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La Messe à l’endroit de l’Abbé Claude Barthe Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
17-11-2010
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C'est un petit livre - présenté modestement comme un « carnet » - qui contient beaucoup d'idées importantes et actuelles, grâce à la concision de son auteur. On y trouvera d'abord un bilan très complet de la question liturgique telle qu'elle se pose aujourd'hui dans l'Eglise, à travers ses « formes » ordinaires et extraordinaires. Pour les distinguer, ce terme de forme semble plus fort que celui de rite. Parler de deux rites pour la même messe romaine, pourrait conduire à minimiser leurs différences. La forme est un terme dont la pensée se sert pour définir, dire ce qu'est une chose, en donnant son essence ou sa nature. Apparaissent alors plus nettement deux types de célébrations.

L'ouvrage traite d'une question liturgique délicate : « la réforme de la réforme ». Avancée depuis quelques années, surtout dans certains milieux traditionnels, elle semble prête à produire une expérience dans l'Eglise, à l'initiative de ses plus hautes autorités liturgiques (Souverains pontifes, Congrégation pour le Culte divin). Mais les évêques et les prêtres pourraient faire de la question un problème, mais pour l'instant c'est une autre affaire.
Idée forte actuellement, cette « réforme de la réforme » n'est pas une idée en l'air. Elle dérive de l'important mouvement conservateur italien « Communion et Libération » et de l'influente revue Communio. Elle est souhaitée par « une génération de liturgistes ratzinguériens » (p 53) dont l'abbé Barthe cite les ouvrages récents, et surtout, elle a pour elle l'appui direct du cardinal Canizares, Prefet de la Congrégation pour le Culte divin, seule autorité juridiquement compétente pour produire une telle réforme.
La thèse part d'un constat : puisque le Missel de Paul VI se pose comme réformé, il est logiquement « intrinsèquement réformable » et devrait pouvoir être soumis à un nouveau mouvement liturgique de redressement ou de restauration. Telle est l'hypothèse qu'il appartient à l'avenir de confirmer ou d'infirmer. De ce constat, découle une distinction entre la messe (ordinaire) réformable comme nous le disions et la messe (extraordinaire) réformante  (p 33). En effet, réformer la messe tridentine n'aurait pas de sens et serait une entreprise pratiquement impossible (nécessité de changer l'ancien bréviaire entre autre). Par contre, elle peut servir de référence et de modèle à la nouvelle messe ordinairement célébrée, pour retrouver « l'esprit » de la liturgie. Tel est le point de départ de toute restauration en la matière, comme y invite l'encyclique Mediator Dei de Pie XII (p 38). La messe traditionnelle a donc un caractère normatif, celui de la « lex orandi ». Cette distinction fait apparaitre deux éléments importants. D'abord que l'idée de « réforme de la réforme » s'engage à ne pas toucher à l'ancien missel (ou y renonce), ce qui était à craindre. Cette crainte semble écartée. Apparait aussi l'intention des artisans du Motu Proprio Summorum Pontificum, qui lui donne une valeur utilitariste.
« Il n'est pas pour objectif de rétablir l'ancien Missel, qui n'a d'ailleurs jamais été abrogé et n'aurait jamais dû être interdit. Mais il a pour objet d'inviter pasteurs et fidèles à réviser leurs manières de célébrer la liturgie selon la forme ordinaire : voilà son véritable enjeu » a déclaré Marc Aillet, dans son livre « Un évènement liturgique ou le sens d'un Motu Proprio », avant de devenir évêque de Bayonne. Il aurait donc été sorti, le 7. VII. 7, plus pour apaiser le problème traditionnel -effet immédiat qu'il a eu et qui reste le plus apparent, le plus réel pour l'instant- que pour sortir de l'ornière la forme ordinaire. A-t-il cette vocation de « bon Samaritain » ou doit-il, comme le prêtre de l'Evangile, « passer