Vingt-troisième dimanche après la pentecôte

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Domínica vigésima tértia post Pentecósten
VINGT-TROISIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE
(Dernière messe grégorienne du temporal)
Dimanche 17 novembre 2019

C‘est la messe du XXIIIe dimanche après la Pentecôte qui sera chantée ce dimanche.
Il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver en cette fin d’année liturgique. Dans le Missel tridentin de 1962 que nous suivons dans ces émissions, l’Antiphonaire grégorien n’assigne que 24 dimanches à la période qui s’étend de la Pentecôte à l’Avent. Mais comme la durée de ce cycle dépend de la date de Pâques, si l’on a dû omettre quelques dimanches après l’Épiphanie, leurs collectes et lectures sont reprises après le XXIIIe dimanche après la Pentecôte. Les chants de ce dernier dimanche du cycle d’automne sont alors répétés à chacune de ces messes dominicales supplémentaires.

La messe assignée au XXIVe dimanche conserve néanmoins son privilège de précéder immédiatement le cycle de l’Avent. Aussi les messes intercalaires doivent-elles se placer entre le XXIIIe et le XXIVe dimanche. C’est pour cette raison que ce XXIVe dimanche a dans le Missel le titre de dernier après la Pentecôte.

Dom Guéranger nous donne les explications suivantes: Quoi qu’il en soit, et en tout état de cause, l’Antiphonaire se termine aujourd’hui ; l’Introït, le Graduel, l’Alléluia, l’Offertoire et la Communion ci-après, devront être repris en chacun des dimanches qui peuvent se succéder encore plus ou moins nombreux, suivant les années, jusqu’à l’Avent. On se rappelle qu’au temps de saint Grégoire, l’Avent étant plus long que de nos jours, ses semaines avançaient dans la partie du Cycle occupée maintenant par les derniers dimanches après la Pentecôte. C’est une des raisons qui expliquent la pénurie de composition des Messes dominicales après la vingt-troisième.

Notre regretté Secrétaire général Yves Gire, qui a animé durant de nombreuses années l’émission radiophonique Chant Grégorien du Jour, ancêtre de cette présente émission, réservait toujours ce XXIIIe dimanche, le dernier d’un point de vue du chant grégorien (la messe Dicit Dóminus) au dernier dimanche juste avant l’Avent. Et il est vrai que les textes liturgiques s’y prêtent très bien comme vous allez le constater.

Mais ceux d’entre vous, chers internautes auditeurs, qui êtes aussi souvent chanteurs, vous n’aviez les pièces grégoriennes qu’au dernier dimanche alors que vous aviez déjà dû les interpréter deux, trois, voire quatre fois.

Vous pourrez de nouveau cette année écouter cette belle messe au dernier dimanche, soit le 24 novembre dès la semaine prochaine avec des interprètes différents et fort rares !
P.B.

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–  Rappelons qu’il vous suffit de cliquer sur Émissions & MP3 dans le bandeau de la partie supérieure de la page d’accueil. Le compteur de ce site nous apprend que vous êtes très nombreux à en profiter et nous nous réjouissons que puisse ainsi rayonner la louange divine. Sachez toutefois que nous ne pouvons compter que sur votre aide matérielle pour faire face à nos inévitables frais (achat de disques, de matériel audio, informatique…)

– Le site Introibo vous procurera d’intéressants commentaires de Dom Guéranger, Dom Baron, Dom Schuster

– L’excellent site nord-américain SanctaMissa ne donne pas curieusement les partitions de ce XXIIIe dimanche après la Pentecôte. Seulement les fichiers-son. De  qualité bien précaire ! Sans doute originaires du monastère São Bento à Rio de Janeiro au Brésil. Je vous rappelle que vous pouvez avoir en ligne la totalité du missel de 1962 ICI. Il semble que ce soit de nouveau le même site américain. Les pièces de ce dernier dimanche sont aux pp. 428 à 431…

– Vous pouvez accéder, à la fin de cette page, au lien qui vous permettra d’obtenir la partition du psaume de communion que nous vous recommandons d’interpréter en alternance avec l’antienne.

