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Quelques commentaires sur ces fascinants Chartreux... Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
15-02-2008

La vidéo sur une Procession eucharistique chez les moines Chartreux, actuellement sur notre site, se laisse voir comme le film, "Le Gand Silence" dont elle est issue. Mais il n'est pas superflu d'apporter quelques commentaires... 

L’auteur a retenu, pour des raisons « spectaculaires » (à l’encontre de la proverbiale humilité cartusienne) la cérémonie de la Fête-Dieu avec procession dans le cloître et Adoration du Saint Sacrement exposé, une pratique très rare chez les Chartreux dont la prière personnelle s’effectue de façon solitaire.

Et si le sujet vous intéresse, voici en partie  ce que vous découvrirez dans le prochain numéro d'Una Voce...

 

L’Office de nuit à la Grande Chartreuse

 

  • L’Ordre des Chartreux (O. Cart.)

Blotti au pied ouest du Grand Som (2026m), le monastère de la Grande Chartreuse est situé dans le diocèse de Grenoble. C’est là, au fond d’une combe humide, véritable désert glacé qu’en juin 1084, saint Bruno arriva avec cinq compagnons et décida de s’installer.

À l’époque, la démarche n’avait rien d’extraordinaire. La recherche d’un monachisme primitif et solitaire, à la manière des premiers moines d’Égypte comme saint Antoine et saint Pacôme, était dans l’air du temps et les ermites devenaient une sorte de modèle de référence. Mais l’originalité de Bruno est d’avoir institué une communauté de solitaires.

De la conception que Bruno avait de la vie cartusienne, il reste peu de documents. Seules deux lettres et une profession de foi. À la suite de Bruno, Guigues Ier tracera plus précisément les contours de la vocation cartusienne, telle qu’elle sera transmise de génération en génération. Depuis, selon la devise latine : « Cartusia nunquam reformata qui nunquam deformata », l’ordre des Chartreux a traversé les âges et les crises sans se déformer ni (presque) se réformer.

L’ordre s’adonne à la vie érémitique, tempérée par certaines observances cénobitiques parmi lesquelles figure l’office choral dont nous allons donner plus avant de plus amples informations.

Ces principes de vie sont comme inscrits dans l’architecture de l’espace et du temps. La séparation du monde est réalisée par la clôture. Le chartreux ne sort du monastère que pour la promenade communautaire hebdomadaire. Il ne reçoit pas de visites, si ce n’est celle de la famille proche, deux jours dans l’année. Il n’exerce pas d’apostolat à l’extérieur. Son courrier est limité à quelques lettres d’une page à la famille, à quoi il faut ajouter le courrier autorisé pour le travail.

Il n’y a par ailleurs ni radio, ni télévision dans le monastère. Les quelques journaux reçus  sont dépouillés par le bibliothécaire-archiviste et c’est le prieur (qui est aussi, à la Grande-Chartreuse, le Révérend Père général) qui choisit ce qu’il est souhaitable de communiquer aux frères.


  • Philippe Gröning, Le grand silence (DVD simple), 2007, Diaphana, diffusé par TF1 Vidéo,  19,90 € environ.

C’est le titre d’un film documentaire réalisé par Philip Gröning (né en 1959) qui, dès 1984 avait adressé une demande au monastère. Les Chartreux n’ont donné leur accord qu’en 1999. Le cinéaste a vécu six mois parmi les moines et accumulé 120 heures d’images.

Le montage n’a pu retenir que 2h42, sans dialogues, sans commentaires, sans autres sons que ceux du quotidien ou des prières.

Les différentes séquences se succèdent sans véritable logique, hormis la scène de la prise d’habit des novices qui offre un aspect narratif.