son chemin » ? Quoiqu'il en soit et de toute manière, la liturgie ordinaire ne peut pas être laissée dans son état actuel, exsangue et comateux. « Le rite ancien, par « contamination » pour user d'un terme familier aux historiens du culte peut largement contribuer à extraire le rite des paroisses ordinaires de sa dégénérescence » (p 40). D'où la nécessité de l'installer largement, « au moins dans toutes les cathédrales du monde » comme y invite l'auteur, qui présente en cinq points cette « traditionalisation » du nouveau rite : usage liturgique du latin, de l'offertoire traditionnel, du canon romain, retour à la communion sur les lèvres et retournement oriental de l'autel. Le chant grégorien doit encore attendre pour sortir de son purgatoire.
Cela suffira-t-il, comme l'espère le livre, à atténuer « les insuffisances intrinsèques que l'on peut relever dans la mutation de 1969 (moindre expression de la doctrine du sacrifice propitiatoire, de l'adoration de la présence réelle du Christ, de la spécificité du sacerdoce hiérarchique) » (p66). Si ce n'était pas le cas, c'est le caractère irréformable du nouveau missel qu'on serait obligé d'admettre. Il pourrait être alors l'objet d'une interdiction - cette fois-ci fondée- de l'Autorité. L'initiative Bunignienne passerait plus pour une révolution que pour une réforme, question pour l'instant ouverte. On ne manquerait pas de rappeler alors le caractère radical, violent même de sa mise en place. « J'étais consterné par l'interdiction de l'ancien missel...on démolit le vieil édifice pour en construire un autre » (Joseph Ratzinger, Ma Vie, p 132). C'est un fait que le nouveau missel n'a pu émerger et s'imposer qu'en affaiblissant puis en éradiquant arbitrairement l'ancien.
Au cas où cette difficulté de principe serait levée, il reste à savoir si célébrants et pratiquants de la nouvelle liturgie se laisseront ainsi « traditionnaliser ». Le livre est conscient des résistances à prévoir et conseille une attitude plus pragmatique que  législative pour les affronter. Il y a aussi le risque -non prévu par le livre mais peut-être capable de nourrir des espoirs à Rome - de moderniser les traditionnalistes en leur proposant cette messe « light » mais acceptable. Ceux qui s'y retrouveraient par commodité ou autre raison pourraient à long terme faire les frais d'une « réforme » dont ils ont été épargnés. Autre risque : celui de reconduire des « bricolages » liturgiques (Cardinal Ratzinger) certes redressés. Mais de retour au principe (le Missel lui-même), le mouvement de balancier sera toujours à craindre. A moins qu'on saisisse alors l'occasion d'y toucher substantiellement. Positivement, il est possible d'espérer que de telles « nouvelles » messes redeviennent en fait des messes traditionnelles par un retour graduel vers la pleine liturgie. De telles célébrations se placeraient alors en rupture par rapport à la réforme bunignionne, qui  « a été en rupture avec Mediator Dei [de Pie XII] et Sacrosanctum Concilium [de Vatican II] » (p54). L'auteur rappelle qu'elle n'est pas la messe du concile en question.
Le Motu Proprio SP avait posé le défi de la cohabitation des deux rites, défi qui reste à relever en de nombreux endroits. L'idée d'une « réforme de la réforme » propose un défi plus audacieux : celui d'une interaction à sens unique entre les deux réformes de la messe, où l'on verrait la forme extraordinaire sauver la forme ordinaire. Ce rôle de bon Samaritain lui revient-elle ? Car le catholicisme traditionnel n'est pour rien dans les désordres liturgiques actuels. Un problème revient toujours d'abord à celui ou ceux qui l'ont posé. Et celui-ci est-il l'affaire des pratiquants de l'ancien missel ?
En attendant et quoi qu'il en soit, les choses avancent dans le bon sens,  pour peut-être finir par remettre « la messe à l'endroit ». L'avenir le dira.
 
Antoine Quercy
 
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