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Depuis plusieurs mois, certains évêques français jouent sur les peurs et
agitent un torchon rouge contre la volonté du Saint-Père de donner à la
liturgie traditionnelle de l’Eglise « droit de cité », non seulement
dans les discours mais aussi de manière bien concrète, dans les faits.
Comportement incompréhensible pour des pasteurs de l’unité qui agissent
comme si la décision annoncée du Saint-Père de publier dans les
prochains jours un texte pour libéraliser la liturgie traditionnelle
pouvait avoir des effets négatifs… déstabilisateurs pour l’église de
France et sa pastorale.
De telles inquiétudes ne sont-elles pas outrancières et déplacées pour
qui, en toute bonne foi, accepte de regarder en face l’état de
banqueroute spirituelle, humaine et financière de bon nombre des
diocèses de France…
Nos églises sont-elles si remplies qu’il ne soit pas possible d’en
affecter à la célébration de la messe traditionnelle, qu’il ne soit pas
possible de faire une toute petite place aux fidèles de cette
sensibilité ? La liturgie est-elle donc célébrée actuellement de manière
si uniforme et si convenable que la célébration de la messe
traditionnelle ferait courir un danger pour l’unité des diocèses ? Les
diocèses de France ordonnent-ils tant et tant de prêtres chaque année
qu’ils n’aient nul besoin des centaines de jeunes prêtres issus des
communautés traditionnelles ? La pastorale d’ensemble est-elle une telle
réussite qu’il convienne de continuer à en exclure les fidèles de
sensibilité traditionnelle ?
Mais dans quel monde, dans quelle Eglise, vivent ces évêques pour
continuer d’affirmer de manière incantatoire, contre toutes évidences, «
chez nous en France, il n’y a pas de problème liturgique, tout va bien.
Il n’y a pas de demande de célébration de messes traditionnelles,
d’ailleurs cela serait une entorse à la pastorale et à l’unité de
l’Eglise » ?
Comment peut-on tenir encore un pareil discours mensonger et liberticide
?
Comment comprendre un tel aveuglement idéologique et doctrinaire alors
que nous sommes au XXIe siècle… 18 ans après la chute du mur de Berlin !
Alors pourquoi ce terrorisme intellectuel ?
Pourquoi ces mensonges ?
Pourquoi ne pas admettre la vérité ?
Celle qu’il existe en France des centaines de milliers de fidèles et de
très nombreux prêtres et séminaristes attachés à la liturgie
traditionnelle de l’Eglise, bafoués, méprisés, rejetés, manipulés et
instrumentalisés par « certains » de leurs évêques ?
Nous disons « certains » car heureusement d’autres, qui sont l’honneur
de la justice et de la liberté, ont depuis longtemps, agit avec bonté et
générosité, appliquant gracieusement, comme l’avait souhaité le pape
Jean Paul II, les mesures promulguées (déjà !) en 1988.
Mais d’autres semblent ignorer les réalités et se satisfaire des
discours convenus.
L’apothéose de l’aveuglement et de la culture du mépris est atteinte
quand, le 28 juin dernier, Monseigneur Le Gall, archevêque de Toulouse
et ancien Père Abbé de Sainte-Anne de Kergonan, osait déclarer sur les
ondes de Radio Notre Dame en parlant du Motu Proprio annoncé : «
En France, nous ne souhaitions pas ce document ».
Quel mépris, quelle arrogance envers les centaines de milliers de
familles de France attachées à la liturgie traditionnelle de l’Eglise
dont on feint encore d’ignorer l’existence.
A Monseigneur Le Gall nous disons avec une très sereine conviction :
Regardez autour de vous ! Ouvrez vos oreilles, ouvrez votre cœur, voyez
les fidèles qui vous implorent !
Vous qui avez le pouvoir de mettre en œuvre les mesures d’apaisement
déjà souhaitées par Jean Paul II, abolissez enfin l’apartheid liturgique
qui règne dans vos diocèses.
C’est dans ce contexte « surréaliste » que s’exprime Michel De Jaeghere
dont nous reproduisons un courrier publié dans Valeurs Actuelles
du 29 juin.
