Près de 60 chrétiens assassinés
Source: Présent
Beyrouth, le 2 novembre 2010, 1 h. – La nébuleuse terroriste
Al-Qaïda a revendiqué la prise d’otages, l’attentat kamikaze et
l’assassinat de près de 60 chrétiens dans l’église Notre-Dame du
Perpétuel secours, la cathédrale syriaque catholique de Bagdad. A
l’heure où je vous écris le bilan est exactement de 58 morts – dont deux
prêtres – et de 75 blessés.
Il semblerait, selon les premières dépêches, que les assaillants
auraient eu comme premier plan d’attaquer la bourse de Bagdad située
tout à côté, mais qu’ils auraient été mis en échec (!) par les deux
agents de sécurité gardant la porte. Ils se seraient alors repliés (!!)
sur la cathédrale prenant en otage 120 chrétiens qui assistaient à
l’office. Scénario que nous avons beaucoup de peine à croire. Selon les
témoignages des rescapés et des témoins oculaires de l’explosion cela ne
fait aucun doute : des explosifs et des armes ont été entreposés dans
l’église, ce qui expliquerait la nature de l’explosion quand l’armée
irakienne, soutenue par l’armée américaine, a donné l’assaut pour tenter
de libérer les otages. Les caméras de surveillance montrent un kamikaze
se faisant exploser au milieu des otages. Et le tout nous laisse penser
à un acte prémédité et parfaitement organisé.
De quelque façon que nous prenions les théories échafaudées pour
expliquer cette tragédie, nous aboutissons à encore plus
d’interrogations, à de nouvelles peurs et à une certitude : les
Chrétiens sont par avance les victimes désignées de tout conflit. Les
victimes expiatoires de tous les différends.
« Merci Bush ! Merci Obama ! » hurlait à ne plus pouvoir un rescapé.
« Merci América ! » Sans l’ombre d’un doute – et nous l’avons répété
jusqu’à plus soif – la guerre en Irak, l’antagonisme séculaire,
aujourd’hui exacerbé, entre Chiites et Sunnites, a sa victime toute
désignée : le voisin chrétien !
La revendication d’Al-Qaïda est là pour nous conforter dans notre
première lecture. Mais si c’était autre chose ? Si cela avait, par
exemple, un lien avec le Synode pour le Moyen-Orient qui a clôturé ses
travaux le 24 octobre dernier à Rome ?
Nous autres gens de presse avons toujours tendance à trouver une
explication derrière l’explication officielle. Ou derrière l’évidence.
Et ce soir j’ai bien envie de faire le lien entre cet attentat et les
évêques syriaques présents à Rome pour le synode, en particulier ceux
qui ont marqué les toutes dernières heures par leurs déclarations
virulentes et signées.
Ce synode a été – et nous l’avons dit – le synode de la liberté de
la parole. Et je me suis même posé la question de savoir que feront les
pères de cette liberté qui les a grisés le temps d’un synode avant de
les rejeter dans leur quotidien de Dhimmis !
Exemple extrait des propos de Mgr Raboula Antoine Beylouni, évêque
de Curie au patriarcat d’Antioche des Syriaques, soit le même rite que
celui des Chrétiens assassinés dimanche : « Le Coran permet au
musulman de cacher la vérité au chrétien et de parler et agir
contrairement à ce qu’il pense et croit. Dans le Coran, il y a des
versets contradictoires et des versets annulés par d’autres, ce qui
donne au musulman la possibilité d’utiliser l’un ou l’autre selon son
avantage et ainsi il peut dire du chrétien qu’il est humble et pieux et
croyant en Dieu, comme il peut le traiter d’impie, d’apostat et
d’idolâtre. Le Coran donne au musulman le droit de juger les chrétiens
et de les tuer par la djihad (guerre sainte). Il ordonne d’imposer la
religion par la force, par l’épée. L’histoire des invasions en est
témoin. C’est pourquoi les musulmans ne reconnaissent pas la liberté
religieuse, ni pour eux ni pour les autres… »
Le communiqué revendiquant l’assassinat ne fait aucune allusion aux
propos de Mgr Beylouni ou à ceux d’autres évêques. Pourtant je ne peux
m’empêcher de trouver un lien. La couverture de presse du synode pour le
Moyen-Orient a été à peine correcte dans les médias arabes qui ont
réservé en revanche toute la place aux propos de Mgr Beylouni ou à
d’autres propos similaires. Tant et si bien que le Patriarche Younan a
dû nuancer et relativiser les propos de ses évêques par crainte de
représailles !
Au Liban, la première des réactions a été celle des prêtres
chaldéens et syriaques sur le terrain qui se sont précipités chez le
patriarche maronite, chez le cardinal Sfeir et chez le président Amine
Gemayel et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, pour préparer
l’accueil de milliers de Chrétiens qui choisiront la valise et non le
cercueil, et qui viendront grossir le rang de leurs coreligionnaires qui
s’entassent dans les banlieues pauvres de Beyrouth dans l’attente d’un
visa pour n’importe où, et dans l’espérance d’un hypothétique permis de
travail au Liban.
MAROUN CHARBEL
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