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D’une foi héritée à une foi choisie
Pendant cinq semaines s’est poursuivie une enquête quotidienne recherchant « quel avenir pour le christianisme ? »
Cela mérite peut-être que l’on s’y arrête au passage, ne serait-ce que
pour voir dans quelle mesure les chercheurs ont aperçu que l’avenir du
christianisme est au Ciel. Car ce qui nous a été enseigné, c’est que
notre Créateur fait durer le monde jusqu‘à l’achèvement du nombre des
élus. Et que nous sommes sur la terre pour cela.
L’enquête était animée par le directeur religieux de La Croix, un dénommé MK en abrégé.
Son
idée est que le christianisme est en train de passer d’une foi héritée
à une foi choisie, et que ce passage est nécessaire et bon, il y
adhère.
Sa
contribution personnelle est l’annonce d’une « foi déliée des
bandelettes d’un magistère oppressant ». Il nous prévient qu’il s’agit
d’une « mutation historique considérable ». Certes !
Délaissant
un « christianisme transmis de génération en génération par une sorte
d’appartenance passive » nous devons effectuer le « passage » à « une
foi de libre choix ». Les chrétiens « de tradition » ont reçu en
héritage les bonnes vieilles « habitudes » chrétiennes. C’est MK qui
met habitudes entre guillemets, c’est une citation, en effet pour le christianisme les vertus sont en latin des habitus. Les « bonnes vieilles “habitudes” chrétiennes » sont les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales. Fameux déblayage.
Les
chrétiens de tradition, MK les voit stagnant dans leurs « sentiers
battus », incapables de faire place « à la fraîcheur et à la ferveur »
des convertis à la foi nouvelle. Ces convertis sont en train de
« réajuster le projet ecclésial selon un critère de conviction ». Et
c’est « tellement mieux » ainsi ! Oui, MK en est convaincu et voudrait
nous en convaincre : « On croit aujourd’hui beaucoup moins (en nombre
de fidèles), mais tellement mieux qu’hier. » Ah ! Une telle conviction
brille par son étonnante piété filiale…
Selon
la dialectique MK, il y aurait donc, dans la communauté chrétienne,
opposition entre la foi de libre choix et l’appartenance passive à une
foi héritée ; opposition entre d’une part la foi liée aux bandelettes
d’un magistère oppressant et d’autre part la foi de conviction. Cette
dialectique oppose aux sentiers battus la ferveur des fraîchement
convertis, elle oppose aux bonnes vieilles habitudes la vitalité d’une
conviction personnelle. C’est une mauvaise action.
Car
une telle dialectique n’est pas celle d’Aristote. Elle n’est pas non
plus celle de La Fontaine : si le fabuliste oppose la cigale et la
fourmi, le corbeau et le renard, etc., ce n’est pas pour créer deux
tendances, deux camps rivaux dressés l’un contre l’autre et destinés à
se contrarier. La dialectique MK est marxiste, et même léniniste. C’est
Lénine en effet qui imagine théoriquement la contradiction dans
l’essence des choses ; et pratiquement sa dialectique travaille à créer
artificiellement à l’intérieur d’une communauté (chrétienne ou
naturelle) deux mobilisations face à face, condamnées à se combattre.
Les oppositions de MK sont artificielles en ce qu’elles ont exclusives
et caricaturales. La foi héritée de génération en génération n’est pas,
de soi, une appartenance passive, incapable de ferveur ; les liens du
magistère ne sont pas incompatibles avec une conviction personnelle,
mais au contraire ils réclament une conviction personnelle plus forte
que le libre caprice.
Je suppose bien que MK n’est point
marxiste en matière d‘économie politique, de propriété des instruments
de production ou de dictature du prolétariat. Il l’est, probablement
sans le savoir, en matière de stratégie religieuse et de philosophie
générale.
A
suivre MK à la lettre, la catéchèse et le baptême devraient donc être
réservés aux adultes capables d’un choix motivé. On a déjà réalisé dans
la plupart des diocèses la suppression du petit catéchisme pour enfants
baptisés. L’offensive contre le baptême des petits enfants semble
suspendue, mais elle demeure dans la logique inhérente au passage d’une
foi héritée à une foi choisie. A demain.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 6489 du jeudi 20 décembre 2007
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