chorale

Gardons le contact

Inscrivez-vous à notre lettre. Nous vous écrirons.






Tradition et Magistère vivant Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
>>> Livres - Livres sur la doctrine
25-01-2008
Mgr Fernando RIFAN, Tradition et Magistère vivant, Éditions Sainte Madeleine - Le Barroux, 2007, 121 pages, 14 Euros. 
 
Sous la signature de Mgr Rifan, administrateur apostolique de la communauté Saint Jean-Marie Vianney sise au Brésil dans le diocèse de Campos, paraît aujourd'hui une Orientation dite « pastorale » destinée aux prêtres et aux fidèles après la publication du Motu proprio Summorum pontificum concédé par le pape Benoît XVI. L'auteur ajoute dans son Introduction : « Je crois qu'elle pourra être utile aussi aux autres prêtres et fidèles surtout de langue française. C'est ce souhait, si bien manifesté, qui se retrouve à l'origine de la publication en langue française assurée par les éditions Sainte Madeleine du Barroux sous le titre : Tradition et Magistère vivant. »

Traditions brésiliennes

Mgr Rifan entend placer ici sa réflexion dans l'orbite de la pensée du Saint Père cherchant le chemin de la « réconciliation interne à l'Église » soumise présentement à deux formes d'expression de la prière liturgique l'une, « ordinaire », qui implique une plus grande participation de la communauté des fidèles, l'autre « extraordinaire » qui est davantage signifiante de la sacralité et de la révérence due au mystère eucharistique.

Tâche bien ardue que cette réconciliation voulue par la Rome pontificale après tant d'années de rivalités et de désordres à tous les niveaux de la hiérarchie ecclésiale : le pape Benoît XVI affirme néanmoins que les deux formes liturgiques en usage au sein du rite romain, pouvaient « s'enrichir » mutuellement plutôt que d'être opposées, le missel ancien bénéficiant de nouvelles préfaces et l'apport des prières concernant les nouveaux saints, le missel de Paul VI manifestant de façon plus forte la sacralité qui attire de nombreuses personnes dans le rite ancien. Mgr Rifan n'en citait pour preuve que la liturgie usitée à l'occasion de la cinquième conférence du CELAM à Apareicida (Brésil) le 16 mai 2007 : le cardinal Castrillon-Hoyos, présent, avait observé que la cohabitation « pacifique  des deux formes de l'unique rite romain, était devenue une réalité et espérati qu'un tel modèle produirait de bons fruits aussi dans d'autres lieux de l'Église où vivent ensemble des fidèles catholiques de sensibilités liturgiques différentes. »  

Cette situation idéale qui règne dans le diocèse de Campos (Brésil) mériterait certainement des explications plus nuancées qui n'apparaissent pas assez présentement : l'Administration apostolique Saint Jean-Marie Vianney bénéficie depuis 2001 de la concession, par le Saint Siège, de l'exclusivité de la « liturgie extraordinaire » de la messe romaine. À partir de ce centre s'opèrent avec les autres diocèses et paroisses proches, des relations excellentes de voisinage par la mise à disposition de prêtres pour le soin pastoral local d'autres fidèles « traditionalistes ». Par contre, l'allusion ci-dessus rapportée par le constat fait par le cardinal Castrillon-Hoyos, concerne l'existence des deux formes du rite romain célébrées à Campos. Rappelons que cette chrétienté brésilienne menaçait, à la fin du XX ͤ siècle, de faire schisme après le sacre irrégulier de quatre évêques par Mgr Marcel Lefebvre et Mgr de Castro Mayer. La rupture fut évitée dès lors que Rome consentit à maintenir la liturgie antéconciliaire dans cette région du monde. On mesure alors l'importance de l'évolution produite.

