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Anachronisme à la paroisse Saint-Eugène, par Jeanne Smits - Présent du 28 avril 2006
...Le maître-autel (selon le plan retenu par le curé de la paroisse : coût estimé, près de 70 000 euros…) serait relégué dans le fond du choeur,...
>>>>>>Au coeur du 9e arrondissement de Paris, chaque dimanche matin, une messe « indult » de rite tridentin est célébrée à la paroisse Saint-Eugène.
L’architecture de l’église est originale et, d’ailleurs, classée, tout comme est classé l’ensemble du mobilier du lieu de culte, y compris le maître-autel et son rétable qui se prêtent tout naturellement aux célébrations traditionnelles. La plupart des messes selon le Nouvel Ordo sont célébrées sur un autel amovible qui n’est pas systématiquement mis en place au demeurant : ainsi la messe du dimanche soir estelle souvent dite « dos au peuple », ou plutôt face à Dieu, sans que les paroissiens s’en plaignent. Comme les paroissiens de rite traditionnel et les lecteurs du Libre journal de Serge de Beketch le savent, cet état de choses est menacé puisque l’an dernier, au cours d’une visite pastorale, le représentant de l’archevêché a exigé la modification de l’ordonnancement du choeur pour éviter le va-et-vient peu digne de la « table » réservée au nouveau rite.
Le maître-autel (selon le plan retenu par le curé de la paroisse : coût estimé, près de 70 000 euros…) serait relégué dans le fond du choeur, et une nouvelle « table » fixe permettant de célébrer aussi bien « vers le peuple » que « vers Dieu » serait installée à sa place.
Les paroissiens de rite traditionnel, inutile de le dire, sont mécontents. Et pas seulement à cause des coûts, supportés certes par le diocèse mais pesant en dernière analyse sur les contributions des fidèles. Ils y voient une relégation du rite traditionnel lui-même, une sorte de pression très explicite en faveur du Nouvel Ordo… Leur avis n’est pas pris en compte dans cette affaire décidée d’autorité. Une décision prise avec un très mauvais sens du timing… L’Esprit de la liturgie, publié en 2000 par le cardinal Ratzinger, évoque longuement la question de l’« orientation » de l’autel. Le pape actuel y défend avec beaucoup de profondeur la célébration vers l’Orient, vers la source de la Lumière, vers Dieu. Il achève sa démonstration, de façon pour nous un peu décevante, en disant que là où l’ordonnancement du choeur a déjà été bouleversé pour la célébration « vers le peuple », il ne sera souvent pas opportun de recommencer l’opération en sens inverse. Mais une chose est sûre : ce n’est décidément pas le moment de recommencer les erreurs avérées d’il y a trente ou trente-cinq ans, dans une défense rétrograde et passéiste de la célébration « face au peuple »…
Jeanne Smits
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