Missa pro defunctis (mois de novembre)

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Samedi 2 novembre 2019
In commemoratione omnium fidelium defunctorum
Commémoraison de tous les fidèles défunts

Réquiem ætérnam dona eis Dómine !

Le mois de novembre est traditionnellement consacré aux âmes du purgatoire. Nous vous proposons d’entendre cette messe sublime, depuis fort longtemps reconnue par nombre de personnages éminents comme la plus belle œuvre de l’histoire du chant ! Jamais musique n’a été si grande et si humble à la fois. Tout entière au service de la parole.

– Écoutez la bande sonore de cette émission en cliquant sur le petit triangle à gauche du curseur ci-dessous.

Bonne écoute ! Et lux ætérna lúceat eis, Dómine…

Commençons à écouter un extrait du psaume invitatoire des Matines.

Regem cui ómnia vivunt veníte adorémus

Venez, adorons le Roi pour qui vivent tous les êtres.

Le verset provient du psaume 94.

Veníte, exultémus Dómino, jubilémus Deo salutári nostro.

Venez, réjouissons-nous devant le Seigneur, poussons des cris de joie vers Dieu, notre salut.

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emission_radio_defuntstroischevauxLe très bel enregistrement de la marque Art et Musique de référence 107/30 105 des moines de l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault dans l’Indre nous servira tout au long de cette émission. Ce disque présente le grand intérêt de nous offrir cette liturgie des défunts dans le rit romain de nos livres et non, comme c’était le cas le plus souvent dans le rit monastique.

Nous suivrons le déroulement normal de cette cérémonie.

Lorsqu’on est entré dans l’église avec le cercueil est chanté le répons Subveníte dont le texte n’est pas de la Sainte Écriture.

Subveníte Sancti Dei, occúrrite Ángeli Domini…

Venez à sa rencontre, saints de Dieu, accourez, anges du Seigneur, recevez son âme et offrez-la en présence du Très-Haut.

La mélodie de cette invitation est pleine de douceur, de lumière et de paix. Voici maintenant le texte du premier verset :

Suscípiat te Christus, qui vocávit te et in sinum Ábrahæ Ángeli dedúcant te.

Que le Christ t’accueille, lui qui t’a appelé, et que les anges te conduisent dans le sein d’Abraham.

Le sein d’Abraham est une figure biblique qui désigne le ciel ; on la trouve en particulier dans l’évangile du mauvais riche et du pauvre Lazare.

Le 2e verset des Répons a généralement pour texte le Glória Patri, mais dans la liturgie des défunts celui-ci est partout remplacé par la phrase Réquiem ætérnam dona eis, Dómine, et lux perpétua lúceat eis, que nous allons retrouver à de nombreuses reprises ; nous en parlerons à propos de l’introït dont elle constitue le texte.

Le Père Perrodon, du Grand Séminaire d’Orléans, écrivait ces lignes, en 1994, commentant ce répons Subveníte de l’office des morts :

« Ce n’est pas une lamentation de pleureuses accompagnant un cortège désolé…C’est la modeste entrée au ciel d’une petite âme chrétienne, accueillie par les saints et les anges, ses grands frères, qui vont la présenter à Dieu.

Et cette vision exquise est enveloppée dans la lumière céleste d’une mélodie mystique qu’un vrai chrétien ne peut entendre – si elle n’est pas déformée – sans éprouver le désenchantement de ce monde qui passe et lever les yeux vers les joies éternelles.

Légère comme le vol d’un ange, d’un mouvement presque allègre, elle sourit à travers les larmes ».

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C’était le répons Subveníte qui accompagne l’entrée du cercueil dans l’église.

Suit l’introït dont le texte comme nous l’avons dit, reprend le 2e verset du répons, inspiré de 2 versets du 4e livre apocryphe d’Esdras.

Réquiem ætérnam dona eis Dómine,

Donnez-leur, seigneur, le repos éternel,

Et lux perpétua lúceat eis.

