"L’art contemporain est un échec. Il
n’intéresse qu’une très faible partie de la population et ne parvient à
prospérer que grâce à deux atouts : le scandale qu’il provoque
volontairement, et le soutien financier de l’État. Le jour où
l’art traditionnel et l’art contemporain seront mis à égalité devant
l’impôt, le jour où ils seront à égalité de traitement dans les salons,
ce dernier s’effondrera misérablement devant la magnificence de son
concurrent. Mais la politique actuelle, qui se cramponne à son
idéologie soixante-huitarde périmée, est de confiner l’art
traditionnel dans les musées, de le circonscrire au passé. D’une
puissance financière titanesque, l’art contemporain peut alors museler
son adversaire en invoquant la liberté d’expression, car entre le faible
et le fort, c’est la loi qui protège, et la liberté qui opprime.
Curieusement
il se trouve régulièrement des personnes qui, devant la nature de
l’art contemporain, se trompent de combat et appliquent naïvement leurs
critères esthétiques à un « art » qui les rejette par nature. Ce sont les béats...
Par peur d’être taxé de facho, par souci de paraître plus fin ou plus
objectif que les autres, ou par réelle sincérité, le béat voit dans les
pires choses un signe de beauté, de mysticisme ou de poésie. Écartant
soit les intentions de l’artiste, soit l’impact de l’œuvre sur le
public, soit la matérialité de l’œuvre (les matériaux utilisés par
exemple, réels ou symboliques) le béat, parfois journaliste, écrivain,
ou lui-même artiste, confère à l’iconoclaste le bénéfice de
l’innocence, de la pureté ou du souci eschatologique.
Plongez un Christ dans l’urine, il y verra de jolis reflets.
Exhibez des acteurs nus, il y verra le jardin d’Éden.
Tartinez le visage du Christ d’excréments, il y verra un beau chemin de croix.
Faites les pires choses en jurant que vos intentions sont bonnes, et
le béat vous croira sur parole, s’inscrivant sans le savoir dans le
sillage de Marcel Duchamp, père de l’art contemporain, pour qui l’art
devient art « par la seule volonté de l’artiste. » Le
béat est ainsi le jouet des circonstances. Rien ne l’atteint, ce qui le
dissuade de s’engager. Les médias, qui ont parfaitement compris cela,
manient l’étiquette en professionnels. Si tu es avec eux, tu es comme
eux. Le raccourci est flagrant mais la technique payante : le béat est
terrifié. Souvent d’accord sur le fond, pour peu qu’il s’autorise à
réfléchir, il s’oppose à ceux qui contestent l’art contemporain et se
justifie par mille et un arguments."