur la vie entière, le dedans comme le dehors. Ainsi la récitation de l'Angelus avant le déjeuner était déjà édifiante, mais l'intonation du Benedicite devait être reprise trois ou quatre fois pour bien faire sentir la double arsis qui va vers l'accent, arsis parfaitement consonante avec l'appétit du moment. Les housses des serviettes étaient d'ailleurs brodées de cette double arsis. Impossible de se mettre à table sans l'avoir réussie ! À table, la conversation passait avec naturel de la question liturgique dans sa version douloureuse d'alors[1] aux menus problèmes matériels de partout, marqués néanmoins par une délicatesse qui émaillait chaque détail de la vie quotidienne. Celle-ci était alors comme transfigurée par l'esprit liturgique. Un exemple : alors que je respirais avec délectation une jacinthe devant une statue de Notre Dame, je fus repris : ce qui lui a été offert n'a pas à lui être repris le moins du monde. Et il en allait bien sûr de même pour le chant ; après s'être époumoné une ou deux heures durant sous sa direction sur une pièce pour une messe ou un Salut, l'office une fois terminé, il ne fallait plus rien demander sur son exécution : ce qui avait été offert avec nos petits moyens ne méritait plus qu'on s'y intéressât. L'encens s'était élevé. Denise Lebon prit la direction de la Schola à la mort de Mlle Bellin qui suivit de près cette session un peu hors de l'ordinaire : ce fut au cours de l'été 1975. Mais le pli était pris et d'année en année des escouades de moines sont allés se former lors des sessions d'été, au Mans, à Sées et finalement à Montligeon. Conjointement avec les sessions d'été, Mlle Lebon a organisé un rassemblement grégorien à Fontgombault (1980) et un autre à Marseille (1981). En ces années 80, deux étés de suite, elle a également donné une initiation grégorienne dans le cadre de l'Emmanuel à Paray-Le-Monial. Lors des sessions, dès que cela fut possible, le bi-ritualisme[2] sans complexe a fleuri pour ré-unir una voce les diverses tendances du paysage ecclésiastique et Mlle Lebon a ainsi obtenu ce miracle d'une entente catholique autour de la beauté du chant sacré, d'une liberté tranquille à l'égard de toute querelle en dehors de celui-ci. Un petit fait peut illustrer ceci. Il y a plus de dix ans, un vieux chanoine dut remplacer au pied levé l'aumônier de la session empêché. Malgré son âge respectable, le prêtre arrive, décontracté et vacances, en jean, chapeau de paille et tee-shirt ! Denise le fait monter aussitôt dans sa chambre. Il en ressort un quart d'heure après et dit en riant à un moine : Mais elle est terrible ! Il reprend sa voiture, retourne chez lui (une heure de route) et revient en soutane. La session fut extraordinaire, en partie grâce à lui. De son côté il fut conquis par l'esprit bonhomme-famille qui s'appuie en même temps sur l'effort sérieux (des examens à la sacristie) : une belle parabole. Un aspect original de Denise : à diverses reprises, elle a su provoquer des rassemblements imposants, en ramant complètement à contre-courant. Je pense aux jubilés de 50 et 60 ans de la Schola (avec la présence du Nonce, du Cardinal Mayer accompagné de Mgr Camille Perl en 1985, du Cardinal Poupard en 1995). Ces succès inattendus ont poussé la C.I.M.S. à lui confier un symposium à Chartres en 1995 : cathédrale remplie pour la messe chantée par le Cardinal Gagnon. La décoration pro Ecclesia et Pontifice qui lui a été conférée en 1986 fut durement méritée... Et la Schola bénéficie grâce à elle du beau privilège d'être reçue comme Académie Internationale de Musique Sacrée auprès du Conseil Pontifical pour la Culture. À la surprise de beaucoup, il y avait, caché mais prêt à bondir, chez Mlle Lebon un vrai général, voyant loin, sans avoir froid aux yeux. L'Afrique a été visitée par elle (voyage à Dakar pour y jeter les fondations d'un centre de formation au chant grégorien, avec Pierre Lopy), les africains sont venus aux sessions, y mettant une atmosphère pimpante (Sénégal, Bénin...). L'Amérique aussi. En passant un peu vite près d'elle, on ne pouvait soupçonner cette énergie et le courage déployé dont elle était capable. Mais des esprits avertis ne s'y trompaient pas. Je me souviens de ces professeurs allemands de la C.I.M.S., l'embrassant comme du bon pain et lui demandant avec jovialité : Alors, comment chante la France ? Il y a trois ans et bien que démissionnaire depuis 2002, malgré l'âge et la fatigue, elle a fait encore une session Ward à Poznan en Pologne. Au téléphone, je la sentais prête à se battre encore : Je crois que la Pologne est à nous... De fait, ce qu'elle a semé alors, a fait heureusement tâche d'huile ! Le mot de la fin pour Sœur Bernadette. Seuls les anciens ont connu cette religieuse qui passait une bonne partie de ses journées au « 26 ». Sa communauté s'était évaporée dans l'immédiat après-concile. Sœur Bernadette, elle, garda son habit, ses dévotions et son grand bon sens. Elle avait eu pourtant une grande tentation dix ans plus tôt de tout quitter. Fille de l'assistance recueillie par ces religieuses, elle y fit profession sans discernement profond et connut une crise vers ses 35 ans. C'est la pédagogie de Mlle Bellin qui sauva sa vocation, l'aidant à orienter sa pauvre vie vers le Beau Dieu en Le chantant simplement et du mieux possible. Elle apprit ainsi le répertoire, l'approfondissant à partir du commentaire de saint Augustin sur les psaumes (le répertoire grégorien est tiré pour l'essentiel du psautier). Elle avait toujours ce gros livre à la main, se moquant gentiment de notre pauvre chironomie pendant les répétitions (est-ce la peine d'avoir fait tant d'études pour en arriver là ?). Je l'ai vue une dernière fois, peu avant sa mort, dans son couvent « tsunamisé ». Elle ne pouvait plus marcher. Après l'avoir cherchée ici ou là, on la trouva somnolente dans la salle polyvalente faisant office de chapelle, tout contre le tabernacle. Sursautant en voyant deux moines et Mlle Lebon, elle se mit à pleurer. Vous avez de la peine à confier au Père ? lui demanda Denise. La réponse me reste en mémoire, comme un trait de feu qui me vient en aide bien souvent : Il ne s'agit pas de ça ! Et en montrant le tabernacle : C'est que je peux toujours le blesser ! L'esprit de la liturgie, c'est cela.
Denise Lebon a rejoint ainsi bien des pauvres du Bon Dieu, et en premier lieu beaucoup de moines et de moniales. Elle a visité infatigablement Argentan (dont elle était oblate), Fontgombault et ses filles (jusqu'à la fondation américaine), puis des années durant Jouques ou Ozon devenu Notre-Dame du Pesquié. Ses obsèques dans l'église paroissiale de Fontgombault remplie de moines, de religieux, de séminaristes et d'amis de la Schola furent un beau point d'orgue de cette vie marquée par l'harmonie liturgique.
Dom Courau, Père Abbé de Notre-Dame de Triors [1] Un rappel de la situation est nécessaire : en Octobre 1973, une réunion restreinte fut organisée par Una Voce à Lourdes pour parler de l'avenir du chant grégorien. La réunion rassemblait avec Mlles Bellin et Lebon, M. Cerbelaud-Salagnac, le Dr Fournée, M. Yves Gire, Mme Suzanne Corbin. C'est M. Gire qui lança alors en direction de la Schola Saint-Grégoire un appel pressant pour élargir sa pédagogie vers des sessions orales de chant grégorien. La Schola devait dispenser l'enseignement et rassembler les défenseurs du chant sacré, Una Voce prêterait une aide financière. De fait, une première session eut lieu à Paris dès janvier 1974, d'autres furent programmées (Marseille, Jouques autour de Mme Bazoche). Cette réunion de Lourdes se révéla avec le recul du temps riche de promesses malgré les rudes obstacles que l'on sait. Le processus des sessions régionales ou dans les monastères était lancé... [2] Ce mot peu français est de fait prohibé depuis le « 07/07/07 » qui parle d'un unique missel avec ses deux « formes ».
Dom Courau aux funérailles de Dom Gérard
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