Et que la lumière sans fin brille sur eux.

Cette belle prière demande les deux choses capitales qui manqueront aux âmes du purgatoire :

Le repos et la lumière, c’est-à-dire Dieu.

Nous devrions tous souffrir de cette absence au cours de notre vie, mais tant de choses nous distraient de l’Essentiel !

Le début du psaume 64 qui accompagne ce court introït est également une prière.

Te decet hymnus Deus in Sion, et tibi reddétur votum in Jerúsalem

À vous, ô Dieu, convient une hymne dans Sion, à vous sont acquittés les vœux à Jérusalem.

Exáudi oratiónem meam, ad te omnis caro véniet.

Écoutez ma prière ; que toute chair vienne à vous.

La mélodie de ce célèbre introït est emprunte de paix avec quelques accents de supplication douce et aimante.

Les moines de Fontgombault nous en donne une belle version.

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Restons dans l’atmosphère de paix, de sérénité et de ferveur consolante de l’introït de la messe des Morts avec le Kyrie, du même mode.

Sa dernière invocation est plus suppliante.

emission_radio_defuntsnangesurune tombe

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Le Kyrie de la messe des Funérailles est suivi du graduel dont la première partie reprend le refrain de toute cette liturgie : Réquiem ætérnam dona eis Dómine.

Le verset extrait du psaume 111, chante le bonheur du juste :

In memória ætérna erit justus ab auditióne mala non timébit.

Le souvenir du juste sera éternel, il n’aura pas à craindre de jugement défavorable.

Il s’agit d’une mélodie type de 2e mode avec ses modulations successives et ses phrases qui se suivent en une progression ascendante qui soutient l’intensité de la prière.

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emission_radio_defuntsF.Zuccari - Il Purgatorio

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Le Trait Absólve Dómine est une psalmodie avec des intonations et des formules de cadences très ornées. C’est une prière de l’Église qui expose de manière très précise notre demande pour ceux qui nous ont quittés.

Voici la traduction du texte :

Délivrez, Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts de tous les liens des péchés. Et avec le secours de votre grâce, qu’ils méritent d’échapper au jugement de vengeance, et de jouir du bonheur de la lumière éternelle.

La mélodie qui est une mélodie type, et qui appartient à de nombreux Traits, en particulier ceux de la Vigile pascale, est par elle-même assez joyeuse et affirmative, ce qui donne à cette prière un caractère de confiance et d’espoir.

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Le Trait de la messe des défunts est suivi de la célèbre Séquence Dies iræ, mais celle-ci n’appartenait pas à l’origine à la liturgie des funérailles, puisqu’elle a été composée qu’au XIIIe siècle ; elle est attribuée au franciscain Thomas de Celano, un des premiers compagnons de saint François d’Assise, et n’était peut-être pas d’abord destinée à la messe des morts, mais cette magnifique méditation sur les fins dernières s’y intègre parfaitement, et des fidèles y étaient très attachés jusqu’à la réforme de 1969 qui l’a supprimée. Elle n’est que le développement littéraire et musical d’un verset du Répons Líbera me que nous trouverons à l’absoute après la messe, et qui est beaucoup plus ancien. Ce thème musical est souvent considéré comme le thème de la mort, et a été utilisé par de nombreux compositeurs. Le texte, s’il insiste beaucoup sur le jugement redoutable, évoque aussi de façon très émouvante la douce miséricorde du Sauveur qui a donné sa vie pour nous. Cette Séquence est très longue : elle se compose de 18 strophes, comprenant chacune trois vers de huit pieds, dont la mélodie se répète deux par deux.