►
Lettre à un évêque inquiet
Par Michel De Jaeghere, journaliste, écrivain
On me dit, Monseigneur, que vous êtes inquiet. Que vous multipliez
depuis un an les voyages à Rome pour faire connaître au Saint-Père votre
préoccupation. Que vous avez exprimé votre angoisse dans des
communiqués. Que vous vous y êtes fait le relais des protestations qui
montent, dans vos paroisses, des questions que se posent les chaisières,
les conseillers synodaux et les diacres mariés.
Vous êtes inquiet et vous avez vos raisons de l’être. L’Espérance est
surnaturelle. Elle est, nous dit Péguy, un « désespoir surmonté ». Or,
selon une enquête réalisée en octobre 2006 pour le Monde des religions,
il ne reste plus que 51 % des Français à se déclarer catholiques. Ils
étaient 81 % en 1986. Vous avez perdu en vingt ans près du tiers de
votre troupeau. En 2000, pour la première fois, moins de la moitié des
enfants nés en France ont été baptisés. Les chiffres ne peuvent donc, à
vue humaine, qu’empirer.
La foi de ces catholiques a au surplus de quoi surprendre. 8 % d’entre
eux ont en effet déclaré aller à la messe tous les dimanches, 9 % une ou
deux fois par mois, 31 % pour les grandes fêtes ; 46 % seulement pour
les événements familiaux. 6 % des catholiques n’assistent jamais au
moindre office religieux ; 29 % ne prient “jamais”. 12 % ne connaissent
pas par cœur le Notre Père, 19 % le Je vous salue Marie. 17 % ne croient
pas à l’existence de Dieu (dont 6 % de ceux qui vont deux fois par mois
à la messe) ; 30 % n’ont « pas d’opinion ». Comme disait l’un de vos
confrères, vous avez « gagné en qualité ce que vous avez perdu en
quantité ».
Vous êtes inquiet, Monseigneur, comme un syndic de faillite pourrait
l’être. Car vous manquez cruellement de prêtres pour apporter la Bonne
Nouvelle à ce peuple désabusé. Au lendemain de Vatican II, les prêtres
ont abandonné le sacerdoce par milliers. Vous avez fermé les grands et
les petits séminaires. Il y avait 49 100 prêtres diocésains en activité
en France en 1965, il n’y en avait plus que 13 510 en 2005 ; au rythme
actuel des ordinations (une centaine par an), l’Église de France
pourrait ne plus compter, dans dix ans, que 4 500 prêtres de moins de 65
ans. Cette défaillance pose des problèmes incommensurables pour la
transmission de la foi, le catéchisme ou la vie sacramentelle. Il y a
des communes où l’on ne compte guère plus d’une messe par trimestre. Il
y en a d’autres où l’on détruit les églises parce qu’elles sont
désaffectées, alors que l’on construit, en France, des mosquées.
Il est vrai qu’il existe des communautés nouvelles vivaces (communautés
saint Jean, de l’Emmanuel, saint Martin), et que les communautés
traditionnelles sont en relative expansion (une vingtaine d’ordinations
par an en France). Mais elles sont éparpillées et irriguent en réalité
de petits îlots de vitalité comme les chrétiens d’Orient en pays
musulman. L’avenir de la transmission la foi catholique réside dans le
réseau des paroisses, et non seulement dans l’existence de communautés
ferventes.
Vous êtes inquiet et vous n’êtes pas seul à l’être. Le Saint-Père
multiplie les discours pour dénoncer « l’apostasie silencieuse » (le mot
est de Jean Paul II) des pays de vieille chrétienté, la « dictature du
relativisme » (celui-là est de Benoît XVI) qui, mieux que le communisme,
est sur le point d’éradiquer le christianisme d’Europe occidentale, l’«
hédonisme triomphant » qui a fait inscrire dans nos législations tant de
lois contraires aux préceptes de la morale naturelle. « S’il ne se passe
rien, déclarait le sociologue Marcel Gauchet dans un entretien paru en
2002, on peut dire que dans un siècle, il ne restera en Europe plus
grand-chose du christianisme. » (Chrétiens, tournez la page,
Bayard).
