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| Revue de Presse - Le Bulletin d André Noël | |
| 14-07-2007 | |
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Benoît XVI libéralise enfin l'usage du rite tridentin
Au
passage, le souverain pontife fait observer que le
rite «ancien» n'a jamais été aboli, ce qui rend paradoxal le fait qu'il faille une
autorisation pour le célébrer. Pourquoi doit-on permettre aujourd'hui ce qui
n'a jamais été interdit hier ? Il a donc été toujours licite de dire la messe
selon l'ordo tridentin contrairement à ce qu'on nous disait et les
prêtres qui le faisaient ne désobéissaient
nullement. Que la messe de S.Pie V
n'était pas interdite, des hommes comme Louis Salleron et Jean Madiran — entre autres — l'on dit,
affirmé et prouvé, arguments doctrinaux et canoniques à l'appui, dès que l'épiscopat
français a voulu donner force de loi exclusive à la nouvelle messe. On ne les a
pas réfutés. On les a condamnés, «
disqualifiés », excommuniés de fait ! Il
serait, non pas charitable, mais équitable que ces hommes de courage qui
ont affirmé il y a quarante ans ce que le
pape proclame en 2007, fussent réhabilités publiquement comme ils furent dénoncés publiquement, à la
face de l'Eglise de France.
Il est permis d'imaginer quel aurait été le visage
de l'Eglise si la messe de tant de saints et de papes avait continué à
coexister pacifiquement avec le
nouveau rit à la fin du siècle dernier au lieu d'être en 1970 injustement
bannie du jour au lendemain en même temps que se dégradaient mortellement la
culture et l'expression religieuses forgées au cours de deux millénaires ! Certes, nul ne pp ;t affirmer savoir ce
qu'eût été exactement alors le visage de l'Eglise. Il
est toutefois certain que l'égalité d'estime
et de traitement entre l'ancien missel et le nouveau, aurait évité bien des
drames de conscience à des
catholiques déchirés entre leur
attachement à la messe de toujours et leur fidélité à une Eglise leur
enjoignant d'y renoncer. Un tel comportement, révélateur de paix et de charité, n'aurait en rien affecté l'unité
de l'Eglise puisque, de tout temps — et encore maintenant avec les rites orientaux — il y a eu coexistence,
au moins momentanée, entre des rituels différents. C'est, au contraire, l'interdiction de la messe
tridentine qui a déchiré la robe sans couture de l'Eglise.
On nous objectera que les
détracteurs du missel dit « de Paul VI » ne voulaient pas seulement que celui
de Pie V subsistât à côté du premier. Ils
refusaient le nouveau rituel, l'accusant de favoriser l'hérésie par certaines
formules ambiguës. Les cardinaux Ottaviani et Bacci publièrent un «
Bref examen » allant dans ce sens. Mais, au-delà de la valeur intrinsèque des
arguments invoqués contre le nouvel ordo, il y eut un contexte qui alimenta
toutes les suspicions.
Notamment le zèle, et même l'acharnement,
de l'épiscopat français à vouloir imposer la « nouvelle
messe » d'un seul coup,
sans ménager de nécessaires transitions pour respecter la sensibilité des
fidèles. « Que dissimule cette volonté d'éradiquer
la messe de S.Pie V », se
demandèrent légitimement nombre de catholiques ? On accusa de désobéissance ceux
qui voulaient demeurer fidèles à « l'ancienne » messe. Or, parallèlement, les
mêmes évêques ne prenaient aucune sanction
contre des prêtres coupables de bien plus graves désobéissances qui dénaturaient
l'eucharistie quand ils n'allaient pas jusqu'à nier la présence réelle,
la divinité du Christ ou la virginité de Marie. L'hérésie n'était plus
sanctionnée dans l'Eglise, les évêques ne la voyaient nulle part, alors qu'elle
sautait aux yeux. On comprend dès lors que certains fidèles aient fini par la voir partout, y compris dans la « nouvelle messe
» et à en souffrir. C'est ce que constate Benoît XVI dans son motu
proprio quand il évoque « les déformations à la limite du supportable »,
déformations « arbitraires qui ont profondément blessé des personnes
totalement enracinées dans leur foi ».
Il serait bon que les évêques d'aujourd'hui, au nom de
ceux d'hier, demandent pardon à ces fidèles-là pour avoir méprisé leurs souffrances. Notre Eglise qui entre si volontiers en
repentance à propos de tant d'errements du passé dont auraient été victimes des communautés ou des peuples
divers, ne peut-elle le faire une fois de plus, cette fois en faveur des
catholiques qui se proclament
attachés à la tradition ? Peut-être que la dissidence de Mgr Lefebvre aurait pu
être évitée si la messe traditionnelle
n'avait pas été déclarée hors la loi , certes son opposition se nourrissait
d'autres motifs, mais la question de la messe fut un abcès de fixation
qui lui rallia des fidèles qui, jusque-là, n'avaient décelé nulle malice dans
le Concile Vatican Il.
Tout est-il donc bien qui finit bien ? Hélas ! non. Même
si Benoît XVI
remarque, à juste titre, que le rite tridentin est redécouvert par des jeunes qui
ne l'ont jamais connu, il y a au moins deux générations qui en ont été privées
et qui ne comprennent plus un mot de latin. Y compris parmi les prêtres. C'est sur cette rupture
culturelle que compte l'épiscopat français pour éviter que la messe « ancienne » ne
séduise à nouveau les fidèles et ne fasse tache d'huile. Mgr Ricard, président
de la conférence des évêques, a confié au « Monde » (8 juillet) .- « Le
centre de gravité de la décision a changé, mais
la gestion des demandes reviendra de fait à l'évêque, car les prêtres ne seront
pas en mesure d'y répondre. Faute de
disponibilités et faute de formation. » Disponibilité ? Ils n'auront pas à dire deux fois plus de messes ! Il
leur sera loisible de remplacer une
messe « nouvelle » par une messe « ancienne » ? Formation ? A qui la faute si
ce n'est aux évêques qui ont pratiquement exclu, de fait, l'enseignement
du latin des séminaires et, à plus forte raison, la célébration selon le missel
de S.Pie V ? Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes, Messeigneurs !
P.R. |
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