– Écoutez la bande sonore de cette émission dès le lundi précédant le dimanche, ici même, en cliquant sur le petit triangle à gauche du curseur ci-dessous. Une bonne façon de préparer les chants de la messe dominicale, liturgiquement, spirituellement et vocalement !

Bonne écoute ! Ut in ómnibus glorificétur Deus…

Introït  Dicit Dominus

Nous avions observé depuis plusieurs semaines que la pensée de l’Église se tournait de plus en plus vers la fin des temps ; c’est la période dans laquelle nous sommes en ce moment, même s’il doit s’écouler un certain nombre de siècles avant le retour du Seigneur, ce que nous ignorons. C’est un temps d’angoisse et d’incertitude, nous nous en apercevons : la foi s’est refroidie sur terre, de faux prophètes surgissent, les hommes sont désemparés. Aussi la liturgie de ces dimanches est-elle pleine d’appels angoissés vers le Seigneur, notamment par l’emploi du psaume 129 De profundis, qui était déjà celui de l’Introït du vingt-deuxième dimanche, et que nous allons retrouver cette fois à l’Alléluia et à l’Offertoire.
Mais en réponse à ces appels nous trouvons aussi des paroles du Seigneur pleines de paix et d’espérance : si nous sommes fidèles, et si nous mettons en lui notre confiance, nous n’aurons rien à craindre. Ainsi dans l’Introït de ce vingt-troisième dimanche, Dieu s’adresse à nous par la bouche du prophète Jérémie, qui se trouve à Jérusalem alors que la plus grande partie du peuple d’Israël est en captivité à Babylone, et le moral de ces captifs n’est évidemment pas brillant ; ils sont tentés par le désespoir, des prophètes de malheur leur annoncent toutes sortes de calamités… Aussi Jérémie s’efforce-t-il de les rassurer et de les inciter à la confiance en Dieu, qui veut leur bien et qui les délivrera, en leur envoyant ce message :

Dicit Dominus : ego cogito cogitationes pacis, et non afflictionis : invocabitis me, et ego exaudiam vos : et reducam captivitatem vestram de cunctis locis.

Voici ce que dit le Seigneur : mes pensées sont des pensées de paix et non de malheur. Vous m’invoquerez et je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous lieux.

Jérémie annonçait ainsi aux exilés leur prochain retour, qu’il prophétisait d’ailleurs d’une façon plus précise dans la suite de ce passage. Ce texte est tout à fait d’actualité : nous aussi nous sommes dans un temps d’épreuves et d’inquiétude, mais le Seigneur nous invite à garder en Lui notre confiance, et il nous délivrera de la captivité du péché qui nous retient prisonniers.

La mélodie de cet Introït est pleine de calme et de paix, avec une certaine solennité : c’est Dieu qui parle. On remarquera le bel élan sur le mot pacis, puis une invitation pressante sur invocabitis me, et beaucoup de douceur sur exaudiam vos, toute la fin étant de plus en plus paisible et assurée.

Cet Introït est accompagné par le premier verset du psaume 84, dans lequel le peuple d’Israël remerciait le Seigneur pour le retour de captivité annoncé par Jérémie :

Benedixisti Domine terram tuam : avertisti captivitatem Jacob.

Seigneur, vous avez béni votre terre (c’est-à-dire votre peuple), vous avez ramené Jacob de captivité.

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Graduel : Liberasti nos

Le texte du Graduel du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte est tiré du psaume 43, dans lequel le peuple d’Israël rappelait à Dieu tous les bienfaits dont il l’avait comblé dans le passé pour le supplier de ne pas l’abandonner maintenant dans sa détresse. Nous avons trouvé cette supplication finale dans l’Introït du dimanche de la Sexagésime ; les deux versets qui figurent ici expriment la reconnaissance et la louange de tout le peuple pour les victoires d’autrefois :

Liberasti nos, Domine, ex affligentibus nos : et eos qui nos oderunt, confudisti. In Deo laudabimur tota die, et nomini tuo confitebimur in sæcula.

