Autant que les faits, les chiffres sont têtus ! Et ceux qu’expose le
dernier sondage réalisé pour Paix Liturgique par Harris Interactive sur
l’intérêt des catholiques pratiquants de l’archidiocèse de Paris pour
la «forme extraordinaire» du rite romain démontrent que l’affirmation
répétée du cardinal André Vingt-Trois sur l’offre satisfaisante, selon
lui, de la messe traditionnelle à Paris n’est qu’une présomption.
La
première question de ce sondage, même si elle ne touche pas directement
au cœur de l’affaire, révèle une catastrophe. Sur les 1 785 sondés
résidant à Paris, seuls 850 (47,6%) se disent catholiques. Les
catholiques sont donc devenus minoritaires dans la capitale de la
«fille aînée de l’Église». C’est là une terrible leçon.
Il en est une seconde que l’on peut tirer de la deuxième question posée
donc aux seuls catholiques, quant à leur pratique religieuse. Ils ne
sont que 9,9% à aller à la messe tous les dimanches, 3,5% à ne s’y
rendre qu’une fois par mois, 16,7% à limiter leur pratique aux grandes
fêtes, 43,8% à s’y rendre occasionnellement (baptêmes, mariages,
obsèques…) et 26,1% à ne jamais mettre les pieds à l’église…
Que le passage du nombre des
catholiques de l’archidiocèse sous la barre des 50% de la population
parisienne ne puisse être directement porté au débit de la hiérarchie
ecclésiale est en partie une évidence : l’afflux d’une immigration
notamment musulmane a évidemment bouleversé la sociologie religieuse de
la capitale sans que les hiérarques catholiques n’y aient pu mais. En
partie seulement toutefois, car l’Église de Paris ne se distingue guère
depuis des décennies par une évangélisation signalée envers les
musulmans… Ce mauvais chiffre est aussi une conséquence de la fausse
conception d’un “dialogue interreligieux” mâtiné de relativisme.
Par contre, une pratique religieuse à moins de 10% chez les catholiques
de la capitale met le doigt là où ça fait mal : la faillite des
différentes “pastorales” expérimentées depuis un demi-siècle et la très
relative séduction de la nouvelle Messe sur le peuple catholique. C’est
un curieux paradoxe que véhicule le discours “liturgiquement correct” :
l’ancienne Messe fut rejetée au nom de son manque de “participation”
alors même qu’elle rassemblait un nombreux troupeau, tandis que la
nouvelle, soi-disant plus “participante”, et supposée rassembler un
plus nombreux troupeau encore, l’a vu non point s’y égayer mais s’en
égailler… Simple remarque en passant.
Si une bonne majorité des catholiques parisiens (54,7% contre 45,3%)
sait que Benoît XVI a rendu sa liberté à la «forme extraordinaire»,
c’est encore une majorité (50,6% contre 24,5%) qui trouve normale la
“cohabitation” des deux formes du rite romain dans le cadre de sa
paroisse. Cette dernière question est très intéressante puisqu’elle
n’était pas posée en général mais explicitement dans le cadre de la
paroisse fréquentée habituellement par le sondé: 1 catholique sur 2 n’y
voit rien à redire, alors qu’il ne s’en trouve que 1 sur 4 pour le
contester.
La dernière question de ce sondage affine l’analyse et les résultats sont proprement sidérants.
Chez les missalisants réguliers (messe dominicale hebdomadaire), 24%
assisteraient volontiers à la Messe célébrée selon la forme
extraordinaire chaque semaine (4% une fois par mois, 2,5% pour les
grandes fêtes et 40% occasionnellement).
Plus
intéressant encore, 10% de ceux qui ne vont à la Messe qu’une fois par
mois disent être d’accord pour assister à la forme extraordinaire
chaque semaine ! Oui, vous avez bien lu : une offre généralisée en
paroisse de la Messe traditionnelle ramènerait 10% de catholiques
parisiens à une pratique régulière et conforme au commandement de
l’Église, ce qui ferait quasiment doubler le nombre de missalisants
réguliers à Paris sans qu’il soit besoin de procéder à des campagnes
d’affichage dispendieuses ou à la mise en place de nouvelles
pastorales-usines à gaz…
Supposons juste l’estimation selon laquelle chaque dimanche 4 000
fidèles assistent à la Messe traditionnelle à Paris (pour un nombre
total de missalisants de 100 000, soit, 4% des pratiquants réguliers),
les résultats apportés par ce sondage permettent d’extrapoler à 35 000
(soit le tiers) le nombre de missalisants parisiens qui pourraient
assister à la forme extraordinaire chaque dimanche si l’offre était
plus généreuse, c’est-à-dire dans chaque paroisse de la capitale et à
un horaire normal.
Paix Liturgique a adressé au cardinal Vingt-Trois une copie de ce
nouveau sondage avant de le rendre public : l’archevêque de Paris en a
fait accuser réception une semaine plus tard sans commentaires
particuliers… Il se trouvera certainement quelqu’un dans son entourage
pour le lui expliquer afin qu’on ne l’entende plus jamais dire qu’à
Paris «la demande est satisfaite» : les résultats que je viens de
signaler disent tout le contraire…
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