Premier dimanche de l’Avent (Hofburgkapelle – Vienne)

Pour les chefs de chœur et choristes

 

Les moines de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé chantaient les cinq pièces du Propre de cette messe. Le CD intitulé “Rorate Caeli”avait réédité en 2004 ce bel enregistrement  de 1956 (Studio SM). L’émission que vous pouvez écouter en cliquant ci-dessus va vous conduire à Vienne en Autriche. De plus amples informations vous seront fournies dans les textes suivants… 

Dimanche 29 novembre 2020
PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT
Violet – 1re classe

Ce dimanche, le premier de l’année ecclésiastique, est appelé, dans les chroniques et les chartes du Moyen Âge, le dimanche Ad te levavi, à cause des premiers mots de l’Introït, ou encore le dimanche Aspiciens a longe, à cause des premières paroles d’un des répons à l’office de matines que vous pourrez écouter grâce au fichier-son de notre émission (Cf. ci-dessous).

La station est à Sainte-Marie-Majeure ; c’est sous les auspices de Marie, dans l’auguste basilique qui garde la Crèche de Bethléhem, et qui pour cela est appelée dans les anciens monuments Sainte-Marie ad Prœsepe, que l’Église Romaine recommence chaque année le Cycle sacré. Il était impossible de choisir un lieu plus convenable pour saluer l’approche du divin Enfantement qui doit enfin réjouir le ciel et la terre, et montrer le sublime prodige de la fécondité d’une Vierge. Transportons-nous par la pensée dans ce temple auguste, et unissons-nous aux prières qui s’y font entendre ; ce sont les mêmes que celles qui vont être exposées ici.

Le temps de l’Avent représente dans l’année liturgique la longue période de l’histoire de l’humanité qui a précédé la venue du Sauveur sur cette terre, période d’attente mais aussi de confiance et d’espoir. De même chaque année nous attendons la venue du Sauveur à Noël avec les grâces qui sont propres à cette fête. Enfin, un troisième avènement se trouve dans la perspective de ce temps de l’Avent, c’est le retour du Seigneur à la fin des temps, non plus comme sauveur mais comme juge, pour la récompense définitive de ceux qui auront été fidèles.

– Rappelons qu’il vous suffit de cliquer sur Émissions & MP3 dans le bandeau de la partie supérieure de la page d’accueil. Le compteur de ce site nous apprend que vous êtes très nombreux à en profiter et nous nous réjouissons que puisse ainsi rayonner la louange divine. Sachez toutefois que nous ne pouvons compter que sur votre aide matérielle pour faire face à nos inévitables frais (achat de disques, de matériel audio, informatique…)  

– Le site Introibo pourra vous procurera d’intéressants commentaires de Dom Guéranger, Dom Baron, Dom Schuster…  

– Vous pouvez accéder, à la fin de cette page, au lien qui vous permettra d’obtenir la partition du psaume de communion que nous vous recommandons d’interpréter en alternance avec l’antienne.

Je vous convie cette année à Vienne, pour écouter la célèbre Schola de la Cour Impériale de Vienne (en allemand, Choralschola der Wiener Hofburgkapelle). Elle chante en cette très belle chapelle, qui fut la chapelle officielle de la maison de Habsbourg (photo ci-dessus), de manière liturgique, lors des offices du dimanche, près de l’autel et sans maître de chœur.
L’enregistrement est issu d’un coffret de six disques-compacts (424′ au total !) que je m’étais procuré en 2011. C’était le label Newton qui l’avait édité mais on le trouve désormais sous la marque Philips. Le P. Hubert Dopf, S.J, dirigeait ), en 1990. Il présente lui-même ce coffret dans le livret qui l’accompagne. Lisez-en quelques courts extraits en bas de cette page et vous aurez compris que nous sommes au cœur de la prière chantée que nous promouvons à Una Voce . *

Les chantres de la schola de la Chapelle Hofburg


Les chants que l’Église nous propose en ce premier dimanche de l’Avent expriment tout à fait ces sentiments de confiance et d’espoir. Ceux du propre de la messe présentent une particularité sans doute unique dans le répertoire, c’est qu’on y trouve à trois reprises, Introït, Graduel et Offertoire, le même texte : Universi qui te exspectant non confundentur, qui est d’ailleurs difficile à traduire, en particulier le verbe exspectant qui est un des mots clef de l’Avent veut dire à la fois ” attendent ” et ” espèrent “. Disons, faute de mieux : ” Aucun de ceux qui mettent en Vous leur espoir ne sera déçu “. Ce texte est tiré du psaume 24, qui est un des principaux psaumes de l’Avent mais aussi du Carême. C’est la prière du pécheur qui se repent et se tourne vers Dieu avec confiance en sa miséricorde.

