chorale

Gardons le contact

Inscrivez-vous à notre lettre. Nous vous écrirons.






Benoît XVI et l’entreprise Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Revue de Presse - Présent
24-03-2010

Il y a quelques mois, Benoît XVI publiait sa première encyclique sociale, Caritas in veritate, encyclique longue, dense. Comme l’écrivait un commentateur, cette encyclique ne prétendait pas apporter « un diagnostic technique » de la crise financière actuelle, ni une panoplie complète de solutions concrètes, mais « plus profondément, de montrer la fécondité de la vision chrétienne de l’économie et de la société, seule capable d’éviter au monde de tels désordres et drames » (Denis Sureau).

Des ouvrages, des commentaires, des colloques ont été consacrés à cette encyclique qui, telle quelle, n’est pas facilement accessible au citoyen ou au consommateur lambda.

Le 18 mars dernier, recevant les représentants de l’Union des industriels et entrepreneurs de Rome, Benoît XVI est revenu sur différents thèmes qui sont au cœur de la doctrine sociale de l’Eglise : le travail, le capital, le profit, l’initiative privée.

La crise « met à rude épreuve le système économique et productif des pays », a rappelé le Pape. Cette crise doit être « mise à profit pour revoir les modèles de développement et penser une réorganisation de la finance mondiale ». Revenant sur une des suggestions de son encyclique de juin dernier, Benoît XVI estime que cette réorganisation indispensable de la finance mondiale passe, notamment, par la mise en place d’un « ordre juridique et politique international adapté à la structure globale de l’économie et de la finance ».

Pour le moment, les institutions internationales qui existent dans le domaine économique concernent l’aide alimentaire (FAO), le développement (PNUCED) ou des aides financières aux Etats (FMI, etc.). Il n’y a pas d’organisme international susceptible de fixer des règles applicables à la finance et de les faire respecter.

Les grands dirigeants de la planète se sont engagés, lors des réunions du G20, à « réguler » la finance mondiale. Mais, pour le moment, aucune décision concrète et commune à tous les pays n’a été prise. Par exemple, les hedge funds (fonds d’investissement à risques), qui sont en grande partie responsables de la crise financière actuelle, ne sont toujours pas soumis à une réglementation rigoureuse et constituent toujours des placements purement spéculatifs.

Il y a quelques jours encore, le président Sarkozy a rencontré à Londres le Premier ministre britannique, Gordon Brown. Les discussions ont porté, en partie, sur la régulation financière. Mais aucune décision n’a encore été prise. Il faut, a convenu Nicolas Sarkozy, « trouver le point d’équilibre qui nous permettra de faire la régulation, d’obtenir la transparence et d’éviter les risques systémiques ».

Le Conseil européen, des 25 et 26 mars prochains, devrait aborder à nouveau cette question. Mais il n’est pas certain du tout que des décisions seront enfin prises pour « réguler le capitalisme ».

 

L’économie réelle

 

Benoît XVI, lui, déplore « l’individualisme et le matérialisme qui tendent à négliger les investissements de l’économie réelle au profit des investissements de capitaux sur les marchés financiers ». S’adressant aux industriels et entrepreneurs de Rome, il a opposé le capitalisme spéculatif à la création de richesse par les entreprises. Définissant l’entreprise comme une « communauté de personnes produisant biens et services », Benoît XVI a souligné que la richesse produite par elle est d’ordre économique mais aussi social. C’est l’entreprise qui, dans une économie libre et responsable, crée l’emploi.

Le profit, bien sûr, est légitime. Il est indispensable pour permettre à l’entreprise de se développer, de mieux rémunérer ses employés, de continuer à investir. L’investissement est nécessaire pour les entreprises, mais il doit avoir une finalité sociale et économique : « Si les entrepreneurs sont inspirés par une vision positive de l’avenir, a dit Benoît XVI, ils préfèrent investir à long terme plutôt que spéculer, promouvoir l’innovation plutôt qu’être fixés sur l’accumulation de la richesse pour elle-même. »

Le Pape a voulu rappeler aussi que « le meilleur moyen de combattre le déclin du système de l’entreprise sur son territoire est la mise en réseau avec d’autres réalités sociales, l’investissement sur la recherche et l’innovation, le respect de la concurrence, des devoirs sociaux et d’une production utile et de qualité ».

C’est une vision large de l’économie et des rapports sociaux qu’a le Pape. Ni l’économie, ni les rapports sociaux ne peuvent s’appréhender par la seule « logique marchande » écrivait-il dans sa dernière encyclique. L’économie et la finance ne sont que des instruments.

La doctrine sociale de l’Eglise enseigne que toute décision, sociale ou économique, a une conséquence morale. En conclusion de Caritas in veritate, Benoît XVI rappelait : « Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne parvient même pas à comprendre qui il est. » Sans règle morale, sans référence, au moins, au Décalogue, tous les systèmes économiques amènent à des injustices et à des désordres graves.

Jean Rouvière

 
< Précédent   Suivant >