Les destinataires de l'ouvrage  

La pensée du prélat de Campos se révèle complètement lorsqu'il déclare écrire davantage pour les catholiques de tendance plutôt conservatrice que pour les autres. Il ajoute même que la finalité de son Orientation « n'est pas proprement de traiter des nombreux abus et erreurs que l'on rencontre dans l'aile progressiste de l'Église, mais plutôt, outre de conforter et d'animer « ceux qui luttent pour la tradition doctrinale, liturgique et disciplinaire catholique, de mettre ceux-ci en garde contre les erreurs qui s'infiltrent jusque dans les tendances les plus conservatrices. »

Car, dit encore Mgr Rifan, « si, d'un côté, nous nous plaignons de la protestantisation liturgique au sein de l'aile la plus progressiste, nous regrettons aussi profondément une infiltration du principe protestant du « libre examen » dans les milieux traditionalistes. Beaucoup ne font aucun cas des documents du Magistère actuel, et ne les lisent même pas. Beaucoup se posent de façon absurde en juges du Magistère voire en juges à la place du Magistère. »

La fonction du Magistère  

L'insistance de Mgr Rifan sur la présence du Magistère est ici capitale, non pas seulement parce qu'elle constitue la mise en garde élémentaire au sein de désordres nés dans l'Église, mais parce qu'en l'occurrence, elle se comporte comme le voyant « alarme » qui s'allume et provoque l'attention salutaire des « christifieles » prêtes à adopter des positions à la plus ou moins grande déviance. 

L'histoire des quarante dernières décennies (à majorer) qui ont suivi la clôture du concile Vatican II abonde en faits multiples chez ceux qui, faute de mieux, ont invoqué la tradition liturgique de l'Église romaine comme bouclier d'autodéfense. Certes doit-on reconnaître que l'Administrateur apostolique de Campos est fort bien placé pour diagnostiquer le degré de crise atteint par l'Église. Peut-être, mais seulement  « peut-être », est-il maladroit en évoquant à plusieurs reprises, les interventions écrites de Mgr de Castro Mayer comme le meilleur des évêques prenant la défense du Magistère de l'Église : ce dernier l'avait sanctionné d'une suspense a divinis  pour avoir participé à un sacre épiscopal sans l'autorisation du Siège Apostolique. Il est vrai, cependant, que ces interventions sont de qualité et on verrait plutôt dans l'attitude de Mgr Rifan l'immense affection qu'il gardait néanmoins à son père spirituel malgré la sanction dont celui-ci avait été frappé. 

Mgr Rifan rappelle judicieusement la leçon du Seigneur : « Qui vous écoute, m'écoute, qui vous rejette me rejette et qui me rejette, rejette Celui qui m'a envoyé (Luc 10.16) ». Et il cite maints souverains pontifes confirmant l'absence d'errance de l'Église et de son Magistère. Toutes ces citations sont à redécouvrir et il est salutaire de définir les directives qu'impose l'Autorité de l'Église, notamment en matière liturgique. Le pape Pie XII, dans son encyclique Mediator Dei distinguait, dans ce domaine, les éléments « humains » parfaitement modifiables et les éléments « divins » qui ne le seront jamais.

Au sujet de la réforme postconciliaire, Mgr Rifan observe que les cardinaux Ratzinger, Antonelli et Gagnon ont émis maintes réserves « quant à la manière dont fut faite la réforme liturgique (de 1969), spécialement dans son application pratique » mais ils demeurèrent toujours à l'intérieur des limites permises par la doctrine catholique, dogmatique et canonique, et dans le respect envers le Magistère de l'Église : « ces limites nous empêchent de dire que la messe promulguée par le pape Paul VI serait hétérodoxe ou non catholique : c'est sa promulgation officielle, et non son mode de confection, qui en fait un document du Magistère de l'Église ».

Du rappel de ces principes, Mgr Rifan déduit : « Refuser continuellement et explicitement de participer à toute messe dans le tite célébré par le pape et par tous les évêques de l'Église, pour la raison qu'on juge que ce rite, en lui-même, est incompatible avec la foi catholique ou péccamineux, représente un refus formel de communion avec le pape et avec l'épiscopat catholique ». Inversement, Mgr Rifan ajoute : « Cela ne veut absolument pas signifier que nous sommes en train d'approuver les abus et profanations qui se produisent avec une certaine fréquence dans les messes célébrées selon le nouveau rite. » Michaël Davies, ancien Président de la Fédération internationale Una Voce († 2004) concluait, pour sa part : « Aucun vrai pape ne pourrait imposer ou même autoriser pour un usage universel un rite liturgique qui serait en lui-même dommageable pour les fidèles. »