Dans le bas Moyen Âge, au commencement de la nouvelle année liturgique, c’était un usage assez répandu, de chanter avant l’introït quelques versets en l’honneur de saint Grégoire le Grand, le rédacteur inspiré de l’Antiphonaire qui porte son nom :

Sanctissimus namque Gregorius, cum preces effunderet ad Dominum ut musicum tonum ei desuper in carminibus dedisset : Or, tandis que le Très-Saint Grégoire répandait ses prières au Seigneur afin qu’il lui accorde le don de la musique à appliquer aux chants,
Tunc descendit Spiritus Sanctus super eum in specie columbae, et illustravit cor eius. Et sic demum exorsus est canere ita dicendo : Voici que le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme d’une colombe et illumina son cœur, et il commença alors à chanter, en disant cela :
Ad te levavi etc. Vers vous j’ai élevé mon âme…

Écoutez ce trope grâce à un disque, hélas épuisé, édité par Clovis et intitulé Gloria laus. Les très jeunes chantres du Chœur Saint-Michel l’interprètent admirablement.

Introït : Ad te levavi

Le chant de l’Introït de ce dimanche est formé des premiers versets du psaume jusqu’à la phrase que nous avons citée :

Ad te levávi ánimam meam : Deus meus, in te confíde, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur.

Vers Vous j’élève mon âme, mon Dieu ; en Vous je mets ma confiance, je n’aurai pas à en rougir et mes ennemis ne se moqueront pas de moi, car aucun de ceux qui espèrent en Vous ne sera déçu.

L’élévation de l’âme, vers Dieu, c’est la définition même de la prière, par laquelle s’ouvre ainsi l’année liturgique.

La mélodie de cet Introït est paisible et pleine d’assurance. On remarquera la belle montée très expressive qui souligne le mot important exspectant dans la dernière phrase.
Le verset qui accompagne cet Introït n’est pas le premier verset du psaume, puisque celui-ci figure déjà dans l’antienne, mais c’est le verset qui vient à la suite, que nous retrouverons au Graduel :

Seigneur, faites-moi connaître vos voies, et enseignez-moi vos sentiers.

Graduel : Universi

Nous retrouvons dans la première partie du Graduel la fameuse phrase qui revient trois fois dans les chants de cette messe, et que nous avons déjà entendu dans l’Introït, tandis que la deuxième partie reprend le verset suivant du psaume 24, que nous avons également comme verset de l’Introït, et qui est un appel au Seigneur pour qu’il nous éclaire et nous instruise.

Universi qui te exspectant non confundentur, Domine.
Vias tuas, Domine, notas fac mihi : et semitas tuas edoce me.

Seigneur aucun de ceux qui espèrent en Vous ne sera confondu.
Seigneur faites-moi connaître vos voies et enseignez-moi vos sentiers.

Il y a un contraste frappant entre les deux parties de ce Graduel. La première phrase, qui est une affirmation pleine de confiance et d’espoir, est assez courte, et elle se tient entièrement dans le grave d’une manière très humble. A peine s’élève-t-elle sur le mot exspectant dont les larges ondulations expriment la longueur de l’attente, puis, à la fin, après avoir prononcé très doucement le mot Domine, elle s’élève à nouveau en une belle montée très expressive. La deuxième partie qui est une prière suppliante est au contraire très développée, avec de grandes vocalises qui s’élèvent jusqu’aux extrémités les plus aiguës du mode.

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Alléluia : Ostende nobis

Bien que le temps de l’Avent soit en quelque sorte un temps de pénitence qui nous prépare à Noël (ornements violets, suppression du Gloria et du jeu de l’orgue), on continue d’y chanter l’Alléluia. Le verset de celui du premier dimanche de l’Avent est tiré du psaume 84, qui est aussi un des principaux psaumes du temps de l’Avent. Le peuple d’Israël y chantait sa reconnaissance pour la délivrance de la captivité de Babylone et s’autorisait de ce bienfait passé pour implorer la venue du Messie tant attendu. C’est cette demande que l’on trouve ici.

