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| A la découverte du chant grégorien |
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| Revue de Presse - Voix Nouvelles | |
| 10-03-2006 | |
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« A la découverte du chant grégorien » Un numéro spécial de la revue Voix Nouvelles de Michel VEUTHEY ; Recension par Patrick Banken dans le N° 247 mars-avril 2006 de la Revue de Una Voce A) LA REVUE « VOIX NOUVELLES » « Voix Nouvelles » est une revue publiée à Lyon. Elle arbore comme sous-titre « La revue des acteurs du chant liturgique ». Elle entend toucher par là les chantres-animateurs, chefs de chœur, choristes, organistes, instrumentistes, membres des équipes liturgiques. J’y fus personnellement abonné et j’avoue ne pas avoir renouvelé mon abonnement quand il me fallut élaguer dans le trop grand nombre de parutions que je ne parvenais plus à lire ! Il me souvient que la dernière page était consacrée au chant grégorien. Elle était rédigée par l’auteur dont nous allons parler. Et un contact épistolaire que j’eus récemment avec Michel Veuthey (car il s’agit de lui) m’a confirmé qu’il avait été rédacteur en chef de ladite revue de 1996 à 2004, revue qui demeure, dans le cadre liturgique de l’immensité des paroisses de la Sainte Église, d’excellente qualité musicale. Nous sommes à cent lieues des affligeantes chansonnettes que l’on assène par trop souvent à nos oreilles dans les messes actuelles. Voici son adresse : GIE Voix nouvelles, 3 rue des remparts d’Ainay, 69002 LYON, Tél. : 04 72 77 57 62 Fax : 04 78 92 94 03 B) MICHEL VEUTHEY Chef de chœur formé à l’Institut Grégorien de Paris, il a enseigné la direction chorale au Conservatoire de Sion (Confédération Helvétique dont il est originaire). Ce conservatoire a été fondé en 1949 par Georges Haenni qui fut longtemps président d’UNA VOCE HELVETICA. Le professeur Veuthey a assuré durant 20 ans un programme de cours sur deux ans, avec un premier trimestre consacré au chant grégorien qui fut hélas oublié quand notre enseignant cessa cette activité. Il a publié de nombreux articles dans diverses publications (« Choristes » « Église qui chante » « Signe musiques ») ainsi que plusieurs ouvrages sur le chant choral et la musique liturgique. J’en ai répertorié sept. Il fut en outre secrétaire général d’Universa Laus, groupe international d’études pour le chant et la musique dans la liturgie. Cette courte présentation de Michel Veuthey ne peut que nous inciter à penser qu’il était l’homme tout désigné pour rédiger l’ouvrage dont je vais vous entretenir. C) « À LA DÉCOUVERTE DU CHANT GRÉGORIEN » Ce petit fascicule, de 100 pages exactement, est un numéro hors série de « Voix nouvelles » paru en juin 2004. Il m’a enthousiasmé par sa clarté et son aspect éminemment pédagogique. Une judicieuse mise en garde de notre auteur commence en préambule à bien préciser « qu’un livre ne remplacera jamais l’expérience pratique du grégorien chanté au cours de la liturgie, dans un monastère, un stage ou un institut ». Une autre phrase dans la préface qui suit - appelée « Nova et Vetera » - mérite d’être soulignée : « Depuis le Concile Vatican II, le chant grégorien n’est plus le répertoire exclusif de la liturgie, mais il n’en est pas exclu ». C.Q.F.D. !... Un autre détail m’a révélé les compétences pédagogiques de notre musicien : certains paragraphes de l’opuscule sont imprimés en petits caractères et il est précisé que le débutant pourra les réserver pour une étape ultérieure quand il abordera les aspects plus technique du répertoire. Des chiffres entourés de 1 à 17 figurent devant certaines partitions de l’ouvrage. Ils se réfèrent aux plages d’un disque compact qui y est joint, à la fin. Bravo ! D’autant que les enregistrements, assurés par le studio SM bien connu des grégorianistes offrent d’excellentes interprétations en provenance des archives sonores de l’éditeur (Ligugé, Chevilly, Saint Wandrille, Timadeuc etc.). Le fascicule comporte huit chapitres que je vous propose de survoler en espérant que vous aurez envie d’y revenir par vous-même car ils sont d’une étonnante richesse que nous ne pourrons qu’évoquer sommairement. 