Rome rappelle que l'Eglise catholique
est la véritable Eglise du Christ - La Croix, Isabelle de Gaulmyn 11 juillet 2007
Rendu public mardi 10
juillet, un document de la Congrégation pour la doctrine de la
foi, sous forme de cinq question-réponses, reprend les
affirmations déjà contenues dans la déclaration
"Dominus Iesus" publiée en 2000
L’Église
du Christ ne subsiste que dans l’Église catholique, «
gouvernée par le successeur de Pierre », alors que les
autres confessions chrétiennes sont « victimes de
déficiences ». Par cette affirmation, dans un document
rendu public mardi 10 juillet, la Congrégation pour la
doctrine de la foi veut répondre aux «erreurs et
ambiguïtés» qui ont caractérisé «
certains aspects de la doctrine sur l’Église » après
Vatican II.
En réalité,
ce texte reprend une nouvelle fois les thèses déjà
explicitées dans la déclaration Dominus Iesus,
signée en septembre 2000 par le cardinal Joseph Ratzinger,
alors préfet de cette Congrégation, et énonçant
que l’unique voie de salut se trouve dans l’Église
catholique, et non dans d’autres formes d’Églises
chrétiennes.
En pleine année du Jubilé,
Dominus Iesus avait profondément irrité les
protestants : en les qualifiant de « communautés
ecclésiales » et en leur refusant la qualité
d’Églises, il semblait nier les progrès accomplis
depuis Vatican II dans le dialogue œcuménique.
Le
texte de mardi ne fait que confirmer Dominus Iesus, cette fois
sous forme de cinq « questions-réponses ». Il est
accompagné d’un article paru mardi soir dans
L’Osservatore Romano, le journal du Saint-Siège (Pour
lire l'article, cliquez ici).
Un problème d'interprétation du Concile
De
quoi s’agit-il ? Encore une fois, d’un problème
d’interprétation du Concile, plus précisément
de la fameuse affirmation de Vatican II (constitution Lumen
gentium, n. 8), selon laquelle « l’unique Église
du Christ subsiste dans l’Église catholique ». À
l’époque, cela avait constitué un progrès dans
le dialogue œcuménique. En effet, on enseignait jusque-là
que l’Église du Christ « est » l’Église
catholique romaine, hors de laquelle il n’existe pas de réalité
ecclésiale.
L’œcuménisme n’était
possible, dans cette logique, que par réintégration
dans le giron catholique. Le Concile, en posant que l’Église
comme société constituée et organisée en
ce monde « subsiste dans » l’Église catholique,
a signifié qu’en dehors des limites de la communauté
catholique ce n’est pas le « vide ecclésial »,
et ouvert ainsi des perspectives au dialogue avec les autres
confessions chrétiennes.
Aux yeux de la Congrégation
de la foi, et du pape, ce « subsiste en » a été
ensuite mal interprété. On a voulu faire croire,
explique le commentaire du document de mardi, que l’unique Église
du Christ pouvait subsister aussi en de nombreuses Églises, et
que l’Église catholique était une voie de salut parmi
d’autres. C’est se rendre coupable de « relativisme
ecclésiologique ». Ce à quoi le document apporte
sa réponse en cinq points.
Vatican II en continuité avec ce qui précède
D’abord,
il déclare que Vatican II n’a en rien changé la
doctrine antérieure sur l’Église, mais s’est
contenté de l’approfondir. C’est la conviction forte de
Benoît XVI : il faut interpréter le Concile non comme en
termes de rupture, mais de continuité par rapport à ce
qui a précédé. Il énonce ensuite que
l’Église catholique est « l’unique Église du
Christ ».
En effet, explique L’Osservatore Romano,
il s’agit de « sauvegarder l’unité et l’unicité
de l’Église qui ferait défaut si l’on admettait que
puissent exister plusieurs substances de l’Église fondée
par le Christ ». Le terme choisi – « subsiste » –
l’aurait été « précisément pour
mettre en lumière le fait qu’il existe une seule subsistance
de l’Église catholique, alors qu’en dehors de son ensemble
visible existent seulement des éléments ecclésiaux
».
Troisième point, donc : il existe bien, en
dehors de l’Église catholique, des éléments de
sanctification dans les autres communautés chrétiennes.
Mais ils opèrent par l’intermédiaire de l’Église
catholique : leurs forces « dérivent de la plénitude
de grâce et de vérité qui a été
confiée à l’Église catholique ».
Le
texte évoque alors les « déficiences des autres
Églises et communautés ecclésiales » : un
langage juridique qui risque de ne pas être compris comme tel.
Quatrième point, l’appellation d’« Église
sœur » reconnue aux Églises orientales, notamment
orthodoxes : ces Églises ont de « vrais sacrements »,
« surtout en vertu de la succession apostolique ». Mais,
comme le déclarait déjà Dominus Iesus,
elles ne sont sœurs que des Églises catholiques
particulières, et non de l’Église catholique en
général, car elles ne reconnaissent pas «
l’évêque de Rome et successeur de Pierre ».
Le Conseil pour l'unité des chrétiens pas informé
Enfin,
la Congrégation pour la doctrine de la foi réitère
le refus de qualifier d’Églises les communautés
issues de la Réforme, malgré le chemin œcuménique
parcouru depuis Vatican II – ce qui ne manquera pas de provoquer
des réactions protestantes.
Ce document ne
semble cependant pas destiné aux acteurs du dialogue
œcuménique. Au Conseil pontifical pour l’unité des
chrétiens, on avoue même ne pas avoir été
mis au courant de son existence, et le commentaire de L’Osservatore
Romano rappelle que le dialogue œcuménique «
demeure toujours une des priorités » de Rome.
Sans
doute, comme le confie un membre de la Curie, s’agit-il là
d’un texte sur lequel le cardinal Ratzinger avait lui-même
travaillé alors qu’il était encore en charge de la
doctrine de la foi, pour répondre aux critiques soulevées
par Dominus Iesus au sein même de l’Église
catholique. Peut-être aussi cette réaffirmation d’une
seule Église du Christ en l’Église catholique
veut-elle rassurer les milieux intégristes, qui craignent que
l’œcuménisme ne fasse perdre son identité à
l’Église. La sortie de ce document, quatre jours seulement
après le motu proprio libéralisant le rite tridentin,
ne serait alors pas totalement fortuite.
Isabelle de Gaulmyn (Rome)
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