Ostende nobis Domine misericordiam tuam : et salutare tuum da nobis.

Montrez-nous Seigneur Votre miséricorde et donnez-nous Votre salut.

La mélodie est ce qu’on appelle une ” mélodie type “, c’est à dire qu’on la retrouve dans un certain nombre d’Alléluias du répertoire, en particulier celui de la messe de minuit de Noël, sans qu’on puisse savoir exactement pour lequel elle a été composée, mais elle s’adapte toujours très bien aux différents textes qu’elle doit illustrer. Elle est très joyeuse et légère.

 

Offertoire : Ad te Domine

Le texte de l’Offertoire de ce dimanche est exactement le même que celui de l’Introït, le début du psaume 24, avec la fameuse phrase qui revient pour la troisième fois.

Ad te Domine levavi animam meam : Deus meus in te confido, non erubescam : neque irrideant me inimici mei : etenim universi qui te exspectant, non confundentur.

Vers Vous, Seigneur, j’élève mon âme, mon Dieu, en Vous je mets ma confiance, je n’aurai pas à en rougir, et mes ennemis ne se moqueront pas de moi, car aucun de ceux qui espèrent en Vous ne sera déçu.

Mais on remarque ici comment la mélodie grégorienne peut donner à un même texte des expressions très différentes. Le chant de l’Offertoire est généralement recueilli, intérieur et contemplatif. C’est le cas ici, et, tout en exprimant d’une manière profonde les sentiments de confiance et d’espérance qui sont ceux du texte, il présente en plus un caractère de prière très instante. On remarquera que le mot clef exspectant, qui est mis en évidence dans l’Introït par une montée à l’aigu, se trouve ici au contraire tout à fait au grave.

 

Communion : Dominus dabit

Le texte de l’antienne de Communion du premier dimanche de l’Avent est encore, comme le verset de l’Alléluia, un extrait du psaume 84, et on remarquera la grande unité assez exceptionnelle des chants de cette messe : non seulement la même phrase y revient trois fois, mais l’ensemble des textes est tiré en tout de deux psaumes.

Dominus dabit benignitatem et terra nostra dabit fructum suum.
Le Seigneur donnera sa bénédiction et notre terre donnera son fruit.

Ce verset est une réponse à celui que nous avons entendu à l’Alléluia. On y demandait au Seigneur de nous donner le salut, on affirme ici qu’Il nous le donnera. On pense évidemment en l’entendant à la magnifique prophétie d’Isaïe qui sera chantée à l’Introït du quatrième dimanche de l’Avent et dont le début est le refrain d’un chant populaire du temps de l’Avent.

O Rorate cæli desuper, et nubes pluant justum.
O cieux, versez votre rosée ; nuages, faites pleuvoir le juste !

Aperiatur terra et germinet salvatorem.
Que la terre s’ouvre et fasse germer le Sauveur.

Oui, c’est le Sauveur, ce fruit que la terre doit nous donner. Et à cette pensée c’est la joie qui domine et envahit tout, joie que la mélodie exprime avec une ravissante délicatesse.

Le site nord-américain Musica Sacra nous offre des partitions du psaume qui peut être interprété en alternance avec cette antienne de communion. C’est aisément déchiffrable pour tout choriste et nous encourageons vivement les chefs de scholas à les imprimer et à les travailler lors des répétitions. La psalmodie est le meilleur moyen d’apprendre à déclamer la phrase latine, à respecter les accents toniques, à prononcer cette langue liturgique sans hésiter…

* Le père Hubert Dopf S.J., dans son introduction au panorama des chants de l’année liturgique proposé par la Choralschola, plante le décor spirituel. Les six programmes de chant grégorien, explique-t-il, ne doivent pas s’entendre comme des concerts, ni même comme des concerts de musique sacrée. « Nous voulons permettre à l’auditeur de s’immerger dans l’esprit de la plus ancienne musique liturgique de l’Église latine, musique qui, bien que liée aux formes des premiers siècles de la culture occidentale, est bien plus qu’un art extrêmement raffiné. Le chant grégorien est l’expression d’une profonde intériorité ; c’est une prière. Toute recherche d’effet superficiel lui est donc complètement étrangère ». Les cent soixante-dix chants grégoriens individuels, dont beaucoup sont associés au Saint Esprit ou à l’essence de Dieu, « chantent la bonté et la beauté de Dieu, et la bonne fortune de l’homme, que Dieu a favorisé ».