Incertitudes 

Mgr Rifan propose finalement un bon remède à ceux qui constituent la branche conservatrice de la chrétienté actuelle et qui leur évitera d'avoir parfois des cas de conscience : « Pour les motifs légitimes que nous indiquons ici, on peut toujours participer à la seule messe traditionnelle ». C'est la raison d'être du Motu proprio Summorum pontificum concédé par le pape Benoît XVI : procurer aux prêtres et aux fidèles un accès légitime et tranquille à ce trésor liturgique de l'Église. 

Pour bon nombre de catholiques, clercs ou laïques d'aujourd'hui, la proposition de Mgr Rifan reste encore plus facile à dire qu'à réaliser puisque le Motu proprio du pape Benoît XVI a été concédé récemment. Il faudra donc attendre. Mais, ce que dit Mgr Rifan était encore plus impossible auparavant à réaliser. Les textes du nouveau missel romain concédé le 3 avril 1969 par le pape Paul VI, étaient en principe applicables le 30 novembre d'après, ce qui avait pour conséquence, d'en supprimer l'usage au même titre que le latin, langue sacrée de l'Église romaine et par suite le chant grégorien, « simple vêture de soie » pour orner la liturgie (!) 

Depuis un certain nombre d'années, les auteurs liturgistes faisaient valoir que ce nouveau missel romain justifiait sa présence comme étant le fruit du concile Vatican II, ce qui était totalement faux bien que cela fût écrit ou pensé à tort. Dans la mesure où Sacrosanctum Concilium avait souhaité expressément des modifications dans l'ordo missae celles-ci avaient été publiées, à grand renfort médiatique, en 1965 et 1967. On en vient à recouvrer cette salutaire vérité que la constitution du 3 avril 1969 institue un deuxième missel sans lien ni dépendance avec la discipline liturgique antérieure. 

Pendant plus de quarante ans, les insuffisances de cette réforme ont été particulièrement démontrées et un nouveau vocabulaire paraît pour désigner les deux formes de l'unique rite romain. L'ordinaire pour dénommer le novus ordo ; l'extraordinaire pour qualifier la messe traditionnelle restaurée. Or, ces deux termes ont un sens latin bien précis que l'Église pratique. Sommes-nous assurés que ce sens sera respecté ? Reconnaissons que toutes les déviances sont plausibles dans un monde liturgique qui a transformé trop souvent l'action sacrée en « show » selon l'expression du cardinal Ratzinger et qui rend nécessaire une « réforme ». 

Le terme ordinaire signifie trop souvent à notre époque une banalité par opposition avec le caractère unique de ce qui est extraordinaire. On ne voit pas pourquoi la messe ordinaire serait la plus fréquemment célébrée alors que celle qui est jugée extraordinaire serait réservée aux jours les plus festifs. Un peu comme pour la mère de famille qui dispose le pantalon blue jean sur la chaise de son garçon pendant toute la semaine et réserve le meilleur pantalon en beau tissu pour le dimanche !

Peut-on également penser un instant que les fidèles restés en place dans les lieux de culte consentiront à suivre un liturgie rectifiée par les soins d'un pasteur charitable s'il y a « réforme de la réforme » ?!

Quand se feront les messes de forme extraordinaire ? Et pourvu que le ou les lieux de culte prévus dans les diocèses ne soient pas isolés, éloignés au point d'être rejoints après 100 km de mauvaises routes et 10 à 20 litres de carburant consommés.

On évoque de plus en plus souvent les jeunes qui fréquentent les messes de forme extraordinaire. Or, dans les formations de jeunesse, les responsables vont se trouver devant un cas de conscience difficile à régler entre ceux qui, le dimanche, ont découvert la liturgie somptueuse du missel antéconciliaire et ceux qui participent habituellement aux messes de forme « ordinaire ». En pareil cas, les ruptures se dessinent. 

Prions pour avoir la Foi qui soulève les montagnes ! 

François Pohier

 
Suivant >