Au moment de conclure cette lettre, je viens de relire votre communiqué,
Monseigneur, et j’avais lu trop vite, je vous demande de me le
pardonner. Ce dont vous êtes inquiet, j’ai du mal à le croire, c’est de
la publication prochaine d’un décret qui devrait reconnaître droit de
cité à la messe grégorienne (celle de saint Pie V). Vous êtes inquiet
parce qu’il sera bientôt loisible aux prêtres qui le souhaitent de la
célébrer comme vous l’avez célébrée vous-même, quand vous fûtes ordonné.
Qu’il vous sera possible d’employer les dizaines de prêtres que vous
laissez sans ministère, en exil intérieur, suspects, parce qu’ils la
célèbrent. Vous êtes inquiet parce que ce geste pourrait déboucher
(premier succès jamais enregistré par l’œcuménisme !) sur la
réconciliation avec les fidèles entrés en dissidence après le concile
parce qu’ils avaient le sentiment que l’héritage des siècles n’était
plus défendu, dans l’Église, comme il le méritait. Je vous avais mal
jugé, Monseigneur : je vous avais pris pour un père.
Michel De Jaeghere vient de diriger la publication d’un ouvrage
collectif : “Le christianisme va-t-il disparaître ?”, éditions
Renaissance catholique, 368 pages, 24 e.
http://www.renaissancecatholique.org/
► Les commentaires de Paix Liturgique
- Comment ne pas approuver ces propos tenus par Michel De Jaeghere !
Mais ajoutons :
- Comment Monseigneur Le Gall peut-il sérieusement affirmer, dans les
colonnes de La Croix en date du 13 octobre 2006, « En France,
nous avons fait un grand travail de formation en matière de liturgie. Et
même s’il reste encore beaucoup à faire, nous n’en sommes plus aux
errements des années 1970 ! Je pense que notre pays, plus que d’autres,
a trouvé un équilibre en la matière », alors que des centaines de
milliers de fidèles souhaitent, sans en avoir la possibilité matérielle,
vivre leur foi catholique au rythme de la liturgie traditionnelle (Voir
sondage IPSOS de novembre 2006).
- Le sondage effectué ce week-end par le Figaro auprès de 12000
personnes le confirme : 66 % des personnes – c’est-à-dire les 2/3 des
votants – sont favorables à cette libéralisation ! (Voir
www.lefigaro.fr).
- Et face à cela, face à cette forte demande, que font nos pasteurs ?
- Que fait Monseigneur Daucourt évêque de Nanterre qui charge son
exécuteur le « père » Yvon Aybram d’anéantir la naissance d’une nouvelle
communauté jeune et dynamique à Nanterre ? (
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)
- Que fait Monseigneur James, évêque de Beauvais qui malgré une année
d’expérience satisfaisante bride sur les conseils du père Hublier
l’heureux épanouissement de la jeune pousse traditionnelle de Beauvais ?http://sanctuslucianus.googlepages.com/
- Que fait Monseigneur Maillard, évêque de Laval qui n’accepte la mise
en place d’une messe dans son diocèse qu’après avoir tenté par tous les
moyens d’étouffer la postérité spirituelle de l’abbé Chéhère (Voir
l’affaire de Niafles
http://soleil151.free.fr/niafles/index.htm)
- Pourquoi dans le diocèse d’Annecy laisse-t-on par exemple un prêtre
zélé sans réel ministère dans sa bergerie alors que des dizaines de
familles souhaiteraient pouvoir assister officiellement à Annecy même,
chaque dimanche, à la liturgie traditionnelle ?
- Pourquoi d’une manière incantatoire nous répète-t-on le contraire de
ce que demain va nous dire le Motu Proprio en refusant les
baptêmes, les confirmations ou les funérailles dans le rite
traditionnel.
Voila pourquoi nous implorons le Saint-Père de publier au plus vite un
document qui clarifiera les esprits et établira, nous n’en doutons pas,
la paix dans les esprits de millions de fidèles et de milliers de
prêtres.
Sylvie Mimpontel
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