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Toussaint sanglante à Bagdad Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
03-11-2010

nddusalutbagdad.jpgPrès de 60 chrétiens assassinés

Source: Présent

 

Beyrouth, le 2 novembre 2010, 1 h. – La nébuleuse terroriste Al-Qaïda a revendiqué la prise d’otages, l’attentat kamikaze et l’assassinat de près de 60 chrétiens dans l’église Notre-Dame du Perpétuel secours, la cathédrale syriaque catholique de Bagdad. A l’heure où je vous écris le bilan est exactement de 58 morts – dont deux prêtres – et de 75 blessés.

Il semblerait, selon les premières dépêches, que les assaillants auraient eu comme premier plan d’attaquer la bourse de Bagdad située tout à côté, mais qu’ils auraient été mis en échec (!) par les deux agents de sécurité gardant la porte. Ils se seraient alors repliés (!!) sur la cathédrale prenant en otage 120 chrétiens qui assistaient à l’office. Scénario que nous avons beaucoup de peine à croire. Selon les témoignages des rescapés et des témoins oculaires de l’explosion cela ne fait aucun doute : des explosifs et des armes ont été entreposés dans l’église, ce qui expliquerait la nature de l’explosion quand l’armée irakienne, soutenue par l’armée américaine, a donné l’assaut pour tenter de libérer les otages. Les caméras de surveillance montrent un kamikaze se faisant exploser au milieu des otages. Et le tout nous laisse penser à un acte prémédité et parfaitement organisé.

De quelque façon que nous prenions les théories échafaudées pour expliquer cette tragédie, nous aboutissons à encore plus d’interrogations, à de nouvelles peurs et à une certitude : les Chrétiens sont par avance les victimes désignées de tout conflit. Les victimes expiatoires de tous les différends.

« Merci Bush ! Merci Obama ! » hurlait à ne plus pouvoir un rescapé. « Merci América ! » Sans l’ombre d’un doute – et nous l’avons répété jusqu’à plus soif – la guerre en Irak, l’antagonisme séculaire, aujourd’hui exacerbé, entre Chiites et Sunnites, a sa victime toute désignée : le voisin chrétien !

La revendication d’Al-Qaïda est là pour nous conforter dans notre première lecture. Mais si c’était autre chose ? Si cela avait, par exemple, un lien avec le Synode pour le Moyen-Orient qui a clôturé ses travaux le 24 octobre dernier à Rome ?

Nous autres gens de presse avons toujours tendance à trouver une explication derrière l’explication officielle. Ou derrière l’évidence. Et ce soir j’ai bien envie de faire le lien entre cet attentat et les évêques syriaques présents à Rome pour le synode, en particulier ceux qui ont marqué les toutes dernières heures par leurs déclarations virulentes et signées.

Ce synode a été – et nous l’avons dit – le synode de la liberté de la parole. Et je me suis même posé la question de savoir que feront les pères de cette liberté qui les a grisés le temps d’un synode avant de les rejeter dans leur quotidien de Dhimmis !

Exemple extrait des propos de Mgr Raboula Antoine Beylouni, évêque de Curie au patriarcat d’Antioche des Syriaques, soit le même rite que celui des Chrétiens assassinés dimanche : « Le Coran permet au musulman de cacher la vérité au chrétien et de parler et agir contrairement à ce qu’il pense et croit. Dans le Coran, il y a des versets contradictoires et des versets annulés par d’autres, ce qui donne au musulman la possibilité d’utiliser l’un ou l’autre selon son avantage et ainsi il peut dire du chrétien qu’il est humble et pieux et croyant en Dieu, comme il peut le traiter d’impie, d’apostat et d’idolâtre. Le Coran donne au musulman le droit de juger les chrétiens et de les tuer par la djihad (guerre sainte). Il ordonne d’imposer la religion par la force, par l’épée. L’histoire des invasions en est témoin. C’est pourquoi les musulmans ne reconnaissent pas la liberté religieuse, ni pour eux ni pour les autres… »

Le communiqué revendiquant l’assassinat ne fait aucune allusion aux propos de Mgr Beylouni ou à ceux d’autres évêques. Pourtant je ne peux m’empêcher de trouver un lien. La couverture de presse du synode pour le Moyen-Orient a été à peine correcte dans les médias arabes qui ont réservé en revanche toute la place aux propos de Mgr Beylouni ou à d’autres propos similaires. Tant et si bien que le Patriarche Younan a dû nuancer et relativiser les propos de ses évêques par crainte de représailles !

Au Liban, la première des réactions a été celle des prêtres chaldéens et syriaques sur le terrain qui se sont précipités chez le patriarche maronite, chez le cardinal Sfeir et chez le président Amine Gemayel et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, pour préparer l’accueil de milliers de Chrétiens qui choisiront la valise et non le cercueil, et qui viendront grossir le rang de leurs coreligionnaires qui s’entassent dans les banlieues pauvres de Beyrouth dans l’attente d’un visa pour n’importe où, et dans l’espérance d’un hypothétique permis de travail au Liban.

MAROUN CHARBEL

 
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