Le réalisateur n’a manifestement pas cherché à faire comprendre le déroulement de la vie liturgique de l’Ordre. L’on peut notamment déplorer des coupures sans raison, au milieu de la phrase d’un chant…

L’auteur a retenu, pour des raisons « spectaculaires » (à l’encontre de la proverbiale humilité cartusienne) la cérémonie de la Fête-Dieu avec procession dans le cloître et adoration du Saint Sacrement exposé, une pratique très rare chez les Chartreux dont la prière personnelle s’effectue de façon solitaire.

Le film sortit en septembre 2005 à la Monstra de Venise puis en novembre en Allemagne où j’eus la chance de pouvoir le voir à Berlin. Il ne fut projeté au public français que fin décembre 2006.

Malgré les réserves susmentionnées, le film est d’une grande beauté ! Les images, dans le décor grandiose du monastère, sont souvent superbes. Philip Gröning ne se sépare jamais de cette approche discrète, voire pudique qui l’honore.

Et il est à noter que le film connut un extraordinaire succès (plus de 250 000 spectateurs, seulement pour la France !) alors qu’il constitue un véritable défi en notre monde désacralisé. Mais l’on peut aussi l’expliquer par ce besoin profond de spiritualité qui habite le cœur de l’homme.

 

  • L’Office de la nuit :

 Pour bien saisir la vie du moine Chartreux, il faut rappeler qu’il se couche à 19h30 et que son premier lever a lieu à 23h30 pour la prière en cellule. À 0h15, c’est l’office des Matines suivi des Laudes. Deux heures de chants, de psalmodie, de lecture. Parfois trois heures et demie les jours de fête.

Laissons la parole au réalisateur. Il a remarquablement saisi la puissance spirituelle de cet office, ce qui, comme je l’ai noté plus haut, ne transparaît pas hélas aussi évidemment dans le film.

« Une prière…un grand, profond et intime moment de prière…une grande réflexion intérieure et un rituel extérieur. J’ai partagé ce moment avec les moines pendant presque six mois.

Pendant ces longues heures, parfois difficiles et souvent très froides, je réalisais soudainement que ces mêmes psaumes, leçons, chants, prières et pensées étaient chantées ici, dans ce même lieu, depuis pratiquement mille ans.

Un intervalle hypnotique, n’ayant aucune fonction ordinaire, libéré de toute fonctionnalité quotidienne, l’office de nuit est l’expression visible de l’unique fonction et du principe de l’ordre des Chartreux.

Contemplation.

Existence face à Dieu. Effort continu et dévouement ayant pour seul but de permettre à l’âme d’être plus près de LUI.

L’office de nuit est resté en moi – le noir, la beauté et la monotonie des chants, les antiphonaires avec les psaumes et les chants devant mon prie-Dieu.

Je voulais partager cette expérience avec le public.

L’office de nuit dans son intégralité n’avait jusqu’ici jamais été rendu accessible au public.

Plus de deux heures et demie de chants, lectures, prières, bruits et silence.

Le battement du cœur de l’Ordre – depuis près de mille ans. »  Philip Gröning

 

Je ne résiste pas à citer le grand Léon Bloy. Dans son roman en partie autobiographique Le Désespéré, paru en 1886, et où se manifesta vraiment son génie d’écrivain, il fait dire à Marchenoir les phrases suivantes :

« Visiter la Grande-Chartreuse de fond en comble est une chose …très capable assurément de meubler la mémoire de quelques souvenirs…mais on ne la connaît pas dans sa fleur de mystère quand on n’a pas vu l’Office de Nuit. 

Là est le vrai parfum qui transfigure cette rigoureuse retraite, d’un si morne séjour pour les cabotins du sentiment religieux (…)

Et le cœur est pris dans la Main du Père céleste comme un glaçon dans le centre de la fournaise. Les dix-huit siècles du christianisme recommencent tels qu’un poème inouï qu’on aurait ignoré. »

 Suite (commentaires du coffret de deux CD) dans le No 259 de la revue Una Voce à paraître courant avril...(le 258 arrive dans les boîtes des abonnés dans un délai désormais très bref).

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Patrick Banken

 

 
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