 

 

Messe des défunts (mois de novembre)

Pour les chefs de chœur et choristes

Missa pro defunctis

Les moniales de l’abbaye d’Argentan, dirigées en 1963 par Dom Gajard chantent les cinq pièces de cette messe dans les fichiers audio ci-dessus. Mais c’est le très bel enregistrement de la marque Art et Musique des moines de l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault dans l’Indre qui nous servira tout au long de cette émission complète sur la messe des Défunts que vous pourrez écouter en cliquant ci-dessous. Ce disque présente le grand intérêt de nous offrir cette liturgie des défunts dans le rit romain de nos livres et non, comme c’était le cas le plus souvent dans le rit monastique.

Réquiem ætérnam dona eis Dómine !

Pochette du microsillon vinyle 33T de la schola monastique des bénédictines de l’abbaye d’Argentan en 1963


Bien que nous soyons au XXIVe dimanche après la Pentecôte, c’est la messe du XXIIIe dimanche  qui sera chantée ce dimanche. Vous pourrez l’écouter ICI.

Le mois de novembre est traditionnellement consacré aux âmes du purgatoire. Nous vous proposons d’entendre cette messe sublime, depuis fort longtemps reconnue par nombre de personnages éminents comme la plus belle œuvre de l’histoire du chant ! Jamais musique n’a été si grande et si humble à la fois. Tout entière au service de la parole.

Commençons à écouter un extrait du psaume invitatoire des Matines.

Regem cui ómnia vivunt veníte adorémus

Venez, adorons le Roi pour qui vivent tous les êtres.

Le verset provient du psaume 94.

Veníte, exultémus Dómino, jubilémus Deo salutári nostro.

Venez, réjouissons-nous devant le Seigneur, poussons des cris de joie vers Dieu, notre salut.

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Messe de Requiem célébrée le 2 novembre 2012 en l’église romaine de la Sainte Trinité des Pèlerins à l’occasion du pèlerinage « Summorum Pontificum »

    

Nous suivrons le déroulement normal de cette cérémonie.

Lorsqu’on est entré dans l’église avec le cercueil est chanté le répons Subveníte dont le texte n’est pas de la Sainte Écriture.

Subveníte Sancti Dei, occúrrite Ángeli Domini…

Venez à sa rencontre, saints de Dieu, accourez, anges du Seigneur, recevez son âme et offrez-la en présence du Très-Haut.

La mélodie de cette invitation est pleine de douceur, de lumière et de paix. Voici maintenant le texte du premier verset :

Suscípiat te Christus, qui vocávit te et in sinum Ábrahæ Ángeli dedúcant te.

Que le Christ t’accueille, lui qui t’a appelé, et que les anges te conduisent dans le sein d’Abraham.

Le sein d’Abraham est une figure biblique qui désigne le ciel ; on la trouve en particulier dans l’évangile du mauvais riche et du pauvre Lazare.

Le 2e verset des Répons a généralement pour texte le Glória Patri, mais dans la liturgie des défunts celui-ci est partout remplacé par la phrase Réquiem ætérnam dona eis, Dómine, et lux perpétua lúceat eis, que nous allons retrouver à de nombreuses reprises ; nous en parlerons à propos de l’introït dont elle constitue le texte.

Le Père Perrodon, du Grand Séminaire d’Orléans, écrivait ces lignes, en 1994, commentant ce répons Subveníte de l’office des morts :

« Ce n’est pas une lamentation de pleureuses accompagnant un cortège désolé…C’est la modeste entrée au ciel d’une petite âme chrétienne, accueillie par les saints et les anges, ses grands frères, qui vont la présenter à Dieu.

Et cette vision exquise est enveloppée dans la lumière céleste d’une mélodie mystique qu’un vrai chrétien ne peut entendre – si elle n’est pas déformée – sans éprouver le désenchantement de ce monde qui passe et lever les yeux vers les joies éternelles.

