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Le motu proprio Summorum Pontificum est entré en vigueur il y a trois ans. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
07-09-2010
geffroy_christophe_lanef.jpgLe Motu proprio Summorum Pontificum est entré en vigueur il y aura bientôt trois ans, le 14 septembre. Plutôt qu’un bilan, Le journal La Nef propose une réflexion sur sa réception difficile dans l’Église de France. Il s'agit d'un article, rédigé par son directeur, M.Christophe Geoffroy.(photo ci-contre)
On peut ne pas partager son analyse mais elle permet d'ouvrir le débat.
Force est de reconnaître que M. Geffroy, en fin connaisseur de cette question liturgique qu'il étudie depuis de nombreuses années, nous livre une vision intéressante, au-dessus de cette guerre des rits, en totale communion avec celle du Souverain Pontife. Il oeuvre là, comme il l'écrit lui-même "non dans un but polémique mais dans un esprit de service, service de la vérité qui est inséparable du service de l'Église ". Nous en extrayons le passage suivant que beaucoup de ceux qui se réclament du Motu proprio de 2007 pourraient avantageusement méditer.
Il est trop commode de ne se référer au Saint-Père que quand cela nous arrrange !
Vous pourrez découvrir l'intégralité de l'article sur le site de La Nef , ainsi que la façon d'aider ce périodique, notamment en vous abonnant.
 
P.B.
 
 
lanef_septembre2010.jpgMalgré le motu proprio, on se retrouve donc dans une logique de peur et de méfiance, générant des situations absurdes où, d'un côté, un évêque refuse par idéologie de confier un ministère à un prêtre d'un Institut Ecclesia Dei dans un diocèse où les églises n'ont plus de pasteur, et où, de l'autre, un tel Institut préfère refuser un ministère parce que l'évêque demande la concélébration de la messe chrismale...

Rupture ?

Cette opposition en deux camps bien distincts conforte également l'idée de rupture dans la liturgie, à savoir que les deux missels romains sont étrangers l'un à l'autre dans leur pratique, ce qui empêche de voir la continuité fondamentale dans leur  structure, et donc la possibilité d'« enrichissements mutuels » suggérés par Benoît XVI dans sa lettre aux évêques accompagnant le motu proprio. Le cardinal Canizarès, préfet de la Congrégation pour le Culte divin, est revenu lui aussi sur cet aspect fondamental : « Favoriser l'accès à la forme liturgique officielle du Rite romain jusqu'à la réforme souhaitée par le Concile Vatican II, n'est pas une concession à la nostalgie ou à l'intégrisme, c'est plutôt un pas pour favoriser la Communion ecclésiale et une aide pour orienter et mieux comprendre l'actuelle "forme ordinaire" de la Liturgie romaine selon une "herméneutique de la continuité" » (3). En dehors d'une poignée de fidèles convaincus de la justesse des analyses du pape sur cette question, on a l'impression que personne ne souhaite aller dans ce sens, celui d'une « herméneutique de la continuité » y compris en matière liturgique, les uns voulant conserver leur « liberté » de célébrer l'Ordo de Paul VI à leur façon - qui n'est pas celle de Benoît XVI -, les autres s'appliquant avant tout à garder la forme extraordinaire inchangée dans une expression arrêtée en 1962, sans rechercher la cohabitation avec quiconque pourrait avoir une pratique liturgique différente de la leur.

Pour mesurer combien cette idée de rupture est enracinée dans les esprits et les habitudes, il n'est que de constater qu'il est pratiquement impossible aujourd'hui de voir célébrer une messe de la forme ordinaire d'une façon orientée, en latin et en grégorien ! Une telle manière de célébrer la messe dite de Paul VI - qui montrerait la continuité évidente entre les deux missels - est parfaitement compatible avec le texte même de la réforme : pourquoi donc n'existe-t-elle quasiment pas (excepté dans quelques rares lieux ou abbayes), sinon parce que la mise en œuvre pratique de la réforme a été délibérément celle de la rupture avec le passé ?

Cette brutale rupture a eu un effet dévastateur en faisant perdre le sens de la liturgie, c'est-à-dire la signification de toute la symbolique qui l'accompagne, la gestion de l'espace sacré, l'importance des signes, de tout ce que l'œil, l'ouïe et l'odorat perçoivent. J'étais récemment dans un haut lieu de pèlerinage où l'on devine un souci évident de resacraliser la liturgie, avec notamment la remise à l'honneur du kyriale latin : tout cela était très sympathique, mais la perte du sens de la liturgie était là palpable, en raison, par exemple, de l'incongruité à situer la chorale au milieu du chœur devant le maître-autel (évidemment inutilisé) et les célébrants devant la chorale face au peuple alors que tout était prévu pour gérer l'espace autrement avec le maître-autel et la croix à la convergence de tous les regards ! Dans cette situation de grande misère liturgique, il faut reconnaître que les « traditionalistes » ont contribué à maintenir vivant le sens de la liturgie hérité des siècles passés : Benoît XVI en est conscient, lui qui évoquait l'ancien missel comme un point de référence stable pour toute réforme ultérieure. Et que l'on ne nous dise pas que la forme extraordinaire est devenue « inaccessible » à nos contemporains, quand nous constatons l'attirance de nombreux jeunes pour cette messe ou quand on voit dans un pays comme la Russie une nette reprise de la pratique religieuse dans une magnifique liturgique byzantine tout aussi « inaccessible » (et sans doute plus) que ne l'est une célébration de la messe tridentine.
 
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