En voici le texte directement traduit :

1 Jour de colère que ce jour-là qui réduira le monde en cendre, selon David et la Sibylle.

2 Quelle terreur quand le Juge viendra pour tout examiner avec rigueur !

3 La trompette retentissant avec éclat parmi les tombeaux rassemblera de tous lieux les hommes devant le trône.

4 La mort et la nature s’étonneront quand la créature ressuscitera pour répondre au souverain Juge.

5 On présentera le livre où est écrit et renfermé tout le jugement du monde.

6 Quand le Juge siégera, tout ce qui est caché apparaîtra, et rien ne restera impuni.

7 Malheureux, que dirai-je alors ? Quel avocat vais-je implorer lorsque le juste à peine sera rassuré ?

8 Roi d’une majesté redoutable, qui sauvez par grâce ceux qui doivent être sauvés, sauvés, sauvez-moi, source de bonté.

9 Souvenez-vous, bon Jésus, que c’est pour moi que vous êtes venu, ne me perdez pas en ce jour-là.

10 En me cherchant vous vous êtes assis, fatigué, en souffrant sur la croix vous m’avez racheté. Qu’une telle peine ne soit pas vaine.

11 Juge juste et vengeur, accordez-moi la grâce du pardon avant le jour des comptes.

12 Je gémis comme un coupable, mes fautes font rougir mon front. Je vous en supplie, ô Dieu, épargnez-moi.

 13 Vous qui avez absous Marie-Madeleine, exaucé le bon larron et m’avez ainsi donné l’espérance,

 14 Mes prières ne sont pas dignes, mais dans votre bonté faites que je ne brûle pas au feu éternel.

15 Placez-moi parmi les brebis, séparez-moi des boucs et mettez-moi à votre droite.

16 Confondant les maudits voués aux flammes éternelles, appelez-moi avec les bénis

17 Suppliant et prosterné, le cœur broyé comme cendre, je vous conjure de prendre soin de mes derniers moments.

18 Ô jour de larmes où l’homme coupable ressuscitera de la poussière pour être jugé ; pardonnez-lui donc, ô mon Dieu.

19 Et vous, Seigneur, miséricordieux Jésus, donnez-leur le repos.

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Après la séquence Dies iræ de la messe des funérailles, passons à l’offertoire Dómine Jesu Christe, une pièce assez exceptionnelle par sa longueur et par la présence d’un verset après lequel les dernières lignes de la 1re partie sont reprises en refrain. Notons que cette forme de répons était primitivement celle de tous les offertoires.

Compte tenu de la longueur des textes, nous continuons à vous les donner directement dans la traduction française :

Seigneur Jésus Christ, roi de gloire, délivrez les âmes de tous les fidèles défunts des peines de l’enfer et de la fosse sans fond. Délivrez-les de la gueule du lion, que l’abîme ne les engloutisse pas et qu’elles ne tombent pas dans les ténèbres, mais que le porte-étendard, saint Michel, les introduise dans la sainte lumière que vous avez promise autrefois à Abraham et à sa descendance.

Et voici le verset :

Hóstias et preces tibi Dómine láudis offérimus…

Seigneur, nous vous offrons ces hosties et ces prières de louange ; recevez-les pour ces âmes dont nous faisons mémoire aujourd’hui ; seigneur, faites-les passer de la mort à la vie.

 La mélodie ne ressemble à aucune autre. Elle est presque syllabique avec seulement quelques motifs ornés sur les mots les plus marquants.

Elle est sobre, grave et simple à la fois, exprimant de façon intime la prière confiante de l’âme.

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Après le beau chant de l’offertoire de la messe des morts, écoutons le Sanctus, très simple, au rythme délicat, léger, suivi de l’Agnus Dei qui exprime la même confiance paisible et lumineuse.

Précisons que ce sont les mêmes que ceux de la messe XVIII.

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La communion de la messe des défunts possède un verset après lequel est reprise la 2e phrase de l’antienne.

Le texte reprend la 2e phrase de l’introït en la développant quelque peu. C’est toujours le thème de la lumière du ciel, qui revient une fois de plus :

Lux ætérna lúceat eis, Dómine : cum sanctis tuis in ætérnum, quia pius es.

