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| Apprendre le chant grégorien |
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| 28-05-2011 | |
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LAUS IN ECCLESIA : Apprendre le chant grégorien par La Schola Saint Grégoire , Traditions Monastiques éd. 2011 – 352 p. – 24 € (CD inclus) 1
Notre association Una Voce, qui commence à préparer les célébrations du cinquantenaire de sa création, ne peut que saluer de façon expressément laudative la parution de ce très important ouvrage. Nos prédécesseurs – et tout particulièrement M. Yves Gire – ont tous été de près ou de loin impliqués dans l’œuvre de diffusion du chant grégorien si vaillamment menée par la Schola Saint Grégoire. Nous avons toujours affirmé haut et fort qu’il convenait de se former à la prière chantée de l’Église si l’on désirait qu’elle ne disparaisse pas de nos paroisses, ou même souvent et tout simplement, qu’elle y revienne ! Ce chant liturgique n’est pas en soi difficile et il n’est nullement réservé à une élite, mais il ne s’improvise pas et exige une formation à laquelle convie cet ouvrage à but pédagogique évident. Chacun pourra ensuite trouver sa place entre l’interprétation des Kyriale, Credo et autres Asperges me jusqu’aux graduels et offertoires plus délicats au sein d’une schola avec répétitions hebdomadaires.
Présentons rapidement ce volume qui s'insérera dans un ensemble de trois degrés successifs : initiation, choristes et maîtres de chœur. Deux autres livres paraîtront donc.La page 9 de ce premier opus nous offre une présentation de son contenu que je me permets de citer : Le volume est constitué de 15 leçons. Chaque leçon est divisée en trois parties. Une partie théorique enseigne le chant grégorien selon la Méthode de Solesmes. Une deuxième partie est consacrée à des exercices pratiques, vocaux ou rythmiques. Une troisième partie présente enfin un devoir écrit à rédiger et à envoyer à la Schola, en vue d'un examen et de l'acquisition d'un diplôme. Il est à prévoir que l'ensemble des devoirs s'étende environ sur une année scolaire. On peut bien sûr choisir de faire les devoirs sans passer l'examen.En alternance avec ces leçons, des documents et des portraits élargissent cette formation au domaine historique ou spirituel, en proposant un thème d'étude ayant un rapport étroit avec la liturgie ou une figure liée d'une manière ou d'une autre à la Schola Saint Grégoire et à la Méthode de Solesmes.Ce manuel est en outre accompagné d'un CD qui permettra au lecteur de bénéficier de l'expérience auditive, destinée à l'exercer et à le faire entrer dans l'esprit du chant grégorien, pour finalement l'aider à prier, avec toute la compétence artistique requise, sur la beauté des œuvres grégoriennes.La Schola Saint Grégoire organise enfin une session annuelle de formation, complément indispensable de ce cours par correspondance. Pour plus de renseignements concernant cette session qui se déroule chaque année à la fin du mois de juillet, veuillez contacter la Schola 2.Cet ouvrage n'est nullement une sorte de réédition du Practicum de chant grégorien de Justine Ward dont la fondation dom Mocquereau avait fait paraître, en 1994, une traduction française. Il est incomparablement plus complet et bien sûr, moins orienté sur la célèbre méthode Ward ! C'est un réel outil pédagogique, et le CD d'exercices pratiques en format mp3 déjà cité est des plus précieux.L'on retrouve la progression des leçons que la Schola Saint Grégoire a adoptée dans ses cours par correspondance depuis les premiers signes mélodiques, rythmiques et expressifs, l'étude des neumes, du rythme, de la prononciation latine et enfin de la modalité et l'amorce de la chironomie. N'oublions pas que nous sommes au premier tome (sur les trois à paraître).Le travail est solide et sérieux. Jamais ennuyeux car émaillé par exemple des biographies, ô combien édifiantes, des grands personnages qui ont marqué ce chant, de saint Grégoire le Grand, sainte Cécile en passant par les maîtres bénédictins (dom André Mocquereau, dom Joseph Gajard) ou encore Mme Ward (déjà évoquée) et les deux directrices qui ont indélébilement