Légère comme le vol d’un ange, d’un mouvement presque allègre, elle sourit à travers les larmes ».

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C’était le répons Subveníte qui accompagne l’entrée du cercueil dans l’église.

Suit l’introït dont le texte comme nous l’avons dit, reprend le 2e verset du répons, inspiré de 2 versets du 4e livre apocryphe d’Esdras.

Réquiem ætérnam dona eis Dómine,

Donnez-leur, seigneur, le repos éternel,

Et lux perpétua lúceat eis.

Et que la lumière sans fin brille sur eux.

Cette belle prière demande les deux choses capitales qui manqueront aux âmes du purgatoire :

Le repos et la lumière, c’est-à-dire Dieu.

Nous devrions tous souffrir de cette absence au cours de notre vie, mais tant de choses nous distraient de l’Essentiel !

Le début du psaume 64 qui accompagne ce court introït est également une prière.

Te decet hymnus Deus in Sion, et tibi reddétur votum in Jerúsalem

À vous, ô Dieu, convient une hymne dans Sion, à vous sont acquittés les vœux à Jérusalem.

Exáudi oratiónem meam, ad te omnis caro véniet.

Écoutez ma prière ; que toute chair vienne à vous.

La mélodie de ce célèbre introït est emprunte de paix avec quelques accents de supplication douce et aimante.

Les moines de Fontgombault nous en donne une belle version.

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Restons dans l’atmosphère de paix, de sérénité et de ferveur consolante de l’introït de la messe des Morts avec le Kyrie, du même mode.

Sa dernière invocation est plus suppliante.

 

Messe de Requiem célébrée le 2 novembre 2012 en l’église romaine de la Sainte Trinité des Pèlerins à l’occasion du pèlerinage « Summorum Pontificum »


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Le Kyrie de la messe des Funérailles est suivi du graduel dont la première partie reprend le refrain de toute cette liturgie : Réquiem ætérnam dona eis Dómine.

Le verset extrait du psaume 111, chante le bonheur du juste :

In memória ætérna erit justus ab auditióne mala non timébit.

Le souvenir du juste sera éternel, il n’aura pas à craindre de jugement défavorable.

Il s’agit d’une mélodie type de 2e mode avec ses modulations successives et ses phrases qui se suivent en une progression ascendante qui soutient l’intensité de la prière.

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emission_radio_defuntsF.Zuccari - Il Purgatorio

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Le Trait Absólve Dómine est une psalmodie avec des intonations et des formules de cadences très ornées. C’est une prière de l’Église qui expose de manière très précise notre demande pour ceux qui nous ont quittés.

Voici la traduction du texte :

Délivrez, Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts de tous les liens des péchés. Et avec le secours de votre grâce, qu’ils méritent d’échapper au jugement de vengeance, et de jouir du bonheur de la lumière éternelle.

La mélodie qui est une mélodie type, et qui appartient à de nombreux Traits, en particulier ceux de la Vigile pascale, est par elle-même assez joyeuse et affirmative, ce qui donne à cette prière un caractère de confiance et d’espoir.

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Le Trait de la messe des défunts est suivi de la célèbre Séquence Dies iræ, mais celle-ci n’appartenait pas à l’origine à la liturgie des funérailles, puisqu’elle a été composée qu’au XIIIe siècle ; elle est attribuée au franciscain Thomas de Celano, un des premiers compagnons de saint François d’Assise, et n’était peut-être pas d’abord destinée à la messe des morts, mais cette magnifique méditation sur les fins dernières s’y intègre parfaitement, et des fidèles y étaient très attachés jusqu’à la réforme de 1969 qui l’a supprimée. Elle n’est que le développement littéraire et musical d’un verset du Répons Líbera me que nous trouverons à l’absoute après la messe, et qui est beaucoup plus ancien. Ce thème musical est souvent considéré comme le thème de la mort, et a été utilisé par de nombreux compositeurs. Le texte, s’il insiste beaucoup sur le jugement redoutable, évoque aussi de façon très émouvante la douce miséricorde du Sauveur qui a donné sa vie pour nous. Cette Séquence est très longue : elle se compose de 18 strophes, comprenant chacune trois vers de huit pieds, dont la mélodie se répète deux par deux.

