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Sur les écrans : “Le grand silence”. Un film qui nous parle. Dans Présent du 21 décembre 2006, par Olivier Figueras Voilà bien un film qui tient de la gageure : proposer près de trois heures de la vie des religieux de la Grande Chartreuse, fils de saint Bruno, dans les conditions qui lui furent imposées, sur les écrans de cinéma (depuis le mercredi 20), tenait à coeur à l’Allemand Philip Gröning. « Mon but, affirme-t-il quand on l’interroge à ce propos, était de faire un voyage dans un monde différent. Je voulais voir comment la structure du temps pouvait faire changer ceux dont la vie quotidienne se limite à la répétition perpétuelle de la prière dans une enceinte qu’ils ne quitteront plus jamais. Voir aussi l’impact de cette perception du temps sur les spectateurs. »
Premier élément de réponse pour lui, puisqu’il adresse sa demande en 1984 et ne reçoit de réponse qu’en 1999… Ensuite, c’est une plongée dans l’inconnu : six mois à partager la vie des chartreux, avec, au final, un résultat brut de 160 minutes d’images splendides, puisque réalisées sans équipe technique, sans lumière artificielle, sans commentaire, sans musique. Brut, mais magnifique. On se retrouve soudainement plongé dans un quotidien rythmé par la prière, qu’entrecoupent la méditation, le repas solitaire, le travail, et les rares récréations. On assiste à l’arrivée de postulants, à la tonte des cheveux, au travail du bois et du jardin, au repas des chats, au soin aux malades, à la prière aux sombres heures de la nuit qu’éclaire la seule présence réelle. Au soleil d’été, à la neige d’hiver. Pas un bruit ! sinon celui des pas, des ciseaux, des tondeuses, des scies. Les rares mots prononcés, hormis ceux de l’office, sont ceux pour l’accueil des nouveaux moines, ou des récréations. Quelques plaisanteries enfantines nous ramènent à cet esprit si nécessaire pour connaître le royaume des cieux.
Une longue litanie de jours, tous semblablement simples. Une longue procession de visages, tous transparents. Non de cette absence qui fait que nos contemporains se réfugient dans le bruit pour échapper au vide. Mais de cette transparence à Dieu, qui se reflète dans le regard de celui qui a accepté d’être séduit par Lui.
Dans le silence. Plein de Sa présence. « Toute notion de péché, de culpabilité et de rachat est absente, résume Gröning. Il n’y a que grâce, gratitude, légèreté. On en sort libéré de la peur, habité par la confiance. On n’a même plus peur de mourir. »
Le monde peut-il comprendre ? qui n’a qu’à peine trois heures de ces six mois. Comprendre ce silence ? Et cette immobilité – nombre de plans paraissent fixes, lorsqu’ils surprennent méditation ou prière. La vie de la Chartreuse paraît alors rythmée par les seules gouttes d’eau glissant le long d’un plat qui sèche… D’ores et déjà, certains ont manifesté qu’il n’y entreraient pas. Parce que le commentaire explicatif manquait. Ils ont cru à un jeu d’acteurs, alors que nous sommes de plain-pied dans LA réalité. Quelques mots, pourtant, le soulignent en fin de documentaire. Ceux d’un vieux moine aveugle qui parle de l’unique nécessaire. De cette présence de Dieu. De ce don de chaque instant pour le bien de l’âme. A commencer par cette cécité dont il remercie Dieu.
Et le reste est adoration…
OLIVIER FIGUERAS |