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Le franc-parler du cardinal de Madrid Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Revue de Presse - Présent
02-08-2010

En matière de lutte contre la culture de mort, les évêques d’Espagne sont soutenus – on devrait plutôt dire « poussés » – par une « mobilisation citoyenne » assez forte pour faire descendre plus d’un million de personnes dans la rue. A côté de discours hésitants, voire ambigus, comme celui du cardinal-archevêque de Madrid que j’avais rapporté dans ces colonnes le 28 juillet, voici que le même cardinal Rouco Varela vient de parler très clair lors d’une conférence sur « L’immense valeur de la vie » prononcée devant la Fondation Université du Roi Juan Carlos, à Aranjuez. Prudence, louvoiements, et parfois une certaine pusillanimité dans les relations avec le pouvoir n’empêchent pas le franc-parler par ailleurs, et c’est tant mieux.

Le cardinal a donc franchement dénoncé, à propos de la loi d’avortement de plein droit pendant les 14 premières semaines de grossesse qui vient d’entrer en vigueur en Espagne, le « suicide » des cultures qui « ne protègent pas la vie ».

Son analyse dépassait le cadre de la seule Espagne pour viser tout le continent européen. Le cardinal Rouco Varela accuse les sociétés européennes d’avoir choisi le « chemin fatal du “non” radical à la vie ». La « crise démographique » qu’elles traversent, « toutes, sans exception » mais avec l’Espagne « en tête », les a quasiment menées au bord de la « disparition totale », juge-t-il.

Le cardinal a même osé faire le lien avec l’idéologie tyrannique du nazisme :

« Une anthropologie sociobiologique qui nie le caractère spécifique de la vie humaine s’est frayé un chemin depuis les années 1990, jouissant d’une influence croissante sur le plan social et politique, charriant des théories selon lesquelles un petit de singe en bonne santé dispose d’un plus grand droit de vivre qu’un fœtus et même qu’un bébé porteur de quelque tare physique ou psychique. Le plus triste, c’est que cette anthropologie a trouvé un excellent bouillon de culture dans les sociétés européennes postmodernes, en portant progressivement atteinte au système juridique de l’Etat de droit. »

Le cardinal Rouco Varela demande qu’on regarde en face le fait que la relève des générations n’est plus assurée depuis trente ans au moins :

« Dans ces sociétés le divorce s’est généralisé, tout comme la chute accélérée de la nuptialité, une négation impressionnante du droit à la vie de ceux qui sont le plus sans défense, des malades en phase terminale et des anciens. Que peut-on espérer d’autre pour l’avenir de ces sociétés européennes que la décadence physique et spirituelle, et la disparition progressive de leurs cultures ? »

La réponse donnée par les sociétés européennes : le recours à l’immigration, a également été critiquée par le cardinal de Madrid.

« C’est une option trop hâtive sur le plan sociologique, et très courte de vue ; et même si cela peut paraître paradoxal, elle est très intéressée et égoïste. Elle ne résout pas, à moyen terme, les problèmes économiques et sociaux de la crise, et elle n‘éloigne pas à moyen terme, et à plus forte raison à long terme, le danger de la disparition de la culture. Notre culture n’aura jamais le moyen de subsister de cette façon, et encore moins si elle renonce à la vitalité propre et originelle que seuls garantissent le mariage et la famille. (…)

« Si une culture donnée ne favorise pas la culture de vie, elle opère sa propre négation parce qu’il est évident que dans la morale de la société des familles, le principe du “Tu ne tueras pas” et de la protection de la vie a été essentiel. »

Rappelant que l’Espagne porte de nombreuses marques d’une culture qui a toujours défendu la vie parce qu’elle défendait le « principe évangélique de l’amour », le cardinal a ajouté :

« Le droit à la vie est tombé victime le premier d’un mouvement d’idéologisation multiculturelle et sociale inspirée par la négation du caractère transcendant de la personne humaine et de la valeur absolue que renferme sa vie. »

JEANNE SMITS

 
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