En voici le texte directement traduit :

1 Jour de colère que ce jour-là qui réduira le monde en cendre, selon David et la Sibylle.

2 Quelle terreur quand le Juge viendra pour tout examiner avec rigueur !

3 La trompette retentissant avec éclat parmi les tombeaux rassemblera de tous lieux les hommes devant le trône.

4 La mort et la nature s’étonneront quand la créature ressuscitera pour répondre au souverain Juge.

5 On présentera le livre où est écrit et renfermé tout le jugement du monde.

6 Quand le Juge siégera, tout ce qui est caché apparaîtra, et rien ne restera impuni.

7 Malheureux, que dirai-je alors ? Quel avocat vais-je implorer lorsque le juste à peine sera rassuré ?

8 Roi d’une majesté redoutable, qui sauvez par grâce ceux qui doivent être sauvés, sauvés, sauvez-moi, source de bonté.

9 Souvenez-vous, bon Jésus, que c’est pour moi que vous êtes venu, ne me perdez pas en ce jour-là.

10 En me cherchant vous vous êtes assis, fatigué, en souffrant sur la croix vous m’avez racheté. Qu’une telle peine ne soit pas vaine.

11 Juge juste et vengeur, accordez-moi la grâce du pardon avant le jour des comptes.

12 Je gémis comme un coupable, mes fautes font rougir mon front. Je vous en supplie, ô Dieu, épargnez-moi.

 13 Vous qui avez absous Marie-Madeleine, exaucé le bon larron et m’avez ainsi donné l’espérance,

 14 Mes prières ne sont pas dignes, mais dans votre bonté faites que je ne brûle pas au feu éternel.

15 Placez-moi parmi les brebis, séparez-moi des boucs et mettez-moi à votre droite.

16 Confondant les maudits voués aux flammes éternelles, appelez-moi avec les bénis

17 Suppliant et prosterné, le cœur broyé comme cendre, je vous conjure de prendre soin de mes derniers moments.

18 Ô jour de larmes où l’homme coupable ressuscitera de la poussière pour être jugé ; pardonnez-lui donc, ô mon Dieu.

19 Et vous, Seigneur, miséricordieux Jésus, donnez-leur le repos.

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Jugement dernier, mosaïque de la façade de la cathédrale Santa Maria Assunta (en italien : cattedrale di Santa Maria Assunta), située à Torcello, une île située au nord de la lagune de Venise, en Italie. Exemple notable d’architecture vénéto-byzantine, la cathédrale est l’un des édifices religieux les plus anciens de la Vénétie, datant de 639.

 
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Après la séquence Dies iræ de la messe des funérailles, passons à l’offertoire Dómine Jesu Christe, une pièce assez exceptionnelle par sa longueur et par la présence d’un verset après lequel les dernières lignes de la 1re partie sont reprises en refrain. Notons que cette forme de répons était primitivement celle de tous les offertoires.

Compte tenu de la longueur des textes, nous continuons à vous les donner directement dans la traduction française :

Seigneur Jésus Christ, roi de gloire, délivrez les âmes de tous les fidèles défunts des peines de l’enfer et de la fosse sans fond. Délivrez-les de la gueule du lion, que l’abîme ne les engloutisse pas et qu’elles ne tombent pas dans les ténèbres, mais que le porte-étendard, saint Michel, les introduise dans la sainte lumière que vous avez promise autrefois à Abraham et à sa descendance.

Et voici le verset :

Hóstias et preces tibi Dómine láudis offérimus…

Seigneur, nous vous offrons ces hosties et ces prières de louange ; recevez-les pour ces âmes dont nous faisons mémoire aujourd’hui ; seigneur, faites-les passer de la mort à la vie.

 La mélodie ne ressemble à aucune autre. Elle est presque syllabique avec seulement quelques motifs ornés sur les mots les plus marquants.

Elle est sobre, grave et simple à la fois, exprimant de façon intime la prière confiante de l’âme.

 


Messe de Requiem célébrée le 2 novembre 2012 en l’église romaine de la Sainte Trinité des Pèlerins à l’occasion du pèlerinage « Summorum Pontificum »


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Après le beau chant de l’offertoire de la messe des morts, écoutons le Sanctus, très simple, au rythme délicat, léger, suivi de l’Agnus Dei qui exprime la même confiance paisible et lumineuse.

Précisons que ce sont les mêmes que ceux de la messe XVIII.

