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Distinctions et nuances (III) Quelque chose comme un parti dans l’Eglise
La
libération de la messe traditionnelle, programmée pour le 14 septembre
prochain, a été longuement retardée par une sorte de parti
ecclésiastique solidement implanté dans la curie romaine et dans le
noyau dirigeant de notre conférence épiscopale. Il n’a probablement pas
dit son dernier mot.
Benoît XVI
a donné des explications qui ne sont pas sans portée historique dans
son Motu proprio du 07-07-07 et dans la Lettre aux évêques qui
l’accompagnait.
Elles sont venues confirmer, éclairer et
préciser ce qui commençait à apparaître lorsqu’on s’efforçait de mettre
en perspective les péripéties traversées pour parvenir à libérer la
messe traditionnelle.
Jean-Paul
II n‘était pas obsédé par les problèmes liturgiques, c’est le moins
qu’on en puisse dire. Mais il avait reçu sans tarder Mgr Lefebvre en
audience privée, il avait dès 1980 ordonné une enquête officielle sur
le sujet, et quatre ans plus tard sa décision était annoncée : tout
simplement, consentir sans faire de chichis la messe traditionnelle à
tous ceux qui le demandaient.
Il a fallu vingt-sept années pour y arriver.
L’enquête
de 1980, menée auprès des évêques par la congrégation du culte que
présidait le cardinal Knox, avait audacieusement conclu qu’il
n’existait plus aucun problème concernant la messe traditionnelle,
pratiquement disparue et oubliée.
Quatre ans plus tard (quattuor abhinc annos)
Jean-Paul II ne cache plus qu’il a été trompé, que « le problème
subsiste », il entend associer les évêques à sa solution, il leur donne
par décret la faculté de consentir la messe traditionnelle aux prêtres
et aux fidèles qui en font la demande.
La plupart des évêques veulent comprendre que par la circulaire Quattuor abhinc annos le Pape leur donne mission non pas de consentir mais de refuser. Ils sont incités à une telle interprétation par le fait que le cardinal Knox a introduit dans Quattuor abhinc annos
une cascade de réglementations inapplicables, jusqu‘à la plus
rocambolesque, qui exige que les célébrations éventuelles soient
strictement fermées, comme des célébrations maçonniques.
En 1988, mais cette fois au milieu de circonstances dramatiques, Jean-Paul II réitère aux évêques, dans Ecclesia Dei, la
requête de consentir la messe traditionnelle avec « la plus large
générosité ». Le résultat sera aussi décevant qu’en 1984. Benoît XVI
le constate officiellement en 2007, et pour cette raison règle
directement lui-même l’affaire avec les curés de paroisse, en passant
par-dessus la tête des conférences épiscopales.
Pour
pouvoir s’y opposer aussi longtemps, il a fallu à l’intérieur de
l’Eglise un réseau anciennement constitué, animé par une idéologie
politico-religieuse issue du modernisme et de la démocratie-chrétienne
sillonniste. A partir de ce réseau s‘était formé, dans les dernières
années du pontificat de Pie XII, un parti
que l’on peut en l’occurrence appeler le parti montinien. Il s‘était
mobilisé pour porter son éponyme au souverain pontificat. Durant les
quinze années du pontificat de Paul VI (1963-1978), des montiniens
triomphants furent installés un peu partout : au sein du collège
cardinalice, aux postes clés de la curie romaine, dans le noyau
dirigeant des conférences épiscopales. En 1978 Jean-Paul II avait
trouvé le Vatican et l’Eglise dans un état fort avancé
d’autodestruction, et il s‘était aussitôt entouré de compatriotes
polonais, ne sachant pas au juste sur qui compter et de qui se méfier
au sein de la curie. Et sous son règne nous ne comprenions pas pourquoi
il semblait tellement tergiverser sur la messe. Sans doute pensait-il
qu’il convenait d‘éviter ce qui aurait risqué de casser la baraque.
JEAN MADIRAN
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