1 – Le chant « grégorien » L’auteur commence par un intéressant condensé de ce chant qu’une pieuse tradition a qualifié de « grégorien » en référence au pape inspiré. Mais le panorama historique commence dès le rituel de la Pâque juive et va jusqu’à l’âge d’or (VI→IXème siècle) puis son « brillant déclin » (jolie expression !) et enfin son renouveau au XIXème siècle. Est également abordée la situation actuelle lucidement décrite. L’attrait pour ce chant s’explique par un « retour aux sources qui caractérise toutes les civilisations dans leur déclin ». Je vous laisserai découvrir un passionnant sous-chapitre sur « la pratique future » qui différencie bien - comme nous l’avons toujours fait à UNA VOCE – la voie qui s’oriente vers des tentatives savantes d’interprétation et celle, plus modeste, qui s’offre aux non spécialistes désireux de pratique le grégorien dans les églises. Et Michel Veuthey conclut courageusement par l’affirmation qui ne pourra qu’enchanter la plupart des lecteurs de notre revue : « L’objet de ce livre est de proposer cette seconde voie…afin d’encourager la pratique du grégorien dans l’esprit actuel de la liturgie romaine, avec le souci d’une certaine unité entre les modes d’exécution ». Je passe plus rapidement sur la définition de ce chant, la prononciation « romaine » du latin, son accent particulier et son rôle musical (illustré par le début du célèbre introït Lætare). Et le chapitre, comme la plupart des autres, s’achève par des exercices à réaliser soi-même. On sent le pédagogue qui a longtemps pratiqué ! Le reste du chapitre expliquera au novice de façon très claire les différents neumes, y compris les particuliers, et vous découvrirez le podatus subtripunctuis et autres neumes liquescents dont on apprend qu’ils sont plus fréquents dans les manuscrits méridionaux, et notamment en Italie en raison de la prononciation (que l’on retrouve chez nous avec « l’accent du midi »). Et l’on termine par des exercices constitués de partitions en différentes clefs d’ut. 2 – La notation grégorienne Un chapitre plus technique qui vous expliquera ou vous rappellera comment l’écriture musicale a été inventée, comment l’écriture grégorienne a donné naissance à tous les autre genres de musique occidentale, pourquoi les clefs sur la portée ont cette forme… Mais peut-être apprendrez-vous, comme moi, l’origine de nos accents aigu, grave et circonflexe ou bien encore du point d’orgue et de la note ronde dans l’écriture musicale classique ? Savez-vous encore que l’expression dénigrer une personne, c’est-à-dire la dévaloriser vient que pour faire perdre à la blanche la moitié de sa valeur, on la noircit ? Ces diverses anecdotes qui fourmillent dans l’ouvrage sont toutes en « petits caractères », souvent mentionnées sous la rubrique « clin d’œil ». 3 – Le rythme Ce chapitre est une ébauche de ce qu’est le rythme grégorien. Mais en se limitant au rythme de la phrase latine et de son accent intensif, l’aspect complexe du rythme de ce chant n’est pas abordé. Il ne suffit pas de dire qu’il est libre. M. Veuthey traite dans d’autres chapitres de points ardus (la modalité par exemple) qu’il sait fort bien rendre accessibles aux béotiens. Celui qui voudra découvrir le rythme du chant grégorien (notamment par la méthode WARD si efficace) devra participer à des stages appropriés. (Nous vous en proposons dans ce numéro d’UNA VOCE) Les 100 pages de ce document de VOIX NOUVELLES ne constituent d’ailleurs qu’une belle introduction mais ne peuvent se substituer à une session de théorie et de pratique… 4 – La mélodie Je ne prolongerai pas le résumé de ce chapitre mais puis vous affirmer qu’en 12 pages, vous saurez peut-être pour la première fois reconnaître les 12 modes du chant grégorien. La synthèse sur les intervalles, sur les quatre échelles de base, sur les modes authentes et plagaux, est magistrale (étymologiquement parlant !). Et vous serez même en mesure de déterminer le mode d’une pièce par quatre facteurs dont le type d’intonation (illustré par huit courts extraits musicaux). Vous pourrez, à la fin de la lecture attentive du chapitre, trouver les modes des six Alleluia de l’exercice. (Avant de lire les réponses qui vous sont données en bas de la page !). 5 – Les formes rituelles Il est rappelé opportunément que le chant grégorien n’est jamais une « musique pure » mais que chaque pièce est conçue pour une fonction rituelle particulière, et cette fonction conditionne sa forme musicale et son style. Pour ces différentes fonctions, le chant grégorien nous offre des formes particulières qui sont décrites succinctement depuis le récitatif, l’antienne , le répons jusqu’à l’hymne (il est précisé judicieusement que le mot est féminin dans ce sens) en passant par l’antienne, la litanie… Des informations pratiques détaillées sont données sur la structure et l’exécution du Kyrie par l’assemblée et la schola. L’on décèle de nouveau l’homme de terrain qui a longtemps œuvré comme chef de chœur. Je vous laisse découvrir le délicat problème de l’élision dans les hymnes due à un parasite que les savants ont appelé syllabe hypermétrique (qui dépasse la mesure normale !) ou encore les différents tons psalmiques (pourquoi 5a et 2D par exemple). 6 – Les programmes liturgiques Les différents temps liturgiques y sont décrits, puis la journée monastique, les différentes parties de la messe avec ses différents chants. 