|
Le passionnant entretien de Bernard Dumont avec le philosophe espagnol Dalmacio Negro, dans le dernier numéro de la revue Catholica,
appelle toutefois deux réserves, dont nous reparlerons peut-être, sur
la « justice sociale » et sur la « dignité humaine ». A part quoi, il
nous conduit à des considérations essentielles. Mon intention n’est pas
d’en rendre compte, mais d’y trouver une inspiration pour nos propres
réflexions.
Dans tout l’univers apostat des grandes démocraties occidentales l’Etat, qui entend régenter par la loi jusqu’aux détails de « la vie et la mort de ceux qui lui sont assujettis », se montre de moins en moins capable d’accomplir « sa fonction élémentaire d’assurer la sécurité »
des personnes et des biens. La peine de mort, clef de voûte de la
hiérarchie des peines réprimant crimes et délits, est considérée
désormais comme contraire aux « valeurs » démocratiques. Le CEC
et son Compendium ont regrettablement suivi le mouvement, mais sans
pouvoir, eux, réclamer l’abolition comme une exigence morale absolue :
cela aurait signifié qu’il avait fallu vingt siècles à l’Eglise pour
enfin apercevoir une telle exigence. Compendium et CEC
se contentent donc de présenter la suppression de la peine de mort
comme devenue obligatoirement souhaitable en fait, pour la raison
qu’avec le progrès des mœurs elle n’est plus indispensable au maintien
de l’ordre public. Or cette vue trop optimiste d’un supposé progrès
moral dans la société démocratique vient maintenant buter visiblement
sur une contradiction en trois domaines : les crimes sexuels, l’empire
clandestin du marché de la drogue, le terrorisme principalement
islamiste.
La
peine de mort étant abolie en droit, les récidivistes sexuels échappent
également à la réclusion à perpétuité, supprimée en fait comme étant
encore plus cruelle que la peine de mort. Résultat : l’Etat finit par
remettre en liberté des récidivistes identifiés comme inguérissables.
L’abolition de la peine de mort a des conséquences aussi catastrophiques
pour la répression du trafic de la drogue et pour la défense contre le
terrorisme : ce sont là aussi des domaines où il se manifeste clairement
que, par son arbitraire obligation morale d’abolir la peine de mort,
l’Etat démocratique offre de moins en moins « protection et sécurité ».
Semblablement
au nom des « valeurs » démocratiques, les Etats occidentaux instituent
le « droit à l’avortement » et ils préparent l’institution d’un droit à
l’euthanasie. C’est-à-dire que le « droit de vie et de mort », retiré
à l’Etat et à sa justice, se trouve désormais, selon la juste et
terrible expression de Dalmacio Negro, remis pour une part grandissante « aux mains des particuliers ». Tel
est le paradoxe infernal : la peine de mort pour les plus nuisibles
coupables est déclarée contraire à la dignité démocratique de la
personne humaine ; mais cette même dignité exige de disposer
individuellement du droit de vie et de mort à l’encontre des innocents
quand ils sont sans défense.
JEAN MADIRAN
|