"Dieu est apparu – comme un enfant. Par
cela même il s’oppose à toute violence et apporte un message qui est la
paix. En ce moment où le monde est continuellement menacé par la
violence en de nombreux endroits et de diverses manières ; où il y a
toujours encore des bâtons de l’oppresseur et des manteaux roulés dans
le sang, nous crions vers le Seigneur : Toi, le Dieu-Fort, tu es apparu
comme un enfant et tu t’es montré à nous comme Celui qui nous aime et
Celui par lequel l’amour vaincra. Et Tu nous as fait comprendre qu’avec
Toi nous devons être des artisans de paix. Nous aimons Ton être-enfant,
Ta non-violence, mais nous souffrons du fait que la violence persiste
dans le monde, c’est pourquoi nous te prions aussi : montre Ta
puissance, ô Dieu. En notre temps, dans notre monde, fais que les
bâtons de l’oppresseur, les manteaux roulés dans le sang et les
chausseurs bruyantes des soldats soient brûlées, qu’ainsi Ta paix
triomphe dans notre monde.

Noël
est une épiphanie – la manifestation de Dieu et de sa grande lumière
dans un enfant qui est né pour nous. Né dans l’étable de Bethléem, non
pas dans les palais des rois. Quand, en 1223, François d’Assise célébra
Noël à Greccioavec un bœuf et un âne et une mangeoire pleine de foin,
une nouvelle dimension du mystère de Noël a été rendue visible.
François d’Assise a appelé Noël « la fête des fêtes » – plus que toutes
les autres solennités – et il l’a célébré avec « une prévenance
indicible » (2 Celano, 199 : Fonti Francescane, 787).
Avec une profonde dévotion, il embrassait les images du petit enfant
et balbutiait des paroles de tendresse à la manière des enfants, nous
raconte Thomas de Celano (ibid.). Pour l’Église antique, la
fête des fêtes était Pâques : dans la résurrection, le Christ avait
ouvert les portes de la mort et il avait ainsi changé radicalement le
monde : il avait créé en Dieu même une place pour l’homme. Eh bien,
François n’a pas changé, il n’a pas voulu changer cette hiérarchie
objective des fêtes, toute la structure de la foi centrée sur le
mystère pascal. Toutefois, par lui et par sa façon de croire, quelque
chose de nouveau s’est produit : François a découvert avec une
profondeur toute nouvelle l’humanité de Jésus. Cet être-homme de la part
de Dieu, lui a été rendu évident au maximum au moment où le Fils de
Dieu, né de la Verge Marie, fut enveloppé de langes et fut couché dans
une mangeoire. La résurrection suppose l’incarnation. Le Fils de Dieu
comme un enfant, comme un vrai fils d’homme – cela toucha profondément
le cœur du Saint d’Assise, transformant la foi en amour. « Apparurent
la bonté de Dieu (…) et son amour pour les hommes » : cette phrase de
Saint Paul acquérait ainsi une profondeur toute nouvelle. Dans l’enfant
dans l’étable de Bethleem, on peut, pour ainsi dire, toucher Dieu et
le caresser. Ainsi, l’année liturgique a reçu un second centre dans une
fête qui est, avant tout, une fête du cœur.

Tout ceci n’a rien d’un sentimentalisme.
Dans la nouvelle expérience de la réalité de l’humanité de Jésus se
révèle justement le grand mystère de la foi. François aimait Jésus, le
petit enfant, parce que, dans ce fait d’être enfant, l’humilité de Dieu
se rendait évidente. Dieu est devenu pauvre. Son Fils est né dans la
pauvreté d’une étable. Dans l’enfant Jésus, Dieu s’est fait dépendant,
ayant besoin de l’amour de personnes humaines, en condition de demander
leur – notre – amour. Aujourd’hui Noël est devenu une fête
commerciale, dont les scintillements éblouissants cachent le mystère de
l’humilité de Dieu, et celle-ci nous invite à l’humilité et à la
simplicité. Prions le Seigneur de nous aider à traverser du regard les
façades étincelantes de ce temps pour trouver derrière elles l’enfant
dans l’étable de Bethléem, pour découvrir ainsi la vraie joie et la
vraie lumière.
Sur la mangeoire qui était entre le bœuf et l’âne, François faisait célébrer la sainte Eucharistie (cf. 1 Celano, 85 : Fonti,
469). Par la suite, sur cette mangeoire un autel fut construit, afin
que là où un temps les animaux avaient mangé le foin, maintenant les
hommes puissent recevoir, pour le salut de l’âme et du corps, la chair
de l’Agneau immaculé Jésus Christ, comme raconte Celano (cf. 1 Celano, 87 : Fonti,
471). Dans la sainte nuit de Greccio, François comme diacre avait
personnellement chanté d’une voix sonore l’Évangile de Noël. Grâce aux
splendides cantiques de Noël des Frères, la célébration semblait tout un
tressaillement de joie (cf. 1 Celano, 85 et 86 : Fonti, 469 et 470). Justement la rencontre avec l’humilité de Dieu se transforme en joie : sa bonté crée la vraie fête.

Celui
qui aujourd’hui veut entrer dans l’église de la Nativité de Jésus à
Bethléem découvre que le portail, qui un temps était haut de cinq mètres
et demi et à travers lequel les empereurs et les califes entraient
dans l’édifice, a été en grande partie muré. Est demeurée seulement une
ouverture basse d’un mètre et demi. L’intention était probablement de
mieux protéger l’église contre d’éventuels assauts, mais surtout
d’éviter qu’on entre à cheval dans la maison de Dieu. Celui qui
désire entrer dans le lieu de la naissance de Jésus, doit se baisser.
Il me semble qu’en cela se manifeste une vérité plus profonde, par
laquelle nous voulons nous laisser toucher en cette sainte Nuit : si
nous voulons trouver le Dieu apparu comme un enfant, alors nous devons
descendre du cheval de notre raison « illuminée». Nous devons
déposer nos fausses certitudes, notre orgueil intellectuel, qui nous
empêche de percevoir la proximité de Dieu. Nous devons suivre le chemin
intérieur de saint François – le chemin vers cette extrême simplicité
extérieure et intérieure qui rend le cœur capable de voir. Nous devons
nous baisser, aller spirituellement, pour ainsi dire, à pied, pour
pouvoir entrer à travers le portail de la foi et rencontrer le Dieu qui
est différent de nos préjugés et de nos opinions : le Dieu qui se cache
dans l’humilité d’un enfant qui vient de naître."