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« L'impact d'un homme se mesure à la puissance des forces qu'il
déclenche contre lui », affirme Mgr Guy Bagnard qui s'étonne de
l'« ardeur missionnaire » de ceux qui traquent « les moindres paroles
du pape ».
Nous publions ci-dessous avec plaisir son éditorial intitulé « Attirons-le dans un piège » et diffusé sur le site du diocèse de Belley-Ars dont il est l'évêque.
Ses livres étaient déjà dans les
cartons ; les valises presque bouclées, il s'apprêtait à rejoindre le
pays et les lieux où il avait oeuvré avant d'être appelé par Jean-Paul
II à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 1981. Il allait
pouvoir retourner avec joie aux études.
Et l'impensable s'est produit ! Il était chois par ses pairs pour
succéder à son grand ami Jean-Paul II, sur le Siège de Pierre. Comment
interpréter l'événement ?
*l'achèvement en beauté d'une carrière brillante qui le portait au
sommet ?
*ou bien la descente aux enfers ?
Dans les jours précédant le Conclave, un dessin humoristique circulait
dans les chaumières. On y voyait les cardinaux s'avancer en file
indienne, tenant à la main la chaussure qu'ils avaient ôtée de leur pied
droit. Il s'agissait pour chacun d'essayer un énorme soulier qui
trônait devant une cheminée. Les pieds ridiculement petits des cardinaux
allaient d'évidence nager dans l'immense chaussure du géant qui venait
de disparaître. A côté de lui, ils avaient l'air de lilliputiens ! Sur
leurs visages se lisaient l'appréhension de devoir montrer à tous la
disproportion des pointures. A entendre les premières paroles du nouvel
élu, c'était bien ce sentiment de faiblesse
qui perçait derrière les premiers accents de sa voix et ses gestes mal
assurés. Au balcon où il se présenta, juste après l'élection, il
prononça deux phrases seulement : "Les cardinaux m'ont
élu, moi simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur. Ce qui
me console, c'est que le Seigneur sait travailler et agir avec des
instruments insuffisants" (19 avril 2005, jour de son élection). Le
24 avril, quelques jours après, il ajoutait : "Priez
pour moi, pour que j'apprenne toujours à aimer le Seigneur. Priez pour
moi afin que je ne me dérobe pas par peur devant les loups".
Les loups n'allaient pas tarder à donner de la voix.
*Première nouvelle à sensation : à 13 ans, il avait été enrôlé dans les
jeunesse hitlériennes : n'était-il pas un crypto-nazi ?
*Avec l'affaire Pie XII, il devenait un supporter caché de l'hitlérisme.
*A Ratisbonne, en 2006, il devenait un islamophone notoire, prêt à
réveiller les guerres de religion.
*Avec la Fraternité Saint Pie X, il apparaissait comme un opposant
résolu au Concile Vatican II.
*Avec Williamson, négateur de la shoah et de l'existence des camps de la
mort, il venait renforcer les rangs des négationnistes !
*Avec le Brésil, il montrait le visage d'une Eglise intransigeante,
impitoyable, moralisante et dénuée de miséricorde.
*Sur le continent africain, il devenait un traître à la cause des
malades atteints du sida.
*Ces dernières semaines, étaient dévoilées ses nombreuses "collusions"
avec la pédophilie. Et s'il était lui-même un pédophile ?
Au total, cela fait quand même beaucoup pour un seul homme !
Mais impossible de douter, puisque "c'est écrit
dans le journal", "ça passe à la télé".
Et aujourd'hui : "c'est sur internet". Il
devient urgent de le faire taire !
En cette circonstance, la lecture d'un
passage du Livre de la Sagesse est instructive : "Traquons
le juste, attirons-le dans un piège puisqu'il nous contrarie, il
s'oppose à notre conduite. Il nous reproche de désobéir à la Loi de
Dieu... Il est un démenti pour nos idées. Sa simple présence nous pèse
car son genre de vie s'oppose à celui des autres, sa conduite est
étrange" (Sg 2, 10-13).
Il s'agit en effet de traquer les moindres paroles du Pape, de
surprendre le moindre de ses gestes ; et à la faveur d'une virgule ou
d'un accent, de reconstruire son discours. Ceux qui sont doués d'une
double vue - les "Voyants", ils sont nombreux parmi les informateurs -
ceux-là se considèrent comme habilités à exprimer sa véritable pensée et
à la présenter au monde sous le sceau d'une crédibilité absolue.
D'où vient cette ardeur missionnaire ? De la crainte éprouvée de son
audience qui risquerait de contrecarrer celle des autres ! On mesure, en
effet, l'impact d'un homme à la puissance des forces qu'il déclenche
contre lui. On ne cherche pas à réduire au silence celui qui n'a rien à
dire ; au contraire, on le laisse occuper l'écran, ce qui permet aux
gens de l'ombre d'agir tranquillement pour mieux façonner à leur
convenance les esprits assoupis !
Et surtout, à travers la personne du Pape, on atteint toute l'Eglise. On
discrédite à la fois les évêques, les prêtres, les diacres, les
religieux et tous les catholiques. L'invitation implicite leur est faite
de quitter ces "mauvais lieux", d'aller renforcer les rangs de tous les
honnêtes hommes... le rang des hommes pleinement intègres !
Les prêtres catholiques sont particulièrement visés, car on les
soupçonne d'être très malheureux dans la vie qu'ils ont choisie,
d'ailleurs, choisie sans bien savoir. S'ils étaient mariés, comme ils
seraient heureux, dynamiques et équilibrés, surtout en ces temps où le
mariage est en passe d'être une formalité sans contenu ! En devenant
Monsieur Tout-le-monde, ils deviendraient beaucoup plus proches du
monde !
Dans cette humanité qui s'organise sans Dieu, voilà ce que, justement,
viennent contredire les propos de ce Pape qui disait naguère : "Celui qui ne donne pas Dieu donne toujours trop peu !"
Ou encore : "Le monde veut voir chez les chrétiens ce
qu'il ne voit nulle part ailleurs".
Père Guy Bagnard, Evêque de Belley-Ars
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