7 – Le chant grégorien aujourd’hui L’auteur commence à décrire la situation paradoxale que rencontre le chant grégorien. D’une part, l’Église continue d’affirmer que «le chant grégorien est le chant propre de la liturgie romaine » et qu’il doit « occuper la première place ». Il s’agit des articles 116 et 117 de la Constitution « De sacra liturgia » de 1963. Mais M. Veuthey donne d’intéressantes explications sur le mystérieux membre de phrase (en tout cas pour moi) qui a été ajouté à cette déclaration conciliaire : « Toutes choses égales d’ailleurs ». Il affirme malicieusement : « car les choses ne sont évidemment pas égales » ! Il impute cette inégalité aux langues vernaculaires devenues prépondérantes dans les offices, à l’absence de pratique et de culture grégoriennes, au souci pastoral de faire entendre des textes. Le chant grégorien n’est donc plus à « la première place ». Tout le chapitre serait à citer. Notamment le rappel des textes officiels et le changement de ton du pape Paul VI en 1969 dans sa « Présentation générale du Missel romain » où l’on constate que les exigences ont évolué. Après un rappel de l’intervention du chant grégorien à la messe et dans d’autres célébrations, le chantre suisse aborde le délicat problème du chant grégorien en concert qu’il n’exclut pas dans un programme de concert spirituel avec des précautions qu’on lui saura gré de rappeler : climat de silence et de recueillement, cadre approprié, absence d’applaudissements. Quant au sous-chapitre qui suit sur l’interprétation du chant grégorien, nous rejoignons volontiers le chef valaisan dans cette affirmation : « La prolifération des recherches contemporaines sur les manuscrits les plus anciens a engendré, depuis quelques années, une inquiétante diversification des essais d’interprétation, en vue de retrouver une forme d’exécution « authentique ». Si l’on veut promouvoir une pratique accessible aux non-spécialistes, il semble préférable de s’en tenir à une méthode simple, basée sur le respect des textes ». 8 – Un exemple : l’introït EXSURGE L’auteur a eu une formation et une pratique du chant pendant la période préconciliaire. Cela se sent quand il mentionne à plusieurs reprises le « Paroissien 800 ». Il a dû adopter le Nouvel Ordo comme fils obéissant de l’Église. Il a œuvré pour que la qualité de la musique interprétée dans les paroisses demeurât d’un bon niveau. Il donne toujours les équivalences entre les deux rits de 1962 et 1969 en précisant entre parenthèses « autrefois ». Ex. Graduel du dimanche de la Passion (autrefois : jeudi Saint). Et sa largeur de vue, son objectivité, sa recherche du beau et du vrai va jusqu’à regretter que l’introït Exsurge (de la Sexagésime jusqu’à la réforme conciliaire) ait été relégué au mardi de la 2ème semaine du Carême. Et c’est ce pur chef d’œuvre qu’il a choisi pour achever son fascicule. En bon enseignant, il demande au lecteur du livret, donc à l’étudiant de mettre en pratique ses connaissances par l’observation (et l’écoute grâce au CD) de ce chant d’entrée. Une courte conclusion d’une demi-page achève ce numéro hors-série. L’auteur lance quelques remarques sur la direction d’un groupe de chanteurs. Il l’estime même superflue si les exécutants sont peu nombreux. Une simple respiration suffit à indiquer le départ. C’est possible, mais il faut la connivence, l’habitude de chanter ensemble, l’accord sur le type d’interprétation…Et c’est bien un chef qui l’indique. Et cela concerne les chantres aguerris auxquels cette publication ne s’adresse pas de prime abord. Les dernières lignes de conclusion dresse un tableau lucide de l’état du grégorien : il n’est plus le répertoire unique le l’Église romaine. Nous nous en étions aperçus ! J’ai peine à m’unir à l’enthousiasme de l’auteur qui se réjouit d’entendre chanter variis linguis magnalia Dei comme, écrit-il, les auditeurs des Apôtres après la Pentecôte. Cela n’a rien à voir ! Cette multiplication babélienne des langues dans la liturgie a supprimé l’admirable unité que procurait cette langue latine que, ô comble et aveu d’échec, notre ami valaisan utilise pour exprimer que l’on chante désormais en diverses langues les merveilles de Dieu ! Mon ultime réserve ne doit pas vous dissuader de vous procurer ce livret si vous désirez découvrir le chant grégorien comme l’indique son titre. Le but est réussi. Que ceux qui connaissent ce répertoire séculaire n’hésitent pas non plus. Il y apprendront plus qu’ils ne croient et un coup d’œil sur l’index final (ce qui fait souvent cruellement défaut de nos jours existe dans cette modeste publication !) leur donnera envie d’aller consulter les chapitres et paragraphes au pages indiquées. Et ils pourraient offrir le livre à des débutants… De la belle ouvrage vous dis-je ! Merci Professeur Veuthey !
Patrick Banken |
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