
Inscrivez-vous à notre lettre. Nous vous écrirons.
| Introduction à la théorie et à l’exécution du chant grégorien |
|
|
|
| 20-06-2007 | |
|
A propos de l’interprétation
du chant grégorien :
Je viens de terminer la lecture d’un
petit ouvrage de Enrique Merello-Guilleminot intitulé Introduction à la théorie et à l’exécution du chant grégorien qui
ranime un débat que le mensuel « La Nef » a cru bon exhumer dans son
numéro de juin en donnant la parole à Marcel Pérès. Enrique Merello-Guilleminot est uruguayen et membre du Chœur Grégorien de Paris qui lui a procuré une bourse pour assister, en 2004-2005, en auditeur, à la classe de chant grégorien du Conservatoire, dirigée par Claire-Marie Vigne. L’auteur dirige en outre depuis 1988 la Schola Cantorum de Montevidéo, en son pays natal. C’est le numéro 60 du Journal du Conservatoire, bimestriel, qui nous l’apprend (février 2005). Le livre qui nous intéresse, paru en janvier 2007, me semble boiteux. La table des matières nous permet de découvrir les sujets abordés : ils sont d’une importance capitale. Après quelques généralités y sont abordés la sémiologie grégorienne, une analyse de divers chants de la messe et de l’office, le rythme, la modalité, la psalmodie. Envisager de traiter ces sujets qui ont pour chacun d’entre eux été l’objet de nombreuses années d’études, d’ouvrages fort nombreux…relève de la gageure. Surtout en 80 pages ! Ou bien l’on conçoit une oeuvre de vulgarisation pour susciter l’intérêt chez des lecteurs en recherche…Comme le laisserait supposer le titre. Or ce n’est pas le cas : les notions demeurent très techniques, du niveau je présume de ce qui est enseigné au Conservatoire. Je doute que l’amateur de chant grégorien sans formation puisse acquérir un quelconque approfondissement. Il risque d’être vite noyé à vouloir comparer les sept sources manuscrites que l’auteur cherche à nous faire découvrir, depuis le célèbre document de Saint-Gall jusqu’à celui de Laon ou encore d’Einsiedeln. Il faut s’être déjà adonné à de sérieuses recherches paléographiques pour ne pas s’y perdre. Le choriste de base – que je suis – découvrira, un peu perplexe, que la virga peut être aussi strata. Quant au pes, il se déclinera en quassus, stratus, mais aussi … initio debilis ! (ainsi que le torculus). Je ne suis pas certain que cela nous aide à mieux chanter. Oui, chanter, car c’est bien l’essentiel. Et là, en cherchant un peu, il n’est pas difficile d’entendre les conséquences de ce que donnent ces investigations sémiologiques. Nino Albarosa a été professeur de notre auteur à l’Institut Pontifical de Musique Sacrée à Rome. Il le présente en quelques mots. Or M. Albarosa dirige lui-même un chœur grégorien féminin du nom de Mediæ Aetatis Sodalicium. Ses disques ont depuis deux ou trois ans envahi les bacs des disquaires. Les deux que j’ai acquis sur les « Saints Pierre et Paul » et « les Saintes Femmes dans la liturgie » ne présentent l’intérêt que d’offrir quelques pièces introuvables ailleurs. Mais permettez-moi de ne pas aimer ces interprétations. Les voix sont belles et pures mais elles sont…blanches. Le chant demeure comme désincarné. L’intervention de solistes lui ôte cette imprégnation liturgique dont ne peut se passer cette « prière chantée de l’Église » ! D’un point de vue plus technique, arrêtons-nous au rythme : il suffit de se référer à la page 47 de l’ouvrage en question pour mieux comprendre : « Le rythme du chant grégorien est un rythme libre. Nous disons rythme libre par opposition à rythme mesuré. Mais cela ne signifie pas rythme laissé au libre arbitre ou à des théories artificielles. La question demeure : en quoi consiste ce rythme ? Cette question a amené Dom Cardine à rechercher et, finalement, à découvrir les vrais fondements du rythme grégorien ». Si j’ai bien saisi, ce qui a été fait avant Dom Cardine ressort de « théories artificielles ». C.Q.F.D.
Ce parti pris est à regretter.
M. Merello-Guilleminot est incontestablement sincère. On puise parfois dans son petit ouvrage de belles phrases qui le confirment. « Le grégorien est musique et prière ». « Chanter le grégorien, c’est prier par lui ». « Il conserve dans le monde entier une actualité étonnante, malgré son âge. Forme systématisée de proclamation chantée de la Parole de Dieu, le chant grégorien nous nourrit de cette Parole révélée qui est riche de doctrine ». Très bien, mais je suis plus dubitatif quand il achève sa phrase par « et il nous désaltère de sa fraîcheur ». Cela fait un peu… « Nouvel Âge ». Ou quand il affirme, « Ce chant ne relève en rien de l’archéologie » en une publication qui sent précisément l’ « archéologisme ». J’ai bien conscience de soulever un problème qui divise les catholiques. Un de plus ! Mais il n’est pas difficile de comprendre quelle extraordinaire unité émane de ce chant grégorien prétendument interprété selon des méthodes d’un autre âge, « mutilé de ses racines orientales » comme l’assène Marcel Pérès dans la dernière parution, à ce jour (n° 183) du mensuel la Nef. Il ose ensuite affirmer… « démuni face à l’islam » (sic !). Combien de fois me suis-je réjoui de pouvoir chanter dans une schola liturgique que je ne connaissais pas et d’y retrouver la même méthode que le fondateur d’Organum précédemment cité trouve « obsolète ». On est tout de suite…à l’unisson ! Qui donc alors a « éprouvé un malaise » comme l’énonce notre chantre ? Force est d’admettre que nos conceptions sont désormais bien divergentes. Respectons-nous avec nos différences. Nous nous garderons bien de mettre de l’huile sur le feu. Il est peut-être pas même souhaitable d’ouvrir un débat, mais nous accorderions volontiers un droit de réponse à qui voudrait défendre ces nouvelles méthodes. N’est-il point préférable d’entretenir les ponts entre ces différentes écoles. Nous avons accueilli favorablement la demande du Chœur Grégorien de Paris de mettre un lien (le bien nommé !) de son site web sur le nôtre. Et réciproquement. Le Chœur Grégorien de Nantes bénéficie de publicité dans notre revue et assure aussi un retour etc. J’espère m’être fait comprendre malgré le cadre étroit d’une recension de livre. Que le webmestre de notre site pardonne ma prolixité, mais le sujet est important. J’ose penser que nous incarnons diverses manières de louer notre Créateur. Les quelques lignes de l’ouvrage que je vous soumets maintenant prouvent sans conteste que notre grégorianiste sud-américain a adopté le parfait esprit qu’Una Voce prône depuis 1964. « Le chant grégorien nous fait apparaître plus belle encore la Parole de Dieu, par le jeu de ses sonorités qui savent s’adapter aux divers temps liturgiques et à chaque rite. C’est dans cette conception éminemment religieuse que se situe le “ secret ” d’une exécution vraie, pure et belle. On peut légitimement s’étonner du fait que le caractère fonctionnel du chant grégorien dans la liturgie ne nuit pas à sa beauté propre. Mais la haute destination qui est la sienne tourne entièrement la pensée de tous vers Celui qui en est le destinataire, la purifie et l’illumine de splendeurs ».
Patrick Banken
Un volume 13,5 X 20,5 – 100
p. (avec illustrations à la fin) – 9 € -
|
| < Précédent | Suivant > |
|---|