marqué la Schola (Mlles Bellin et Lebon).Mais l'on peut lire aussi de passionnantes études finement analysées et documentées sur l'histoire et l'expression du chant grégorien, sa liaison avec le Magistère, la valeur de la langue latine, etc.L'intérêt de ces documents mériterait déjà l'acquisition de l'ouvrage car ils sont rédigés par des maîtres es grégorien, sans doute des moines des abbayes de Triors et de Fontgombault.J'ai personnellement dévoré ces 350 pages à l'entrée de la période estivale et l'on en sort revigoré, convaincu que nul autre chant, nulle autre musique, nul autre art même n'a su exprimer autant que lui, en vérité, la beauté infinie de Dieu car il est une louange incomparable de sa gloire (p. 41, conclusion de l'étude sur « Le Chant Grégorien au cœur de la liturgie »).Les réserves que je formulerai sur ce beau travail sont secondaires. Je ne retiendrais que le tutoiement à l'adresse de Dieu, de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge. Il est devenu courant mais pourquoi ne pas le refuser. Ce choix permettrait d'ailleurs une harmonisation au sein de l'ouvrage car l'on peut lire, à la page 203, alors que de nombreux exemples semblent confirmer l'option « tutoiement », la traduction de Si iniquitátes observáveris Dómine... par Si vous tenez compte des fautes Seigneur ...Cette remarque ne ternira pas ce remarquable travail éditorial : les coquilles se comptent sur les doigts d'une main et il convient de noter la très belle présentation des partitions musicales, rendues très claires par l'utilisation d'encre rouge soulignant des points importants.L'influence monastique se fait sentir dans l'insistance, tant justifiée, de toujours faire coller le chant grégorien à la liturgie, insistance résumée dans ces deux phrases extraites du document « Le répertoire grégorien » p. 159 C'est d'abord dans les livres liturgiques actuellement en usage que se trouve le chant grégorien. C'est au cœur de la liturgie qu'il convient de le saisir pour apprendre à le connaître et le pratiquer.Je pense vous avoir persuadé de l'importance de la parution de ce travail.Des pages entières seraient à citer in extenso. Je me limiterai à en isoler une que je soumets à votre méditation. Elle pourra choquer ceux d'entre vous qui pensent que ce chant grégorien peut être interprété selon les recherches musicologiques du moment.Les chantres bénédictions les ont menées depuis longtemps mais ils font montre, sur cette question, d'une sage prudence qui force l'admiration. Lisez et dégustez ces lignes, elles ne sont pas signées et nul nom n'apparaît, mais c'est sans aucun doute dans le silence du cloître qu'elles ont été méditées et à l'écoute de ce chant des voûtes, animé de ce grand rythme solesmien dans toute sa plénitude.Plût à Dieu qu'elles achèvent de vous convaincre de passer commande de l'ouvrage1 et surtout d'en programmer sa lecture régulière.La tempête qui a commencé de sévir au lendemain de Vatican II n'épargna pas le chant grégorien ni la langue latine. Le Concile avait pourtant fixé une grande réflexion sur le chant sacré comme partie intégrante de la solennité des actions liturgiques, promouvant ainsi la participatio actuosa la plus remarquable. C'est dans ce cadre qu'il définit solennellement le chant grégorien comme le chant propre de la liturgie romaine. Or on assista au contraire de façon très concrète à sa disparition subite dans les célébrations dominicales, au profit d'une musique d'église confectionnée à la hâte et d'une pauvreté textuelle et mélodique trop souvent humiliante. Le silence tragique de la beauté eut pour conséquence de vider les églises devenues pleines d'un bruit insupportable.Parallèlement à cette crise ecclésiale si grave pour l'art et le salut des âmes, l'Université s'empara de ce trésor de l'Église que le sanctuaire ne faisait plus retentir. Le chant grégorien devint ainsi l'objet d'un savoir universitaire peu soucieux de vie théologale. On le considéra et l'apprécia alors davantage au titre du patrimoine culturel qu'à celui de la pastorale liturgique. On se passionne ainsi aujourd'hui pour la science des neumes, on exalte la valeur culturelle de ce chant immémorial