Que la lumière éternelle brille pour eux, Seigneur, avec vos saints pour l’éternité car vous êtes bons.

Quant au verset, c’est à nouveau la phrase refrain que l’on a déjà trouvée plusieurs fois, notamment à l’introït :

Réquiem ætérnam dona eis, Dómine, et lux perpétua lúceat eis. Cum sanctis tuis in ætérnum, quia pius es.

Donnez-leur Seigneur le repos éternel, et que la lumière sans fin brille pour eux. Avec vos saints pour l’éternité car vous êtes bons.

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Après la messe des défunts, la cérémonie des funérailles s’achève par l’absoute, c’est-à-dire la bénédiction solennelle du cercueil, pendant laquelle on chante le Répons Líbera me. Aussi bien pour le texte que pour la mélodie, ce Répons présente une certaine parenté avec la Séquence Dies iræ qui s’en est inspirée. Mais l’accent est mis ici uniquement sur le thème du Jugement dernier et de la terreur qu’il doit nous inspirer. Et c’est seulement par la mélodie que s’exprime l’appel à la miséricorde divine.

Líbera me Dómine, de morte ætérna, in die illa treménda. Quándo cæli movéndi sunt et terra : Dum véneris judicáre sǽculum per ignem.

Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle en ce jour redoutable, quand les cieux et la terre seront ébranlés, tandis que vous viendrez juger le monde par le feu.

Voici le 1er verset après lequel est reprise la 2e phrase du Répons :

Tremens factus sum ego, et tímeo, dum discússio vénerit, atque ventúra ira.

Je suis devenu tremblant et j’ai peur dans l’attente du jugement et de la colère à venir.

Puis le 2e verset après lequel est reprise la 3e phrase du Répons :

Dies illa, dies iræ, et calamitátis et misériæ, dies magna et amára valde.

Ce jour est un jour de colère, de désolation et de malheur, un grand jour et très amer.

C’est ce verset en particulier que développe la Séquence Dies iræ.

Après ces accents dramatiques, on retrouve dans le dernier verset le refrain de tout cette liturgie : le repos et la lumière du ciel.

Réquiem ætérnam dona eis, Dómine, et lux perpétua lúceat eis.

Et après ce dernier verset le Répons est repris en entier.

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Le Répons Líbera me est chanté pendant la bénédiction du cercueil qui, quand il quitte l’église, est accompagné de l’admirable antienne In paradísum.

L’on retrouve le même thème que dans le Répons Subveníte.

Voici la traduction du texte en fait constitué de 2 antiennes qui s’enchaînent :

Que les anges vous conduisent au paradis.

Que les martyrs vous reçoivent à votre arrivée et qu’ils vous introduisent dans la Sainte Cité de Jérusalem.

Que le chœur des anges vous accueille et qu’avec Lazare, jadis pauvre, vous jouissiez du repos éternel.

Dans la 1re partie, le chant reste à peu près sur le même plan : l’espérance doucement nous berce.

Mais dans la seconde partie, la mélodie s’enflamme et réalise une montée progressive dont le crescendo splendide atteint son point culminant sur Lázaro pour venir se reposer en plénitude dans la lumière et la paix sur les mots ætérnam hábeas réquiem.

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Arrivé au lieu de sépulture, le prêtre entonne l’antienne Ego sum continuée par le chœur.

Le texte est bien sûr le fameux passage de saint Jean :

Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.

Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.

Cette antienne que nous allons entendre est [normalement] suivie par le Cantique de Zacharie, le Bénédictus [que nous n’aurons pas le temps de diffuser.]

Le Père Perrodon, déjà cité, concluait ainsi, en 1944, son commentaire de cette pièce :

« Quelle grandeur dans cet Ego sum.

Une fois de plus, nous admirons avec quelle perfection la mélodie grégorienne sait s’adapter au texte, et comment, en se mettant pleinement à son service, elle trouve dans ce désintéressement total le secret de sa beauté. »

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