ÉDITO – Le mot du Président

Publius Vergilius Maro, dit Virgile (70 – 19 av. J.C), le plus grand poète latin. Mosaïque dite de Monnus fecit au Rheinisches Landesmuseum ( Musée Rhénan) à Trèves, en Allemagne, datée du IIIe s.

Le patrimoine liturgique que notre association promeut depuis cinquante-cinq ans n’est pas un objet de musée. Il est le bien de tous les fidèles catholiques et nous œuvrons pour que les jeunes générations n’en ignorent pas l’existence. Nous nous devons de transmettre ce précieux trésor spirituel et culturel. Or c’est impossible si l’on n’a pas, sinon une bonne connaissance, du moins le goût de la langue latine, et si l’on ne porte quelque intérêt à ses mots, ses rythmes, ses sonorités. C’est le thème du dossier du prochain numéro de notre revue.

De ce goût, de cet intérêt, les moniales de Notre-Dame de l’Annonciation (Le Barroux) et de Notre-Dame de Fidélité (Jouques) ont bien voulu témoigner auprès de nos lecteurs jeunes et moins jeunes, – Madeleine Roussel leur rappelant de son côté combien le vocabulaire latin, tel quel, reste présent dans notre vie quotidienne. Ivan Gobry nous montrera, lui, combien le latin est solidaire du grec, qui est la langue du Nouveau Testament, des premiers Conciles, et des liturgies orientales. Péguy a écrit de l’Enfant Jésus :

« Il allait assumer l’héritage de Rome, …Il allait hériter de l’héritier latin »

Nos prédécesseurs, au début du concile de Vatican II, étaient loin de se douter que la grande majorité du clergé allait abandonner très vite le latin liturgique. Le pape Jean XXIII avait publié, en février 1962, sa Constitution apostolique Veterum sapientia où l’on pouvait lire ces fortes phrases au sujet du latin : « Qu’on ne le méprise pas, qu’on ne dise pas de mal de lui. Qu’on l’apprenne dans les séminaires ! C’est la langue vivante de l’Église, c’est sa langue maternelle ». On sait ce qui est advenu ! Et le Pr Jean-Bertrand Barrère a raconté comment c’est advenu. Comment, en quelques mois, il devint impossible d’entendre la même messe à Paris, Tokyo, Dakar, San Francisco, voire d’un village à l’autre du même pays ! Nous rééditons dans ce numéro une partie de son témoignage.

Mais nous avons résisté. Le rit romain traditionnel est encore pratiqué dans beaucoup de monastères et de congrégations en France, souvent les plus jeunes et les plus dynamiques ! Il est même revenu dans certaines paroisses (loué soit Benoît XVI !), et il ne reste plus que trois départements français* où la liturgie dominicale ne soit suivie aujourd’hui, en latin, par de réjouissantes familles nombreuses. Merci aux Instituts, Fraternités, Congrégations, ou prêtres isolés, grâce à qui c’est possible ; à leurs séminaires qui se sont remis avec courage au latin ! Grâce à eux, grâce aussi à quelques radios (dont Radio-Courtoisie chaque semaine) à quelques sites sur la Toile (sur Le Salon beige, un superbe Exultet a été cliqué des milliers de fois depuis Pâques), grâce à quelques films (dont l’admirable Leur Souffle, inspiré par Jouques et sorti en mars), le latin liturgique reste présent.

Ajoutons que le latin, c’est aussi cette littérature païenne qui a forgé une langue, des images, des rythmes où s’est coulée notre liturgie. Il n’était pas superflu de rendre hommage à Virgile, que Claudel après d’autres considérait comme un Père de l’Église païen, un précurseur, même si ce n’était pas tout à fait l’avis de saint Jérôme, notre doyen Christian Jaby le rappelle dans son bel article.

Dans une civilisation matérialiste et technocratique qui menace la vie de l’esprit et son expression créative, sachons honorer aussi la littérature latine. Et conservons cette langue qui est pour nous le véhicule privilégié du sacré, la gardienne de la tradition catholique.

Patrick Banken

*Citons-les : l’Ardèche, la Creuse et la Haute-Saône, auxquels il faut ajouter les Ardennes et la Haute-Marne si l’on se limite aux messes célébrées selon le Missel de 1962 avec l’accord des diocèses et/ou en application des Motu Proprio Ecclesia Dei et Summorum Pontificum

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