Vous nous avez délivrés, Seigneur, de nos persécuteurs, et vous avez confondu ceux qui nous haïssaient. En Dieu nous nous glorifierons tout le jour, et nous célébrerons votre nom à jamais.

Nous pouvons faire nôtres les sentiments de reconnaissance exprimés ici, en nous souvenant des grâces répandues par Dieu sur son Église, sur notre pays, et sur chacun de nous individuellement, et nous y puiserons une plus grande confiance au milieu des épreuves présentes. La deuxième partie nous invite même à prolonger notre regard avec espoir, par-delà le jugement dernier, vers la bienheureuse éternité qui nous attend si nous sommes fidèles.

Cette perspective donne à ce Graduel un caractère de louange joyeuse et enthousiaste, traduite par de grandes vocalises légères montant et descendant avec souplesse et élégance.

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Alléluia : De profundis

Après les paroles apaisantes du Seigneur dans l’Introït du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte, et dans le Graduel les élans d’enthousiasme et d’espoir des élus enfin délivrés du péché et louant éternellement le Seigneur dans le ciel, nous allons retrouver dans les deux chants suivants de cette messe l’ambiance d’angoisse et d’incertitude de la fin des temps avec le psaume 129 De profundis dont le premier verset constitue le texte de l’Alléluia et de l’Offertoire :

De profundis clamavi ad te, Domine : Domine exaudi vocem meam.

Du fond de l’abîme je crie vers vous, Seigneur, Seigneur écoutez ma voix.

Un Alléluia n’est pas toujours joyeux, nous l’avons déjà vu à propos de celui du dix-septième dimanche, dont celui d’aujourd’hui, texte et mélodie, est très proche, mais plus développé. La vocalise de l’Alléluia est assez longue et très suppliante, avec un motif répété deux fois et amorcé une troisième. Le verset, comme celui du dix-septième dimanche, comporte deux grandes montées très expressives, ici sur les deux verbes clamavi et exaudi, avant de retrouver la longue vocalise de l’Alléluia.

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Offertoire : De profundis

Le texte de l’Offertoire du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte est le même que celui du verset alléluiatique, avec cependant une petite différence, le mot vocem étant remplacé par orationem ; au lieu de : écoutez ma voix, on a : exaucez ma prière. Les dons que nous présentons à Dieu doivent être enveloppés du parfum de l’humiliation. Nous offrons à Dieu de suis donis ac datis sans que rien puisse être vraiment nôtre. De plus Dieu n’a pas besoin de nos dons et de nos adorations, mais nous, suprême misère, nous avons un ineffable besoin de Lui.

La mélodie est en rapport avec ce changement ; ce n’est plus comme dans l’Alléluia la voix qui fait entendre sa supplication d’une façon extérieure, intense et vibrante. On a ici une prière encore très expressive, mais plus intérieure et plus retenue, comme c’est d’ailleurs généralement le cas dans les Offertoires. On voit comment la mélodie grégorienne peut donner à un même texte des expressions différentes.

Comme celui du seizième dimanche, cet Offertoire a la forme d’un triptyque, la troisième phrase reprenant identiquement la première ; elles encadrent une deuxième phrase nettement plus longue, avec sur le mot meam une grande vocalise qui semble ne pas vouloir finir.

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Communion : Amen dico vobis

L’antienne pour la Communion est tirée de saint Marc (XI, 24) Il s’agit d’une parole prononcée par Notre Seigneur le Mardi Saint, après l’épisode du figuier stérile et l’allusion à la foi capable de transporter les montagnes, et peu avant l’annonce de la ruine de Jérusalem et de la fin du monde. Mais elle doit être hors de place. Dans l’Antiphonaire grégorien venait le premier verset du psaume 129. « Je vous dis en vérité : Quand vous priez, croyez avec une foi vive que vous obtiendrez ce que vous demandez, et cela vous sera accordé. »

C’est une petite antienne assez courte.

Amen dico vobis, quidquid orantes petitis, credite quia accipietis, et fiet vobis.

En vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous le recevrez et cela vous arrivera.