que l'on replace dans une « tradition vivante » mais qui n'est plus liturgique, on redécouvre un art vocal aux références sacrées ambiguës, on l'exhibe dans des concerts, on le porte jusqu'au sommet du hit parade où il apparaît au milieu des productions les moins religieuses de la modernité. Et dans ce contexte ésotérique et syncrétiste, les spécialistes se persuadent avec candeur qu'ils contribuent efficacement à la « resacralisation du monde ».la sémiologie qu'avait promue dom Mocquereau et qui était demeurée jusque-là l'humble servante de la liturgie, s'est érigée de plus en plus en une science indépendante et de tempérament profane. On a là un exemple bien douloureux de la sécularisation qui s'est installée dans notre société et qui s'est rapprochée des marches du sanctuaire. Le divorce entre sémiologie et liturgie, entre chant grégorien et célébration sacrée ouvrit logiquement la porte au libre examen : en ce domaine, cela se traduit par une multiplicité d'interprétations pour la plupart incapables d'entrer avec cohérence dans le projet d'un mouvement liturgique viable. La tour de Babel en version musicale se bâtit sous nos yeux impuissants, creusant pourtant peu à peu le désir d'un retour à l'unité qui ne peut être que l'œuvre de l'Esprit-Saint. L'unité souhaitée ici n'est pas synonyme d'uniformité, car il y a réellement une légitime diversité dans l'Église de Dieu. Mais l'esprit de la liturgie que le Saint Père cherche à ré-insuffler nécessite la prise en compte de critères d'interprétation qui ne soient pas uniquement ni même d'abord de type positiviste et scientifique.L'Église est seule capable d'assumer le dépassement des susceptibilités qui enveniment la complexité de la question grégorienne. Car seule elle est en mesure de conférer au chant grégorien son authenticité théologale qui ne peut lui venir que d'une interprétation respectueuse des lois de la liturgie et des règles pastorales.Comment ne pas applaudir, cher lecteur à ces phrases fortes et courageuses, comment ne pas souscrire sans appel à cette déclaration d'où émanent un profond amour de la liturgie et un sens de l'Église sans faille ?Le chant grégorien est aussi saint et sanctifiant en lui-même, par ses qualités propres. Il est en effet parfaitement accordé à la vie chrétienne, il vit des mêmes principes et meurt des mêmes ennemis que la vie de la grâce dans les âmes.Il ne sera vraiment lui-même, et distinct de tous les autres genres musicaux, que si ses qualités sont précisément celles que la grâce divine produit dans l'âme chrétienne :- primauté de la vie intérieure.- esprit de prière, de paix et de louange centré tout entier sur Dieu.- désir et recherche de la perfection.- docilité parfaite à la sainte Église.- oubli de soi.À l'inverse, ce qui tue le chant grégorien ou le gâte, ce sont les atteintes de l'esprit du monde (esprit d'amour-propre, esprit de sentimentalité et esprit de facilité), qui corrompent la vie surnaturelle.Avant d'être une musique extérieure, le chant grégorien est une lumière intérieure, un commentaire des paroles sacrées, qui doit conduire les âmes dans la contemplation de ce que les mots ont été insuffisants à exprimer.Et nous sommes bien d'accord : il est notable que toutes les écoles modernes de grégorien - qui se font gloire de s'écarter de celle de Solesmes (à laquelle saint Pie X a confié la restauration tant mélodique que rythmique) et qui prétendent retrouver l'authenticité que Dom Mocquereau et Dom Gajard auraient méconnue - le font en prenant le contre-pied de ce renoncement que demande et favorise le grégorien. C'est là méconnaître une des caractéristiques majeures du chant liturgique, et cette méconnaissance le dénature profondément.Pour cette raison, le chant grégorien est quelque chose de délicat (ce qui ne veut pas dire : de très difficile !) et il faut veiller à ce que son exécution ne vienne pas contredire son esprit et stériliser son œuvre de sanctification. Cet ouvrage vous invite à réaliser cette tâche.Et n'oublions pas : Veiller et prier, c'est la loi de ce chant comme c'est la loi de la vie chrétienne.Patrick Banken
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