 Article de Jean Madiran - Présent le 30 mai 2008
L‘événement
arrivé à Rome pour la Fête-Dieu, le 22.05.08, va lui aussi changer peu
à peu l’ambiance et la perspective, comme ne cesse de le faire le motu
proprio du 07.07.07 : Benoît XVI, célébrant
la messe à Saint-Jean-de-Latran, avait fait disposer un agenouilloir
pour les communiants, et donné la communion seulement selon le rite
traditionnel.
On
ne pourra plus dire que les catholiques ne voulant pas de la communion
dans la main sont des intégristes, des schismatiques, des dissidents
exclus de la participation à la « pleine communion ».
Quasiment
plus personne ne sait aujourd’hui quand, ni comment, ni pourquoi, ni
par qui la communion dans la main a été installée dans les églises
catholiques et même dans la plupart des monastères.
Ce fut un coup de force, une sorte de coup d’Etat ecclésiastique, qui eut lieu du 29 mai au 19 juin 1969.
Le 29 mai 1969 est la date de l’Instruction Memoriale Domini, « rédigée par mandat spécial du Souverain Pontife Paul VI » et « approuvée par lui-même » ;
elle est promulguée par la Congrégation du culte divin, elle porte les
signatures du cardinal Gut, préfet, et d’Hannibal Bugnini, secrétaire.
Cette
Instruction pontificale constate que « certains » ont demandé la
communion dans la main, et même ont pratiqué cette façon de faire sans
attendre l’autorisation demandée. Là contre l’Instruction révèle que le
Saint-Siège a déjà consulté à ce sujet tous les évêques de l’Eglise
latine et qu’une très forte majorité d’entre eux est hostile à la
communion dans la main. Avec un ample exposé des motifs, l’Instruction
explique pourquoi « le Souverain Pontife n’a pas pensé devoir changer la façon traditionnelle de distribuer la communion aux fidèles », et lance une exhortation solennelle à « respecter
attentivement la loi toujours en vigueur et qui est confirmée à
nouveau, en prenant en considération tant le jugement émis par la
majorité de l‘épiscopat que la forme utilisée actuellement et enfin le
bien commun de l’Eglise ».
L’Instruction se terminait en ajoutant que « là où est déjà introduit » l’usage de la communion dans la main, il appartiendrait aux conférences épiscopales de régler l’affaire au cas par cas.
Par
cette exception à peine entr’ouverte est passée aussitôt une impérieuse
généralisation de la communion dans la main, contre la volonté
clairement exprimée du Pape et de la « forte majorité » de l‘épiscopat.
Dès
le 6 juin 1969, c’est-à-dire seulement une semaine plus tard, la même
Congrégation, avec pour préfet le même cardinal Gut, envoie à la
conférence épiscopale française (et sans doute aux autres conférences
européennes) une « Lettre » qui transmet l’Instruction précédente,
l’interprétant comme l’autorisation générale de l’« introduction du
nouveau rite », promu au rang d‘être « la nouvelle manière de communier », sans plus aucun rappel de la condition restrictive du « seulement là où ».
Puis,
au terme de sa réunion du 17 au 19 juin, le conseil permanent de
l‘épiscopat français publie en « communiqué » une « Note » qui
parachève le coup de force. Au nom du « souhait de plus en plus
fortement exprimé », et parce que le Saint-Père aurait « pris en
considération le fait que des désirs très nets s’expriment en certaines
régions », cette Note tourne allègrement le dos à l’Instruction du 29
mai et à son injonction de conserver le rite traditionnel de la
communion.
Le
20 juillet 1969, dans une déclaration publique, le cardinal Gut gémit
sur les initiatives liturgiques prises sans autorisation : « On ne
pouvait plus, bien souvent, les arrêter, car cela s‘était répandu trop
loin. Dans sa grande bonté et sa sagesse, le Saint-Père a alors cédé,
souvent contre son gré. » Il a bien dit : « souvent ».
Dans
les débuts de son pontificat, Jean-Paul II distribuait la communion
seulement sur la langue. Puis il a cédé lui aussi, sous la formidable
conjugaison de la pression intérieure exercée par le parti
révolutionnaire et de la pression extérieure qui est en permanence
celle des médias profanes.
Mais, depuis la Fête-Dieu du 25.02.08, a ouvertement commencé le retour à la communion reçue à genoux et sur la langue.
JEAN MADIRAN
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