C’est donc encore, comme l’Introït, une réponse divine très encourageante aux appels angoissés de cette fin des temps ; mais la mélodie est beaucoup plus légère, c’est un simple petit récitatif où tous les mots sont bien mis en valeur, seule la fin et fiet vobis est une affirmation un peu plus solennelle. Ainsi les chants de cette messe, et ceux de toute l’année liturgique, s’achèvent dans une ambiance de paix, de confiance et d’espérance, où la méditation des textes liturgiques doit toujours nous maintenir, quelles que soient les épreuves que nous avons à traverser.

Le site nord-américain Musica Sacra nous offre des partitions du psaume qui peut être interprété en alternance avec cette antienne de communion . C’est aisément déchiffrable pour tout choriste et nous encourageons vivement les chefs de scholas à les imprimer et à les travailler lors des répétitions. La psalmodie est le meilleur moyen d’apprendre à déclamer la phrase latine, à respecter les accents toniques, à prononcer cette langue liturgique sans hésiter…

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Pour ceux d’entre vous qui domine la langue de saint John Henry Newman, nous vous livrons quelques commentaires supplémentaires que vous trouverez sur : Dom Johner’s Chants of the Vatican Gradual

L’ouvrage a été publié d’abord en allemand en 1934, puis en anglais en 1940. C’est un commentaire très complet sur de nombreux chants du Graduel.  Un complément en quelque sorte au beau travail en trois volumes de Dom Ludovic Baron L’expression du chant grégorien.

On peut lire dans l’introduction : Avec 500 pages, il est encore trop court !

Voici les commentaires sur cette courte antienne de communion Amen, dico vobis :

In the two half-phrases which constitute this song, the first part in both instances extends above the range of the second part. Each inception, if we disregard the introductory formula, is on the dominant: quidquid, credite, this gives the piece an added feeling of assurance. The endings show a descending line: vobis = a, petitis = g, accipietis=f vobis=ed. It is to be noted that the accented syllables are always higher than the succeeding syllables, and generally carry several notes. Amen is a striking exception. The form d a bb, over its second syllable, is in all other cases on the accented syllable, for example, Suscepimus, Gaudeamus, Praeceptor. The same might easily have been done here. Perhaps the Greek pronunciation of Amen, which accents the second syllable, influenced the present arrangement. But more important than this detail is the bold continuation the melody makes with its leap of a fourth.

August majesty marks the beginning of this chant. Here He speaks who rules over all things, who has in His hand life and death, time and eternity, who needs but will and things are made, who can grant all that is asked of Him. Here is the answer He makes to our petitions in the Alleluia-verse and in the Offertory. Here He renews the promise given in the Introit: « You shall call upon me, and I will hear you. » But we must pray, pray with confidence, with full certainty of being heard.

Now at the end of the liturgical year, when the Apostle admonishes us in the Epistle to « stand fast in the Lord, » a great need makes itself felt: the prayer for perseverance, the prayer for life eternal, the prayer that our names also may be inscribed in the Book of Life (Epistle). He has again heard the petition of the Lord’s Prayer: « Give us this day our daily bread. » We have received Him (accipietis), the Bread of Life. He has come into our hearts in Holy Communion. That is our guarantee that sometime we may also enter upon eternal life.

Et d’ajouter en conclusion :

Isn’t that just marvelous? I like this type of commentary, not because it is somehow definitive or that it is the final interpretative truth, but rather because it helps us sing and helps us pray.

The approach of Johner has sometimes come in for criticism from scholars precisely because it can be so elaborate. These criticisms seem to lack that necessary ingredient for understanding the fullness of chant: love. If you love something, you want to hear others talk about it. Whether their impressions are « correct » or not about this or that chant is really not the issue; if some reader of the blog came up to me and said, « Jeffrey, I had a dream about ‘Amen, Dico Vobis’ last night, » I would certainly want to hear about it! These chants are treasures, and the more written about each one specifically, the better. Indeed, I don’t entirely understand why there aren’t libraries full of such commentaries.

In any case, it’s so exciting that this book is now available to one and all again, and, really, to a universal group of readers for the first time. Thank you CMAA.

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