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La communion de la messe des défunts possède un verset après lequel est reprise la 2e phrase de l’antienne.

Le texte reprend la 2e phrase de l’introït en la développant quelque peu. C’est toujours le thème de la lumière du ciel, qui revient une fois de plus :

Lux ætérna lúceat eis, Dómine : cum sanctis tuis in ætérnum, quia pius es.

Que la lumière éternelle brille pour eux, Seigneur, avec vos saints pour l’éternité car vous êtes bons.

Quant au verset, c’est à nouveau la phrase refrain que l’on a déjà trouvée plusieurs fois, notamment à l’introït :

Réquiem ætérnam dona eis, Dómine, et lux perpétua lúceat eis. Cum sanctis tuis in ætérnum, quia pius es.

Donnez-leur Seigneur le repos éternel, et que la lumière sans fin brille pour eux. Avec vos saints pour l’éternité car vous êtes bons.

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Après la messe des défunts, la cérémonie des funérailles s’achève par l’absoute, c’est-à-dire la bénédiction solennelle du cercueil, pendant laquelle on chante le Répons Líbera me. Aussi bien pour le texte que pour la mélodie, ce Répons présente une certaine parenté avec la Séquence Dies iræ qui s’en est inspirée. Mais l’accent est mis ici uniquement sur le thème du Jugement dernier et de la terreur qu’il doit nous inspirer. Et c’est seulement par la mélodie que s’exprime l’appel à la miséricorde divine.

Líbera me Dómine, de morte ætérna, in die illa treménda. Quándo cæli movéndi sunt et terra : Dum véneris judicáre sǽculum per ignem.

Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle en ce jour redoutable, quand les cieux et la terre seront ébranlés, tandis que vous viendrez juger le monde par le feu.

Voici le 1er verset après lequel est reprise la 2e phrase du Répons :

Tremens factus sum ego, et tímeo, dum discússio vénerit, atque ventúra ira.

Je suis devenu tremblant et j’ai peur dans l’attente du jugement et de la colère à venir.

Puis le 2e verset après lequel est reprise la 3e phrase du Répons :

Dies illa, dies iræ, et calamitátis et misériæ, dies magna et amára valde.

Ce jour est un jour de colère, de désolation et de malheur, un grand jour et très amer.

C’est ce verset en particulier que développe la Séquence Dies iræ.

Après ces accents dramatiques, on retrouve dans le dernier verset le refrain de tout cette liturgie : le repos et la lumière du ciel.

Réquiem ætérnam dona eis, Dómine, et lux perpétua lúceat eis.

Et après ce dernier verset le Répons est repris en entier.

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Le Répons Líbera me est chanté pendant la bénédiction du cercueil qui, quand il quitte l’église, est accompagné de l’admirable antienne In paradísum.

L’on retrouve le même thème que dans le Répons Subveníte.

Voici la traduction du texte en fait constitué de 2 antiennes qui s’enchaînent :

Que les anges vous conduisent au paradis.

Que les martyrs vous reçoivent à votre arrivée et qu’ils vous introduisent dans la Sainte Cité de Jérusalem.

Que le chœur des anges vous accueille et qu’avec Lazare, jadis pauvre, vous jouissiez du repos éternel.

Dans la 1re partie, le chant reste à peu près sur le même plan : l’espérance doucement nous berce.

Mais dans la seconde partie, la mélodie s’enflamme et réalise une montée progressive dont le crescendo splendide atteint son point culminant sur Lázaro pour venir se reposer en plénitude dans la lumière et la paix sur les mots ætérnam hábeas réquiem.

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Arrivé au lieu de sépulture, le prêtre entonne l’antienne Ego sum continuée par le chœur.

Le texte est bien sûr le fameux passage de saint Jean :

Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.

Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.

Cette antienne que nous allons entendre est [normalement] suivie par le Cantique de Zacharie, le Bénédictus [que nous n’aurons pas le temps de diffuser.]

Le Père Perrodon, déjà cité, concluait ainsi, en 1944, son commentaire de cette pièce :

« Quelle grandeur dans cet Ego sum.

Une fois de plus, nous admirons avec quelle perfection la mélodie grégorienne sait s’adapter au texte, et comment, en se mettant pleinement à son service, elle trouve dans ce désintéressement total le secret de sa beauté. »

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